0-5 ans

Et si c'était un trouble d'opposition?

Et si c'était un trouble d'opposition?

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Et si c'était un trouble d'opposition?

Depuis quelque temps, notre enfant conteste chacune de nos décisions, boude systématiquement nos consignes et utilise la provocation pour attirer notre attention. Phase normale du développement, réaction au stress ou trouble d’opposition?

Que celui ou celle qui n'a jamais assisté avec impuissance à une crise spectaculaire de son enfant nous lance le premier manuel de pédiatrie! La majorité des parents ont connu cette phase déroutante où leur progéniture se transforme subitement en démon contestataire qui explose pour un oui ou pour un non.

«Il existe deux grandes phases d'opposition normales: entre 2 et 4 ans, puis à l'adolescence, entre 13 et 15 ans, explique le Dr Benoît Hammarrenger, neuropsychologue. Dans les deux cas, l'objectif est le même pour l'enfant: gagner en autonomie. L'opposition lui est alors salutaire, car elle lui sert à se distancier de ses parents pour mieux apprendre et grandir. En revanche, quand cette opposition perdure, il y a lieu de se poser des questions.»

Le portrait type? Un enfant impulsif et opposant qui résiste aux demandes. La moindre contrariété le rend vengeur et vindicatif, il veut presque punir ses parents. Explosif, il est souvent en colère. Le conflit devient sa stratégie de prédilection pour entrer en relation avec les autres.

Le diagnostic repose sur une évaluation approfondie réalisée par un psychologue, un neuropsychologue ou un psychothérapeute: «Il faut attendre la fin de la période normale d'opposition pour avoir une bonne idée de la fréquence et de l'intensité des crises, indique le Dr Hammarrenger. On peut généralement se prononcer quand l'enfant a six ou sept ans.»

Pas si fréquent...

Il importe toutefois de distinguer le trouble d'opposition des comportements dits oppositionnels: «Le trouble d'opposition est constant et observable depuis la tendre enfance, nuance le Dr Hammarrenger. À l'inverse, les comportements d'opposition se présentent de façon plus circonstancielle chez certains enfants qui vivent des situations stressantes, que ce soit un déménagement, la séparation des parents ou l'arrivée d'un nouveau membre dans la famille. Dans ces cas, l'enfant cache généralement la véritable raison de son anxiété, mais sa capacité à gérer ses émotions est affectée. Comme son verre est toujours plein, il explose à la moindre contrariété.»

Selon les plus récentes statistiques, seulement 5 à 7 % des enfants seraient véritablement concernés par le trouble d'opposition. Si on ajoute les comportements d'opposition liés aux facteurs environnementaux, on parle alors de 12%.

Calmer le petit volcan

Il n'en reste pas moins que les troubles d'opposition sont actuellement une cause majeure de consultation en psychologie familiale.

«Les parents se sentent désemparés et impuissants, partage le Dr Hammarrenger. Ils ne savent pas comment maîtriser la situation et ils se sentent coupables. La plupart sont bien intentionnés et font de leur mieux, mais la société juge sévèrement leurs compétences parentales. Il faut savoir demander de l'aide. Je recommande de consulter aussitôt que les comportements oppositionnels de notre enfant affectent sa vie familiale, sociale ou académique.»

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Pour traiter le trouble d'opposition, il faut d'abord explorer le quotidien de la famille et comprendre quand surviennent les crises, comment se manifestent les comportements d'opposition et quelles sont les réactions des parents. «La meilleure approche est généralement de creuser pour découvrir ce qui se cache sous cette opposition, ce que l'enfant essaie faire valoir, explique le Dr Hammarrenger. Est-ce de l'anxiété? Est-ce une stratégie pour attirer l'attention? Est-ce une tactique pour trouver sa place dans la fratrie? Travailler sur la cause de l'opposition est souvent beaucoup plus efficace que de travailler sur les crises elles-mêmes.»

Aux parents, le spécialiste donnera des conseils pour ajuster leurs interventions. Aux enfants, il donnera des outils efficaces pour mieux gérer leur colère et calmer le petit volcan sensible qui gronde au fond d'eux.

«Un des conseils les plus efficaces pour les parents est de couper court à toute argumentation, propose le Dr Hammarrenger. Ce n'est pas en débattant de la question qu'on trouvera un compromis, surtout que les enfants argumentent rarement de façon rationnelle. Sans le réaliser, quand on se justifie auprès de notre enfant, on embarque dans une spirale infernale: l'enfant se fâche, le parent perd patience et impose des conséquences démesurées par rapport à la consigne de départ. C'est une impasse.»

Notre enfant refuse de ramasser ses jouets quand on le lui demande? Au lieu de négocier, on lui dit qu'on compte jusqu'à trois avant d'imposer une conséquence. Notre enfant s'entête? On le sort de son jeu et on le met en retrait.

«Il faut mettre en place une autorité bienveillante avec des limites claires, des conséquences quand il le faut, mais surtout du temps positif avec notre enfant et de l'amour inconditionnel et chaleureux, insiste le Dr Hammarrenger. Mal géré, le trouble d'opposition peut devenir un problème de comportement plus grave à l'adolescence. Si on réussit à atteindre un bel équilibre entre la discipline et la tendresse, avec les années, le trouble d'opposition risque de s'adoucir, voire de disparaître. Il y a de l'espoir!»

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