Loisirs et culture

Vie et mort du livre

Billet de blogue par
Vie et mort du livre

  Photographe : La Guerre des salamandres, de Karel Capek

Loisirs et culture

Vie et mort du livre

Billet de blogue par

Non, je ne vous parlerai pas des grandes (et oiseuses) questions qui remuent le monde de l’édition. Le numérique va-t-il remplacer l’imprimé? Le livre vit-il ses dernières heures? Je ne crains pas la mort du livre en général. Le livre comme tel ne mourra pas — tant que les gens auront des choses à dire, des histoires à raconter. Bref, ça ne risque pas d'arriver de sitôt. Le papier va peut-être céder la place à l'encre électronique (et encore, je n'en suis pas si sûr), mais le livre ne disparaîtra pas, pas plus que la disparition du disque vinyle, de la cassette audio et maintenant graduellement du CD n'a signifié la fin de la musique. Le beat, ça ne s'arrête pas comme ça. La parole non plus.

Ce que je déplore, par contre, et c'est mon propos aujourd'hui, c'est la disparition de certains livres bien précis. Ces bouquins devenus «introuvables», «épuisés», ceux que les maisons d'édition laissent tomber de leurs catalogues ou dont l'éditeur a fait naufrage, emportant avec lui dans le Léthé des livres sa cargaison d'auteurs et de titres.

Je parle de livres que j'ai lus, aimés, prêtés, donnés, vendus ou laissés derrière au moment d'une séparation, de livres qui me sont revenus en mémoire et que je voudrais racheter mais qui ne sont plus en librairie.

Un exemple: La Guerre des salamandres, de Karel Capek, un petit bijou qui mêle science-fiction et critique sociale, parodiant entre autres les nazis de façon tellement féroce qu'au moment de l'invasion de la Tchécoslovaquie en 1939, Hitler envoya personnellement la Gestapo chez lui pour l'éliminer. Il était mort l'année précédente. (Originellement publié chez Marabout.)

D'autres exemples: L'Art du contrepet, de Luc Etienne, publié dans Le Livre de poche, Aikido, de Massimo di Villadorata, publié aux Éditions de l'Homme, Pique-nique au bord du chemin (alias Stalker), des frères Strougatski. Etc. Heureusement, il se trouve régulièrement un éditeur courageux pour ramener à la vie un titre moribond.

Exemple: La Pierre et le Sabre, suivi de La Parfaite Lumière, biographie romancée de Miyamoto Musashi par Eiji Yoshikawa. D'ailleurs, je ne souviens de mon désarroi quand un commis sans génie m'a répondu que oui, j'avais peut-être le premier tome en main mais que non, le second n'allait pas être réédité. Deux semaines plus tard, les rayons en étaient pleins. Il en fut longtemps ainsi: quand on cherchait un introuvable, on faisait le tour de l'usagé, on s'armait de patience et on priait sainte Colatranche, patronne des éditions perdues. Aujourd'hui, une voie encore plus riche s'est ouverte: l'Internet. Grâce à lui, le monde entier est devenu une vaste bibliothèque où l'on peut tout, absolument tout trouver, pour peu qu'on cherche. Parfois même en format pdf. C'est ainsi que j'ai pu retrouver La Guerre des salamandres et bien d'autres trésors disparus. (Mais pas Stalker. Si quelqu'un a un filon...) Quand je vous disais qu'Internet ne tuerait pas le livre. C'est même le contraire: il en ressuscite.    

Commentaires

Partage X
Loisirs et culture

Vie et mort du livre

Se connecter

S'inscrire