Loisirs et culture

Rencontre avec Patrick Huard

Bruno Petrozza/TVA Publications Auteur : Coup de Pouce Crédits : Bruno Petrozza/TVA Publications

Loisirs et culture

Rencontre avec Patrick Huard

Patrick Huard ne manque pas de projets – Guibord s'en va-t-en guerre, Bon Cop, Bad Cop II, entre autres – , mais c'est la qualité de l'homme qu'on retient surtout.

Dans les années 70, au cœur du quartier Rosemont-La Petite-Patrie, Donald Huard travaillait dans la construction et sa femme, Léola, était aide-jardinière. Dès six ans, leur fils Patrick prenait le bus et descendait seul au parc Lafontaine. Il y fréquentait une école de musique. «Je partais à 7 h, le matin; je revenais à 5 h, le soir. Ma mère capotait, mais mon père insistait. Mes parents avaient des revenus modestes, mais voulaient nous donner des outils, à ma sœur et à moi. Cette école, c'était le plus proche de l'école privée que nos parents pouvaient nous offrir», constate Patrick Huard.

Beaucoup d'éléments de cette petite enfance ont façonné l'homme qu'on connaît aujourd'hui. Il n'a jamais oublié sa première pratique de hockey. «J'ai mis 40 minutes à parcourir un demi-tour de glace. J'ai dû tomber 40 fois. Mon père était à la ligne rouge. Je voulais m'arrêter là. Il m'a dit doucement: "Finis ton tour, on en parlera après..." J'ai fait le demi-tour en pensant que ce cauchemar serait vite derrière moi. Mon père m'a dit: "Non, non, tu as demandé à jouer au hockey, tu es inscrit pour la saison. On revient samedi prochain." J'ai joué pendant 17 ans. J'y ai appris l'esprit d'équipe, le leadership. Quand ça ne va pas bien, je prends les torts. Quand ça va bien, je donne le crédit à mon équipe.»

Vers 13 ans, il est camelot, scout, fait du bénévolat et joue de la clarinette, du saxophone et de la flûte traversière. Au hockey, il évolue au niveau BB. Rien pour espérer joindre la LNH, mais quand même. C'est quand il a ajouté l'impro que la musique a pris le bord. Mais l'impro, pour le paternel, c'était un loisir. Il imaginait son fils avocat. Quand Patrick présente son premier monologue au Gala Personnalité Jeunesse, en fin de secondaire, son père concède: «Ç'aurait été plus facile si t'avais été ordinaire...» Patrick n'a jamais oublié cette façon discrète qu'a eue son père de lui donner son aval. En 1994, il monte le spectacle 18 ans et plus. Il a 24 ans, une coupe «Longueuil», et vend 400 000 billets.

«Le succès était confirmé mais, pour mon père, faire rire était encore un métier abstrait. Mais c'était un amoureux de cinéma et un grand fan de Paul Newman. Quand il m'a vu jouer, il est devenu mon fan numéro un, et il l'est demeuré jusqu'à sa mort.»

C'est arrivé en 2011. Patrick allait se marier le mois suivant avec Anik Jean. Anik était enceinte, et le père de Patrick avait déjà acheté des jouets pour le petit Nathan, dont la naissance était prévue cinq mois plus tard. Mais avant, le mariage. Et avant, encore, la pêche au saumon, un tête-à-tête père-fils prévu la veille des noces. Starbuck, le film sur la paternité dont Patrick était la vedette, allait sortir dans deux semaines. C'était une période faste. «J'ai eu le coup de fil. J'ai entendu ce qu'on ne veut jamais entendre. Et je me suis écroulé. Physiquement. J'ai vu des gens jouer ça, au cinéma, tomber à genoux, et j'ai toujours cru que c'était "over acté". Mais non... Quand la douleur est trop intense, le corps cesse de te supporter...»

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Le lendemain, Patrick s'est rendu dans la maison de son père. Une façon de partager son intimité. «Sur son ordinateur, il avait ouvert un dossier Starbuck. Il avait commencé à recueillir les premières critiques, les entrevues, la bande-annonce...» La douleur est encore vive. «J'ai perdu mon père alors que j'allais devenir père une seconde fois. Mais mes deux paternités n'ont rien à voir l'une avec l'autre. Jessie et Nathan sont issus de deux générations différentes. J'ai élevé une fille et un gars; la première, dans des conditions monoparentales, et le second, en couple. La dynamique n'est pas la même. J'expérimente deux réalités complètement différentes. Mais le fondement est identique: j'aime mes enfants de manière inconditionnelle.»

De multiples talents
Auteur, humoriste, acteur, réalisateur et producteur, Patrick Huard a souvent touché aux étoiles. Au cinéma, il a travaillé avec les plus grands - Michel Dumont, Michel Côté, Micheline Lanctôt. À la télé, avec Taxi 0-22, son Rogatien a fait fureur. Au box­office, il a battu les records de vente canadiens avec Bon Cop, Bad Cop. «Mais je me suis parfois planté, aussi», s'empresse­t­il d'ajouter, comme s'il voulait éviter que ses échecs passés lui soient resservis par quelqu'un d'autre que lui­même. C'était en 2005. Il avait animé les Jutra. Le lendemain, les journaux avaient crié au désastre. Il était allé se cacher pendant quelques jours. «Lorsque je suis sorti de mon refuge, c'était déjà fini. J'ai dit: "Hein? C'est juste ça?"» La tempête était passée. «Quand j'ai compris que je n'étais ni mort ni blessé, j'ai cessé de craindre de me planter. Je n'ai plus peur de la critique. Ça m'apporte une liberté extraordinaire.»

Mais cette liberté n'a pas toujours été reine dans sa vie. En 1999, quand il s'est séparé de la chanteuse Lynda Lemay, il a senti qu'il devenait le «pas fin» qui laissait femme et enfant. «Un trou de cul», résume­t­il. Il en a été si blessé qu'il n'a plus parlé aux médias pendant sept ans. Et il a mis des années à tenter de convaincre les uns et les autres qu'il était un bon gars... «Souvent un par un», lâche­t­il en riant. C'est sa venue à titre de coach à Star Académie, il y a cinq ans, qui a rallié le grand public à sa cause: celle d'un homme chaleureux, d'un être sensible, d'un gars au grand cœur. Aujourd'hui, il prend la mesure de la gloire avec une bonne dose de lucidité. «J'ai encore une cote de popularité. Je suis chanceux, car c'est l'une des choses les plus éphémères qui soient.»

La naissance d'une idée
Un soir de gala, à Toronto, Patrick Huard présentait un Génie. C'est là, la première fois, qu'il a eu l'idée de se moquer de notre biculture canadienne dans un monologue mi­français, mi­anglais - bien avant Sugar Sammy. «Hi! My name is Patrick Huard and I am a comedian. You don't know much about our culture and there is not much to know about yours.» Sa prédiction: les francophones riront des anglos, et vice-versa. Mais il constate que, dans la salle, chacun rit de toutes les jokes. «Je ne comprenais rien. Mais j'ai eu une illumination: c'est quand on se fout de la gueule et de l'un et de l'autre qu'on a le plus de tendresse l'un pour l'autre.»

Tranquillement, une idée avait fait son chemin vers le Bon Cop, Bad Cop qu'il a écrit. À l'époque, Patrick était trentenaire et avait bien envie de jouer dans un film de chars qui explosent. Mais il sait qu'au Québec on ne dispose pas de 40 millions à investir dans de telles scènes. «J'ai appris à être ingénieux. Par exemple, chaque scène d'action a l'obligation d'être drôle, pour compenser le manque d'argent. Et ça marche!»

Il termine l'écriture de Bon Cop, Bad Cop II, dont le tournage aura lieu au printemps prochain. Mais des détails ont changé... dont le tour de taille du beau jeune homme de la première mouture. Pour retrouver sa ligne et son swing, il parcourt 25 km de vélo et fait de la musculation. Il est à l'eau et au café. Sa bouffe est pesée. «Dans un moment de faiblesse, il se trouve toujours quelqu'un pour me convaincre que je devrais manger du gâteau! Ça me choque. Pourquoi ne pas encourager les autres dans leurs projets? Ce n'est pas plaisant, être à l'eau et peser son poisson, mais j'aime l'idée d'avoir travaillé fort pour me rendre où je suis.»

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L'amour du cinéma
Le dernier film qui le met en vedette a, lui aussi, pris naissance un soir de gala. Patrick Huard venait de rendre hommage à Micheline Lanctôt. Dans la salle, Philippe Falardeau et ses producteurs applaudissaient. Mais ils avaient une raison supplémentaire de le faire. Ils venaient de reconnaître en Patrick Huard leur Steve Guibord, dans Guibord s'en va-t-en guerre, le long métrage qui arrive sur nos écrans, ce mois-ci.

C'est une comédie sur la démocratie et sur la vie de famille du politicien. Huard et Suzanne Clément y incarnent un couple uni depuis une quinzaine d'années. «C'est l'une des choses les plus difficiles à jouer: l'amour qui a un passé. Il faut se trouver une façon de bouger, de se toucher, de se parler... sans la tension sexuelle que le cinéma présente tout le temps, parce qu'il aime montrer des couples qui se forment. Quand vous verrez Guibord, pensez que, pour moi, ça, c'est la vraie vie de couple! C'est beau... mais pas facile... La scène du quai, avec l'hélicoptère, où Suzanne dit: "Tu le sais, que je t'aime." Même nous, à ce moment-là, on a senti le courant passer...»

Le cinéma a quelque chose du rêve américain qui semble lui aller comme un gant. D'ailleurs, il y a un peu moins de 20 ans, l'Actors Studio de New York l'avait invité à y séjourner. Lynda Lemay, sa conjointe de l'époque, était enceinte. Leur fille, Jessie (qui a eu 18 ans cet été), est née. Il a décliné l'invitation. «Je n'ai jamais remis en doute cette décision. Être là pour ma fille, c'était plus important que tout. L'équation "naître aux États-Unis = avoir une grosse carrière" est fausse. Si j'étais né plus au sud, je serais peut-être barman, parce qu'il est encore plus difficile de se démarquer aux
États-Unis qu'au Québec. Je suis en paix avec tout ça.»

Il entretient quand même des rêves. «Gagner un Oscar, c'est un rêve qui ne s'en va pas. C'est la coupe Stanley de mon métier.» Pour en avoir parlé publiquement, il s'est fait rentrer dedans. «Ça m'a déjà indigné qu'on vienne gosser dans mes rêves... mais plus maintenant. Ça fait partie de ma liberté.»

En rafale

  • Ma principale qualité: ma sensibilité. Un cadeau de ma mère.
  • Mon principal défaut: j'ai un caractère de marde!
  • Ce que j'apprécie le plus chez mes amis: J'hésite entre la sincérité et le positivisme. Je supporte très mal les gens qui broient du noir.
  • Ce que j'apprécie le plus chez un autre homme: sa vision.
  • Et chez une femme: son écoute.
  • Un moment de grâce: ma blonde pis moi, quand on pêche à la mouche, en Gaspésie.
  • Un don de la nature que j'aimerais avoir: je danse comme un cap de roue.
  • Une chose que je retiens de ma mère: ma capacité à parler de mes sentiments.
  • Et de mon père: mon humour, ma drive.
  • Si je rencontrais Patrick à 18 ans, je lui dirais: (dans un grand rire) mais CAL-ME-TOI!
  • Une chose que je veux faire, avant la fin: je veux arriver au bout, me r'virer de bord et me sentir fier de ce que j'aurai accompli, de qui j'aurai été et de comment j'aurai fait les choses.
  • Une devise: quand je me couche le soir, il faut que je puisse me dire que j'aurais peut-être pu faire mieux, mais que je n'aurais pas pu faire plus. Ça signifie que j'ai droit à l'erreur, mais il faut que je me sois défoncé.
  • Si Dieu existe, il te dira à ton arrivée: «Tu devrais te voir la face! Tu pensais pas que je serais là pour vrai, hein!».

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