Loisirs et culture

Rencontre avec Normand Brathwaite

Rencontre avec Normand Brathwaite

Martine Doyon Photographe : Martine Doyon Auteur : Coup de Pouce

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Rencontre avec Normand Brathwaite

Même si on voit rarement Normand Brathwaite dans les réunions mondaines - il ne sort pas - et s'il assiste exceptionnellement à une fête, il ne parle pratiquement pas, ce géant du showbiz ne passe jamais inaperçu. Il faut dire qu'il compte une vingtaine d'années de radio, dont 16 consécutives à barre de la quotidienne matinale de CKOI, qu'il anime Belle et Bum depuis 12 ans, qu'il a piloté le Gala des prix Gémeaux pendant 14 ans et que ça fait 20 ans qu'il est porte-parole pour Réno-Dépôt!

Recruté dès sa sortie de Lionel-Groulx, celui qui rêvait d'être tragédien est vite devenu une vedette populaire. Le temps de le dire, il jouait dans La Cage aux folles, Pop Citrouille et Chez Denise. Puis, Robert Gravel est entré dans sa vie, et sa seule présence dans une soirée de la LNI multipliait les ventes de billets. «Si je n'avais pas été noir, je ne serais pas là aujourd'hui, estime le comédien. C'est d'abord la couleur de ma peau qui m'a valu de la job. Si j'ai un talent, je l'ai développé en travaillant. Ce que je possède et ce que je suis, j'ai sué pour l'avoir.» D'ailleurs, même s'il est riche (il gagne bon an mal an à peu près le salaire d'un joueur du Canadien), il continue de travailler «au moins mille heures par semaine», selon son entourage. «Le travail, c'est dans mon ADN, confie Normand. Après CKOI, je me réveillais à 4 h du matin pour faire des jokes dans mon lit. Je regardais le cadran et je disais l'heure à haute voix. Moi, si j'arrête de travailler, je meurs.»

Normand Brathwaite et ses femmes

Normand a aussi un grand sens du partage. Plus occupé que la moyenne des ours, il téléphone pourtant pour prendre des nouvelles de ses proches et n'hésite jamais à allonger le bras pour défendre ou aider quelqu'un qu'il aime. «Normand est tellement généreux de ce qu'il possède et de ce qu'il est qu'on a toutes l'impression d'être proches de lui», constate l'ex-danseuse des Grands Ballets canadiens Geneviève Guérard. Toutefois, sa garde rapprochée ne compte que quelques happy few. L'ex-ministre Yolande James, la comédienne Sophie Prégent, l'animatrice Claudine Prévost, les musiciennes Patricia Deslauriers et Melissa Lavergne, de Belle et Bum, «Ça, ce sont celles qui seraient là, je le sais, si je perdais tout. Et Mélissa, elle, me tiendrait la main à l'hôpital si je devenais légume. Une main; l'autre, ce serait Marie.»

 

 

 Marie, c'est Marie-Claude Tétreault, l'ange qu'il a épousé il y a 25 ans. C'est souvent comme ça qu'on la désigne, et l'histoire ne dit pas si c'est d'endurer la vie auprès de Normand qui lui a valu ce surnom. Il a connu la productrice alors qu'elle était régisseure. «C'était une période de déboires. Je ne digérais pas ma séparation d'avec Johanne [Blouin], je buvais trop, je couchais à gauche et à droite. Marie était là, mais je ne la voyais pas. C'est ma mère qui m'a réveillé. Elle m'a dit: "Normand, cette femme-là possède la générosité du coeur. La vie, c'est long sans personne pour t'aimer pour ce que tu es."»

C'était l'époque où il a été arrêté sur le pont Jacques- Cartier avec un taux d'alcoolémie trop élevé. Chrysler, dont il était porte-parole, a dû se résigner à rompre leur collaboration. «C'est une période où, sans m'en rendre compte, je préparais doucement la dépression qui allait suivre des années plus tard. J'avais un comportement destructeur. Je n'ai pas peur de le dire: sous bien des aspects, la venue de Marie dans ma vie m'a sauvé.»

Lorsque les gars lui disent qu'ils n'ont pas de blonde parce qu'il y a trop de belles femmes sur la terre, il avoue ne pas comprendre. «Moi, c'est le contraire! Je ne veux rien enlever à mes chums de filles, mais Marie-Claude les bat à plates coutures. Elle a 53 ans, elle a élevé nos enfants, et elle est aussi belle que toutes ces trentenaires qui m'entourent! J'ai de l'admiration pour ça. Entre autres. Et j'admire les filles, en général. Je suis très à l'aise avec elles, je les trouve drôles, résilientes, fortes, belles, intelligentes. Auprès des femmes, je peux parler de ce que je ressens. Elles écoutent, et elles comprennent. Mon seul chum de gars, c'est Marc Labrèche, mais en même temps, c'est pas un gars, c'est un extraterrestre!» Il y a bien, parmi les hommes qu'il aime et admire, les Yves Desgagnés, Claude Meunier, François Pérusse, Gildor Roy ou Mike Bossy. «Ces gars-là ont tous une grande intelligence émotive; ils n'ont pas un pénis à la place du cerveau! Mais je dirais qu'en général, je ne suis pas bien avec les gars. Je ne joue pas au hockey avec eux, par exemple; je préfère jouer au squash avec Nathalie Lambert ou Anaïs Favron. Définitivement, c'est avec les filles que je me sens bien.»

Normand Brathwaite: humain, très humain

L'histoire commence avec l'hommage qui lui est rendu en 2006, au 21e Gala des Gémeaux. Sur son siège, il est entouré de sa fille Mylène (sa fille Élizabeth est en coulisses), de Marie-Claude et de Sophie Lorain, qu'il implore d'aller parler à sa place. Il trouve quand même le courage de monter sur scène. Il remercie alors les trois femmes les plus importantes dans sa vie à ce moment-là: sa médecin, sa thérapeute et sa pharmacienne! Dans la salle, tout le monde rit, croyant à une blague. Mais il pleure, et la foule comprend alors. Normand ne va pas bien du tout. «Le lendemain, j'ai appelé ma thérapeute pour m'excuser de l'avoir nommée. Elle m'a dit: "Ne t'en fais pas, la moitié de la salle sont mes clients!"»

Au lendemain de cet hommage, il reçoit le message d'un gars qui lui dit: «Ça fait 30 ans que je te déteste. Et j'ai compris, quand je t'ai vu pleurer sur scène, que je te haïssais pour rien.» «Ce gars-là devait tenir le rôle de François Perdu dans la comédie musicale Pied de poule, explique Normand. À la dernière minute, la production a décidé de lui retirer le premier rôle pour me le donner. Ce comédien-là avait déjà annoncé à ses proches qu'il avait le premier rôle! Ça a dû être l'enfer pour lui. Mais j'étais trop jeune, trop innocent, pour comprendre la dimension humaine qui se jouait-là. Je regrette ce qui s'est passé. Si c'était à refaire, je refuserais.» Les larmes viennent lui chatouiller les narines lorsqu'il raconte cet épisode. «Ça lui a fait du bien de le dire. Ça m'en a fait tout autant de l'entendre», dit sobrement le comédien.

Quant à la dépression, il se dit content d'en avoir parlé. «Parce que les gens qui en souffrent se sentent peut-être moins gênés de leur propre condition. Je me suis longtemps trouvé bourgeois d'avoir une thérapeute, mais le mal de l'âme, ça touche n'importe qui! Même ceux qui, selon nos critères, réussissent leur vie. J'ai une belle vie, mais je n'ai pas le bonheur facile. C'est génétique. Je suis comblé, et malgré tout, je connais l'effet de la douleur à l'âme.»

Justement, parlant de réussir sa vie, Normand envisage le bonheur différemment, ces temps-ci. Il quitte sa maison de Westmount et déménage à Saint-Paul-d'Abbotsford, le village natal des parents de Marie-Claude, situé pas très loin de Rougemont. «On ne prendra même pas de pied-à-terre en ville. Marie et moi, on veut réduire les obligations et les soucis. Ce sera notre plus grand luxe. Si on est pris en ville, on prend un hôtel, c'est tout! Là-bas, il y a un héliport, une piste d'atterrissage et toutes les bébelles qui nous font plaisir.»

D'ailleurs, alors qu'il s'apprête à monter sur les planches pour la comédie musicale Sister Act, il n'a qu'une envie: avoir du fun. «J'aimerais retrouver le plaisir que j'ai connu en sortant de Lionel-Groulx.» Une anecdote à ce sujet: Dernièrement, son amie Mélissa Lavergne, à qui il disait qu'il n'arriverait pas, le soir du show de Belle et Bum, à se souvenir d'un jingle - «Fais-le donc à ma place!» l'a-t-il implorée - lui a dit ses quatre vérités. «Normand, si tu venais aux répétitions, tu le saurais! T'as beau avoir de l'oreille pis du talent, mais y'a des choses qu'il faut répéter pour s'en souvenir!» «Elle avait raison, réfléchit Normand. J'étais booké partout, et j'étais juste trop fatigué pour m'amuser.»

Des rêves professionnels? À 55 ans, Normand en caresse encore, dont celui de jouer dans un film de Denys Arcand. «Il n'arrête pas de dire que je suis bon. Ben, qu'il m'engage!» lance le comédien avec l'humour qu'on lui connaît. Et, bien sûr, l'humour qu'on lui connaît recèle toujours un peu de vérité.

Les plaisirs de Normand

1. Soirées tranquilles. Marie et moi, on soupe à 17 h. Elle mange comme un oiseau, alors ça prend 10 minutes. Ensuite, on va écouter un Breaking Bad. Avant, c'était Dexter. Ensuite, je vais la border, vers 20 h 30. Je redescends, j'écoute un peu de télé, puis je sors en cachette avec Edouard. On va prendre une bouchée ensemble. L'hiver et le printemps, on va au hockey au Centre Bell parce que j'ai des billets de saison de la mort!

2. Les documentaires télévisés. Plus long que ça, je souffre d'un déficit d'attention! Et comme j'ai une quarantaine de téléviseurs dans la maison, je peux me promener partout pendant la diffusion. Je quitte la cuisine pour aller prendre un bain chaud et je poursuis l'écoute.

3. Écouter mon show. J'écoute Belle et Bum à la télé. Je ne me regarde pas. Mais quand je vois que je pogne le champ à la guitare, là, je ne suis pas content!

4. Partir en hélico. C'est mon ami Normand Dubé qui m'a initié. Mais je n'ai jamais voulu piloter. Depuis 2008, c'est Marie-Claude qui pilote. Moi, je m'assois en arrière, je retire les headsets et je relaxe. Même que maintenant, souvent, je m'endors.

5. La Gaspésie. Marie et moi, on y a une petite maison à Port-Daniel. Je vais m'y ressourcer. Ça fait partie de moi.

6. La routine. En vacances, Marie et moi, on prend la même chambre que l'année précédente, dans le même hôtel, au bord de la même plage, dans le même pays. Mes amis disent que je suis peureux. Melissa veut tout le temps m'amener au Sénégal. Elle dit que je tripperais avec leur musique. C'est hors de question!

Échange de coups

  • Coup brusque. L'arrivée de mon fils Edouard. On essayait - ça ne fonctionnait pas. Marie avait 39 ans. On est allés en Jamaïque, on buvait du champagne tous les jours, Marie faisait du ski nautique et... elle était enceinte sans le savoir!
  • Coup de blues. Je dirais l'entièreté de ma carrière. Il y a toujours eu une blue note dans mon parcours. C'est-à-dire que tout va bien, sauf une petite criss de note mélancolique qui s'étire.
  • Coup majeur. La venue de Robert Gravel dans ma vie. Il m'a montré à être un acteur.
  • Coup bas. Ma séparation d'avec CKOI. J'ai été victime d'un coup bas.
  • Coup de coeur. Sarah Slean, à mes yeux la nouvelle Joni Mitchell - l'idole de mes 15 ans!
  • Coup d'oeil. J'adore lire des critiques de cinéma. Pour moi, ça remplace souvent l'acte de voir le film. Je ne vais jamais au cinéma. 
  • Coup de frein. La coke. J'en n'ai pas fait beaucoup, mais j'ai vu des musiciens qui en avaient besoin pour livrer leur performance. Je suis content d'avoir pu m'arrêter.
  • Coup de panique. La trahison. Je rêve que je suis trahi par une amie, et je me réveille en sueur. Je pense que c'est dans mon empreinte génétique.
  • Grand coup. Avoir appris, grâce à l'émission Qui êtes-vous?, que dans mon passé d'esclaves, j'avais un ancêtre blanc, d'origine allemande et propriétaire d'une plantation. Ça m'a bouleversé, et ça m'a rappelé qu'il ne faut jamais se fier aux apparences!
  • Coup de crayon. Je suis toujours en Armani quand je voyage, parce qu'aux douanes je me fais fouiller. Un jour, en entrevue, j'ai dit ça à Isabelle Massé, et elle s'est mise à pleurer. Elle m'a dit que, sur 20 journalistes de La Presse, où elle travaille, elle était toujours la seule à se faire fouiller et qu'elle trouvait cela très humiliant. Parallèlement, elle m'avait dit qu'elle aimerait écrire ma biographie mais je ne voyais pas d'angle. Avec ça, j'ai dit: «Go! On fait le livre.»
  • Coup doux. La planète est très raciste, mais le Québec, je tiens à le souligner, est d'une belle souplesse. J'ai animé pendant 10 ans la Fête nationale - le monde a oublié que j'étais noir, ou quoi? En France, on ne pourrait pas imaginer qu'un Algérien anime la Fête nationale. Jamais!
  • Coup de l'imagination. Je ne vois jamais Dieu comme un homme avec une grande barbe. J'aime penser que Dieu est peut-être Ima. Je ne serais pas surpris de voir un jour Ima marcher sur l'eau!
  • Coup dur. Ma séparation d'avec Johanne (Blouin). Dans ma tête, on ne pouvait pas se séparer de la mère de son enfant.
  • Coup de balai. Une couple de shows que j'ai faits, jadis, à Radio-Canada, que je ferais disparaître volontiers...
  • Coup fumant. Mon retour au théâtre!

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