Loisirs et culture

Rencontre avec Marie-Claude Barrette

Rencontre avec Marie-Claude Barrette

Marco Weber / TVA Publications Photographe : Marco Weber / TVA Publications Auteur : Coup de Pouce

Loisirs et culture

Rencontre avec Marie-Claude Barrette

Elle a longtemps été perçue comme une mère au foyer dans l’ombre de son homme. Jusqu’à ce que ses talents d’animatrice, d’intervieweuse et d’auteure soient révélés au grand jour.

Pendant longtemps, cette bachelière en sciences économiques s'intéressant aux questions sociales et politiques a été, aux yeux du public, «la femme de Mario Dumont». Avant qu'ils aient des enfants, il est même arrivé à «la blonde de» de ne pas être invitée à s'asseoir à la même table que son chum, dans certains rassemblements officiels. Et pendant des années, même après qu'elle eut été responsable du financement d'un musée et qu'elle eut dirigé une école de musique (gérant personnel et budgets), le public a continué à la voir comme une femme au foyer.

Pourtant, Claude, comme l'appellent ses parents, son chum et ses proches, n'est pas dépourvue de confiance en soi, ni d'aplomb. Difficile de penser que cette femme à la crinière de lionne n'ait pas cherché alors à remettre les pendules à l'heure. «Je dirais que pendant longtemps, je ne comprenais pas trop qui j'étais vraiment. Il y a bien Janette (Bertrand), qui m'a aidée à me révéler à moi-même, au gré de ses émissions de télé. Mais jusque dans la trentaine, je ne savais pas trop de quoi j'étais capable.»

­De quoi elle était capable, Marie-Claude Barrette l'a appris à la dure. D'abord en accouchant de Noël, un fils atteint de trisomie 13, et en devant lui dire adieu sur-le-champ, un certain 24 décembre, un mois avant d'avoir 30 ans. «Noël est mort dans les bras de son père», relate celle qui était à nouveau enceinte cinq mois plus tard. Angela, l'aînée, n'avait pas trois ans. Alors que Marie-Claude en est à 26 semaines de grossesse, une amniocentèse révèle qu'il n'y a pour le foetus que deux pour cent de chances de survie. «Deux pour cent, c'est très peu pour bien des gens, mais quand tu viens de perdre un enfant, c'est un monde, une mer. Ce n'est pas beaucoup, c'est vrai, mais c'est quelque chose! Et Mario et moi, ce quelque chose, on a décidé de le saisir.»

C'est dans l'immobilité que Marie-Claude Barrette a mené ce qui allait s'avérer la plus grande bataille de sa vie. Elle a passé 133 jours alitée. Elle en a fait le sujet d'un livre, pour lequel son amoureux a trouvé le titre: La couveuse (Libre Expression). Elle y parle de la personne qu'elle est, de son rapport à sa famille et à ses amis et, surtout, elle y raconte comment se sont déroulées ces longues semaines à l'horizontale et ce qu'elle a alors appris sur l'humanité. «Quand j'ai mené cette grossesse à terme, j'ai compris toute la force qui était en moi. Ça m'a enlevé des limites. Mais si Noël n'avait pas existé, est-ce que j'aurais accepté de rester alitée pendant trois mois et demi? On n'a jamais besoin de vivre les drames qui surviennent. Mais on peut faire en sorte qu'ils servent à quelque chose.»

Une apparition remarquée

C'est son passage à Tout le monde en parle, en 2009, qui l'a véritablement révélée au public. Son Mario venait de quitter le monde de la politique et il abordait une carrière d'animateur à TQS. Le couple était à New York avec ses trois enfants quand Guy A. a téléphoné à Mario. «On aimerait ça que Marie- Claude y soit», a spécifié l'animateur. «Je n'avais pas de carrière publique. Mais je voulais bien paraître! On est donc tous allés chez Macy's pour choisir ma robe!»

Pour accueillir le politicien, l'équipe de Guy A. a eu l'idée de prêter le siège de l'animateur à Mario, question de souligner son nouvel emploi. Bon joueur, l'invité s'est retrouvé à interviewer son épouse. «Qu'est-ce qui te préoccupe, ces temps-ci, Marie-Claude?» Elle a alors évoqué le génocide du Rwanda, devant lequel la communauté internationale était demeurée somme toute assez inerte, 15 ans plus tôt, alors que, sur la scène internationale, Brigitte Bardot suggérait de boycotter le maquillage fait avec du gras de phoque en provenance, notamment, des Îles-de-la-Madeleine. «Ça me choquait complètement de voir le monde rester immobile et muet devant des hommes qui se tuaient à coups de machette, mais s'élever devant des Canadiens qui laissaient de pauvres phoques être tués au harpon.»

Le dimanche soir venu, Mario était retourné à Québec, et Marie- Claude a écouté seule l'émission, dans son salon de Cacouna. «Je me trouvais laide et je trouvais que je m'étais un peu trop emportée en parlant de mon sujet, alors que ce n'était pas vraiment moi, l'invitée.»

Le lendemain, une équipe de production lui offrait d'animer une émission de consommation. Mais c'est l'humain qui intéressait Marie-Claude. Les tractations ont par la suite donné lieu à l'animation de l'émission Simplement vedette, à Canal Vie. Puis, Marie-Claude a été invitée à collaborer à Deux filles le matin, diffusée à TVA. La première année, on avait prévu l'inviter pour quelques visites; elle y est allée 40 fois! À présent, elle anime cette émission dont les cotes d'écoute détiennent quelque 30 à 35 % des parts du marché le matin, à 9 h 30.

Se détacher pour se protéger

«Je ne fais rien de spécial pour plaire, même que pendant longtemps, je détestais ça, agir pour plaire aux autres, avoue Marie-Claude. Quand j'étais adolescente, mes copines me tombaient sur les nerfs avec leur besoin de plaire à tout prix. Plus tard, j'ai rencontré des femmes en politique, des femmes de tête qui m'ont confirmé qu'il était possible d'argumenter sans voir son ego heurté à tout bout de champ. Moi, quand je ne "fitte" pas dans un groupe, je ne me remets pas en question jusqu'à me faire mal. Je vais voir ailleurs, tout simplement.»

C'est peut-être une enfance passée à déménager qui a apporté une certaine indépendance d'esprit à Marie-Claude Barrette. «J'étais gentille avec les autres, mais, pour me protéger, je ne m'attachais pas à eux. J'ai mis du temps à comprendre ça.» Cette fille de soudeur et monteur d'acier a ainsi habité Staten Island, aux États-Unis, puis Sept-Îles, Port-Cartier, La Tuque, Montréal, Saint-Félicien, La Baie, Amos, Sherbrooke, L'Anse-aux- Gascons et Lavaltrie, avant de suivre son homme à Cacouna, dans la circonscription de Rivière-du-Loup, et de mettre au monde quatre enfants. Pas mal pour une fille qui rêvait de voyager, de devenir missionnaire, de demeurer libre d'attaches et de vivre sans enfants! «Heureusement, ma capacité d'adaptation est hors du commun, et j'ai appris que changer d'idée, ça ne tue personne», lâche-t-elle simplement, avec un soupçon d'autodérision.

Ce détachement des événements n'est pas venu tout seul. De son propre aveu, elle a longtemps été une control freak pensant, comme bien des femmes au coeur d'une famille, «être la seule à pouvoir faire les choses parfaitement». À 35 ans, elle est tombée en faisant du ménage et a subi 27 fractures au coude, ce qui lui a fait vivre plusieurs voyages sous l'effet de la morphine et un autre trois mois au lit! «J'ai appris à lâcher prise. Je sais désormais que le monde peut tourner sans moi.»

Fille de clan

Celle qui a eu 47 ans le 24 janvier parle avec beaucoup de tendresse de ses années à Cacouna même si, installée depuis presque sept ans dans sa spacieuse maison de Saint-Lambert, elle ne retournerait pas en arrière. Visiblement, Marie-Claude Barrette aime sa vie. En couple depuis 25 ans avec Mario Dumont, elle est la fière maman d'Angela, 19 ans, «la psy de la famille, celle qui comprend tout», de Charles, 16 ans, «le PR par excellence, avec une irrésistible personnalité», et de Juliette, 13 ans, «l'artiste, la pianiste, l'altruiste, celle qui nous fait tous rire et sourire».

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Cette femme à la personnalité rassembleuse, éprise de liberté dans le geste et la pensée, se définit comme une fille de village. «À Cacouna, j'étais isolée. Mario partait le dimanche pour se rendre à Québec. J'ai passé beaucoup de temps seule, même si mon chum était très présent par téléphone. Il connaissait notre quotidien, était au courant de tout ce qui s'était passé à l'école et savait ce qu'on mangeait pour souper. Bien sûr, j'étais entourée. On me disait: "Mais pourquoi tu m'appelles pas?" Eh bien, parce que quand tu as des petits, que tu ne dors pas la nuit, que tu te sens débordée, tu as zéro envie d'inviter du monde chez toi! Voilà pourquoi!» C'est son médecin de famille, le Dr Gougou, qui l'a un jour amenée à réfléchir sur la solitude. «Il m'a dit deux choses significatives: "Tu passes trop de temps seule avec tes enfants" et "À 16 h, ouvre toutes les lumières dans la maison et écoute Oprah ou Claire Lamarche. Ouvre une porte sur l'extérieur." Sans le savoir, j'ai peut-être alors commencé à me préparer à cette deuxième carrière en télévision.»

Après Oprah et compagnie, sa porte sur le monde, ce fut le chant. «J'ai suivi des cours de chant classique et j'ai chanté au sein d'une chorale. Ça m'a donné un sentiment d'appartenance crucial. Une chorale, c'est une communauté.» En raison de ses engagements et de ses horaires atypiques en télé, elle a quitté la chorale. Mais il arrive qu'on l'aperçoive dans un bar de karaoké, non loin de TVA, s'époumonant sur des airs de Pat Benatar ou de Dan Bigras. Ses amis Lise Dion et Maxime Landry l'y accompagnent à l'occasion. Et dans les partys, Claude chante. Récemment, elle a d'ailleurs poussé la note au Piano à gogo de Normand Brathwaite avec Hit Me With Your Best Shot, Emmène-moi, Le naufrage et Les Champs-Élysées, notamment. «Le chant, comme la méditation, à laquelle je m'adonne maintenant, ça m'a appris à respirer. Et respirer, c'est la vie!» Celle qui s'est battue si fort pour mener cette vie-là en sait quelque chose.

5 moments forts de sa carrière

1. L'école de musique que j'ai dirigée à Rivière-du-Loup. Voir des enfants jouer devant des parents émus et assister de jeunes retraités qui se lancent de nouveaux défis me touchait vraiment. Suivre l'évolution de chacun, au fil du temps, c'est quelque chose d'inoubliable.

2. L'émission spéciale de Deux filles le matin dans laquelle j'ai rassemblé cinq femmes ayant plus de 80 ans. Je me disais qu'elles avaient certainement beaucoup à nous apprendre. Je me pinçais tellement je trouvais ce moment incroyable... Nous avons même décidé de réaliser une deuxième heure!

3. La première édition de La marée aux mille vagues: «À l'époque, je travaillais au Musée du Bas-Saint-Laurent, et nous avons eu cette idée de fou de regrouper 1000 personnes qui viendraient peindre ce que leur inspirait le fleuve, sur une toile de 1000 pieds de long. Quelle aventure extraordinaire!

4. La sortie de mon récit La couveuse. Jamais je n'aurais osé penser voir mon nom à titre d'auteure sur la couverture d'un livre! J'éprouve une grande fierté quand je pense à cette réalisation.

5. Les tournages de Virages. À chaque entrevue, j'ai l'impression de marcher sur un plancher fragile et je suis bien dans cette zone. Je me focalise sur l'invité et j'oublie tout le reste. Chaque rencontre demeure gravée dans ma mémoire. Recevoir des confidences, c'est un privilège.

En rafale

  • Ma principale qualité: La générosité.
  • Mon principal défaut: Mon impatience. Les choses ne vont jamais assez vite! Je travaille fort pour réduire mes attentes.
  • Ce qui me touche le plus chez un homme: Sa capacité à exprimer ses émotions.
  • Et chez une femme: Sa sensibilité.
  • Un moment de grâce, à mes yeux: Nous sommes ensemble, Mario, les enfants et moi, et nous avons un fou rire! C'est comme si nous étions tous heureux au même moment.
  • Un don de la nature que j'aimerais avoir: Un talent particulier en arts visuels.
  • Ce que je retiens de plus précieux de ma mère: Elle m'a appris à foncer dans la vie et à ne pas me laisser distraire par un non.
  • Et de mon père: Il m'a appris à ne pas juger les autres trop rapidement.
  • Une chose à faire avant la fin: J'aimerais faire le chemin de Compostelle. M'offrir un temps de réflexion qui me permettrait de repasser ma vie au peigne fin et ainsi m'aligner pour ce qu'il en reste.
  • Une certitude: Le temps passe... Il ne faut pas reporter les choses à demain.
  • Une devise: Ne cherche pas le bonheur: il est là où tu es.

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