Loisirs et culture

Rencontre avec Joël Legendre

Rencontre avec Joël Legendre

Auteur : Coup de Pouce

Loisirs et culture

Rencontre avec Joël Legendre

Joël Legendre m'a donné rendez-vous dans sa loge. On profitera d'une pause de tournage d'Alors, on jase!, qu'il coanime avec Élyse Marquis, parce que l'horaire de cet artiste multidisciplinaire est plein, archi-plein. Il danse, chante, anime, joue, imite, met en scène, double, dirige, écrit, cuisine, publie, porte la parole d'un organisme par-ci, d'une bonne cause par-là, et le voilà maintenant qui veut produire. C'est sans compter que, dans sa vie personnelle, il a été un père monoparental - il vit maintenant en couple -, ce qui, tous les parents le savent, est loin d'être une mince affaire.

Ce midi-là, l'école de son fils est fermée pour cause de bris de tuyaux. Lambert et son ami Jérémie passent la journée au studio. Un sac de biscuits Oreo trône, grand ouvert, entre les jeux électroniques. Au milieu de ce désordre (c'est presque injuste d'écrire ça, car normalement, l'ordre règne dans les affaires de Joël), impossible de ne pas remarquer les quelque 15 paires de souliers qui témoignent de sa coquetterie légendaire. Le lunch arrive: la parfaite soupe-repas... au tofu. Pour faire damner Joël, je lui demande si la commande est arrangée. J'ai su qu'au resto il y a des gens qui mettent le nez dans son assiette pour voir si c'est bien vrai qu'il ne consomme pas de viande. Il confirme: «Les gens ont ce désir de me "pogner" sur le fait!» Choqué? Jamais de la vie. Joël Legendre est bien trop fin pour ça!

«Je suis très conscient de l'image que je projette », lance l'homme gentil, propret, drôle, positif, souriant, successful, bien coordonné, toujours coiffé, de bon ton, jamais méchant et muni d'un sourire à faire fondre un glacier. Même qu'à l'animation du Gala des Gémeaux, en 2012, il a voulu être irrévérencieux et la critique lui a reproché d'être trop gentil pour jouer les baveux! «Je les ai trouvés méchants. J'ai alors compris que le port d'un bouclier m'était essentiel. Maintenant, je n'ai plus peur du jugement des autres. Cette liberté-là m'est venue en cadeau, avec la quarantaine. Je préfère être dans le train et me faire critiquer, puisqu'il le faut, plutôt que de le regarder passer. Personne ne va m'enlever le plaisir d'être dans l'action et dans la lumière.»

À cet égard, l'homme public fait un constat bien senti. «Je suis classé dans une catégorie où j'endosse certaines valeurs. Je mange sainement, je fais de l'exercice, je m'occupe de mon fils. Je reconnais ma responsabilité par rapport à mon image. Mais ce n'est pas lourd à porter: ça correspond à ce que je suis.» Sauf quand, un soir d'été, dans un Dairy Queen avec son fils, on lui lance: «Ah! Ha! Vous mangez de la crème glacée!» Bon joueur, il rit. «Le succès, c'est un choc thermique! J'ai beau être bien équipé, je sens tout de même la responsabilité de ne pas décevoir. Ce n'est pas difficile, car ce que j'affirme publiquement, je le pense personnellement. Mais je me méfie du fameux piédestal: quand le public nous y installe, on finit toujours par en tomber.»

 

Vers le succès et l'équilibre

«J'ai longtemps travaillé dans l'ombre, poursuit-il. J'ai fait des émissions pour enfants où je demeurais un comédien inconnu, j'ai fait de la mise en scène où je mettais le talent des autres en valeur, j'ai fait des remplacements. Quand je suis arrivé à la barre d'Occupation Double, un show qui avait de grosses cotes d'écoute, je me suis juré de rester moi-même et de miser sur ce que j'avais de meilleur: mon humanité. Avec les jeunes, j'ai choisi le rôle de grand frère. Ensuite, la radio est arrivée, et en parallèle, ce désir d'élever un enfant. Les choses se sont enchaînées et le public a aimé ce qu'il a vu et compris de moi. Un homme célibataire qui décide d'élever un enfant seul, ce n'est pas plus extraordinaire qu'une femme qui fait la même chose, mais c'est plus rare. Platement, il semble que notre société trouve ça plus attendrissant chez un mâle! Idem pour Joël le végétarien. Je refuse de manger de la viande depuis que je suis adolescent. Soudain, c'est devenu hot!»

La suite est connue. On l'a approché pour faire un livre de recettes sans viande, illustré de photos prises sur la ferme de son enfance, à Sainte-Hélène-de-Bagot. Avec 35 000 exemplaires vendus de Ma biographie gourmande, il n'est pas étonnant qu'on lui ait déroulé le tapis rouge pour 4 saisons dans mes chaudrons. Actuellement, à 47 ans, tout ce qu'il touche s'illumine. Sa carrière marche à fond la caisse, il est joli et pétant de santé, les siens vont bien, il est amoureux et vit en couple depuis trois ans, son fils est si épanoui qu'il a demandé: «C'est tu grave si je l'appelle Papa, lui aussi?» et le fait que fiston clame haut et fort avoir deux papas rend Joël Legendre fier comme un paon.

Pour toucher l'équilibre et former une famille, l'ami Joël n'a pas eu peur d'aller s'étendre sur le divan du psy. «J'ai compris mes mécanismes de défense, et ceux des autres. J'ai longtemps cherché mon contraire dans mes relations amoureuses. Le gros brain pour les finances, un fort caractère, capable de confronter. Après trois ans de psychanalyse, j'ai accepté d'essayer l'amour avec un homme "miroir", c'est-à-dire un être qui me ressemble. C'est moins passionnel, mais plus paisible; moins challengeant, mais plus durable. Quand mon copain est arrivé dans ma vie, je me suis reconnu. C'est un homme extrêmement doux, avenant, attentionné, bon. Alors, l'intégration s'est faite tout naturellement entre lui et la famille que je formais avec Lambert.»

Père inquiet, fils heureux

Joël Legendre n'a rien d'un père d'apparat. Pour lui, la paternité est affaire de quotidienneté, de gestion de l'ordinaire, de répétition du geste, d'amour et de stabilité, des responsabilités dont il n'a jamais cherché à se délester. «Je ne suis pas allé chercher mon fils jusqu'en Chine pour le faire élever par des nounous! On fait tout ensemble et, si je dois sortir sans lui, c'est ma mère qui le garde.» Sa mère, c'est Micheline, que Lambert appelle Mimi. Quant au père de Joël, le petit l'appelle Pépère. Ce surnom, qui a commencé par une blague entre Joël et son paternel, a fait monter les larmes aux yeux de ce cultivateur aujourd'hui retraité le jour où, dans son jargon mêlant ses langues maternelle et adoptive, l'enfant lui a lancé un «Pépère» qui n'avait rien d'asiatique. C'est resté.

Tout autour, Joël avait calculé que son enfant serait entouré de figures féminines fortes et aimantes, dont sa soeur Josée et sa grande amie Élyse Marquis, pour ne nommer que celles-là. Il avait beau avoir fait ses calculs et placé tous ses morceaux, il n'allait toujours pas lui dessiner une maman! «Adopter, c'est purement égoïste, affirme le comédien. Ce n'est pas pour sauver un enfant du pétrin qu'on fait ça. Mon désir d'être père était plus fort que la douleur de devoir avouer un jour à mon fils qu'il n'aurait jamais de mère. Alors, j'ai accepté d'emblée que, le temps venu, je devrais expliquer à Lambert pourquoi il n'a pas de maman. J'avais imaginé que ça se passerait vers 10 ou 11 ans. Le matin où il a lâché la question, nous étions dans l'auto et roulions vers la garderie. Il avait quatre ans! Je me suis stationné, et on a jasé.»

Un peu avant Noël, justement, père et fils ont eu une causerie en tête-à-tête, comme ils s'en créent de temps en temps. Papa est allé sonder le coeur de fiston pour une énième fois: «Est-ce que tu y penses, à ta maman, parfois?» Lambert l'a regardé droit dans les yeux: «J'aimerais ça que tu arrêtes de me poser cette question-là! Ça ne me dérange pas de pas avoir de mère!» Peut-être par besoin de s'assurer qu'il n'aura jamais laissé de zone grise, Joël a pris soin de redire: «Peut-être que ta mère était trop jeune. Peut-être qu'elle était trop pauvre. Peut-être qu'elle était malade, ou qu'elle est décédée...» Sans information sur la famille biologique, Joël veut être certain que le message passe: «Tu es un enfant voulu, mon fils. Ta mère a désiré que tu sois en vie.» Chaque fois qu'il raconte cette histoire, Joël craque. Ses larmes sont le mélange d'une joie indicible, celle d'être l'heureux élu, et d'un filet de peine qu'impose la compassion: «Lambert n'est pas en manque. Il comprend que son histoire est différente. Il n'a pas de mère, il a deux pères. Il est fier de ça, et je le sens aussi confortable que n'importe lequel de ses amis. Dans le fond, celui qui pense tout le temps à elle... c'est moi!»

L'instant ne dure pas, et Joël trouve le moyen d'en rire. Il profite du fait qu'on frappe à la porte pour se moquer de sa légendaire perfection: «Tu vois, même brailler, je fais ça au bon moment!» En fait, il choisit toujours de voir - et de faire voir - la bouteille à moitié pleine. Au micro de RougeFM, il pourrait devoir annoncer un tsunami qu'il trouverait quelque chose de positif à dire. Du vent et de la pluie? Profitez-en pour faire du cocooning! Du froid? Sortez votre doudou et louez des films! «La mauvaise température, c'est plein de bonnes raisons pour se faire du bien. Les gens ont besoin de positif, de réconfort, de bonheur, dit-il. Ceux qui veulent entendre des mauvaises nouvelles, apprendre que tout va mal et que Beyrouth est rendue à Montréal, qu'ils écoutent Paul Arcand!» Tiens, tiens, de l'humour irrévérencieux? «Jamais de la vie, répond Joël. Je suis bien trop gentil pour ça.»

Les plaisirs de Joël

1. Le yoga chaud J'ai découvert le yoga chaud l'hiver dernier. Vous dire comme j'en avais besoin! Une activité physique dotée d'un aspect spirituel en plus, c'est ça, le yoga! Déjà en arrivant, une atmosphère de détente, de paix et de franche camaraderie est palpable. Un thé indien est offert et je commence toujours mon rituel avec cet élixir. Puis je m'installe, je respire et je choisis de mettre mes soucis de côté. La respiration, l'étirement et la concentration prennent toute la place. Je goûte au bonheur!

2. Skier avec Lambert Partir en haut de la pente en même temps que mon fils et le voir me dépasser à vive allure avec un large sourire sur son visage me rend fier de lui, vous ne pouvez pas savoir comment! Pour un parent, faire un sport avec son enfant est une symbiose exceptionnelle. Chaque semaine qui passe, je me demande combien de temps encore j'aurai cette chance de partager mes week-ends avec mon fiston de 11 ans qui avance tranquillement pas vite vers l'adolescence!

3. La chocolaterie Andrée Stéphanie, la propriétaire, est la petite-fille de Madeleine, la fondatrice, qui ouvrait en 1940 cette chocolaterie, située sur l'avenue du Parc. Les recettes sont demeurées les mêmes, deux dames y travaillent comme sauceuses depuis plus de 35 ans et encore aujourd'hui, chaque chocolat est trempé individuellement. Tour de force dans ce monde où tout va trop vite.

4. Bouger les meubles Une ou deux fois par année, il faut que tout change de place dans la maison. C'est plus fort que moi! J'aime cette nouvelle énergie quand la moquette prend le bord, le salon se retrouve à la place de la salle à manger et le lit de la chambre des maîtres change littéralement de place. C'est moins feng shui qu'avant? Je m'en fous! J'ai souvent une overdose de créativité et il faut que ça sorte. Aux critiques de la famille, je réponds qu'il y a pire comme dépendance et que ce manège ne fait de mal à personne. De toute façon, ça changera dans quelques semaines!

Coup pour coup

  • Coup de baguette magique Que tous les enfants qui n'ont pas de parents puissent connaître la joie et la douceur d'être les plus importants dans la vie d'un adulte!
  • Coup de chapeau À vous qui donnez à Opération enfant soleil chaque année et à vous, chers parents que le destin a transformés en aidants exceptionnels.
  • Coup de coeur À Élyse Marquis, mon amie depuis 25 ans, avec qui j'ai le bonheur de coanimer Alors, on jase!, à Radio-Canada. Je bénis autant nos fous rires que nos conversations profondes.
  • Coup de crayon Et coup de pinceau à France Signori, qui me maquille depuis Iniminimagimo et qui est devenue mon amie, ma confidente et une camarade de travail essentielle.
  • Coup de bâton À la ligue de baseball de mon quartier, dans laquelle Lambert s'est tellement épanoui l'été dernier. Bravo aux bénévoles et aux entraîneurs, qui ont su insuffler à ces jeunes le bonheur de s'amuser et l'importance de l'esprit d'équipe.
  • Coup de frein À cette petite voix malsaine qui m'empêche parfois de me dépasser et d'aller plus loin. Cette voix qui ne veut pas que je sorte de ma zone de confort.
  • Coup répété Ces phrases d'autosuggestion que je me répète depuis plus de 20 ans: «Je suis une personne qui réussit parfaitement», «Mon corps est en parfaite santé», «Chaque expérience négative est un signal pour moi de réagir avec calme et intuition créative.»
  • Coup de pistolet Si vous avez un jeune garçon de 11 ans, vous connaissez les Nerf, ces fusils qui lancent des balles en styromousse inoffensives... jusqu'au jour où elles vous pincent la joue par surprise! «Tu vas jouer dehors avec ça asteure, OK!»
  • Coup de sifflet Ça me rappelle le départ de la croisière de Walt Disney que j'ai faite avec mon fils il y a deux ans: sept jours avec la nausée et le mal de coeur. Un coup de sifflet qui résonne encore dans ma tête!
  • Coup monté Les combats de lutte que j'écoutais avec mon père le samedi soir. J'y croyais dur comme fer.
  • Coup de téléphone Denise Filiatrault qui m'appelle pour m'annoncer qu'elle m'a choisi pour mon premier rôle au théâtre. «Moi, je ne te voulais pas, mais André Montmorency m'a dit que t'étais bon! J'y fais confiance!» Respire, mon Joël, ça va bien aller!

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