Loisirs et culture

Rencontre avec Jean-Philippe Wauthier

Rencontre avec Jean-Philippe Wauthier

Julie Perreault Photographe : Julie Perreault Auteur : Coup de Pouce

Loisirs et culture

Rencontre avec Jean-Philippe Wauthier

Animateur en vue, fashionisto de la première heure, nouveau papa et grand séducteur, Jean-Philippe Wauthier n’est pas qu’un homme en or. C’est un brillant, à qui tout réussit.

L'une des premières rencontres entre le public et Jean- Philippe Wauthier à la coanimation de Deux hommes en or, à Télé-Québec, c'était devant Denise Bombardier. Le duo discutait quand la redoutable Madame B. lui a lancé: «Mais vous n'avez pas compris ce que je vous ai dit!» Du tac au tac, Wauthier a répondu: «En effet, je ne vous écoutais pas.» Le commentaire a fait jaser. «Je n'étais pas en train de négocier un traité de paix entre Israël et la Palestine! C'est un show de divertissement! J'ai manqué de concentration, c'est tout! Comme dans une vraie conversation...»

Jean-Philippe est volubile, mais a les yeux dans la graisse de bines. Il vient de se farcir un aller-retour dans son Saguenay natal, d'où il est rentré à 4 h du matin. Son petit Clarence, le trésor de sa vie né il y a quelques mois, l'a réveillé à 6 h 30. Malgré le manque de sommeil, ses émissions à préparer pour La soirée est (encore) jeune (à la radio d'ICI Radio-Canada) et une réunion de production pour Les dieux de la danse, la nouvelle émission qu'il anime - un titre inspiré des Dieux du stade, une BD des années 70 -, l'homme est radieux. Il s'est pointé au resto encore tout imprégné de sa visite à son ancien séminaire. Ce grand sensible était heureux qu'on ait pensé à lui pour rencontrer les étudiants. «L'école s'est souvenue de moi comme d'un élève éloquent et sérieux, aux propos mordants, et c'est ce que j'étais. C'est drôle que les gens me perçoivent comme un petit baveux; moi, j'ai l'impression d'être un gentil», dit le principal intéressé.

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Un look est né
Ça ne prend pas un cycle universitaire pour comprendre qu'il est du bord des gentils, une vertu quasi vintage qu'il ramène au goût du jour, comme ses pan- talons à élastiques aux chevilles et ses chaussures de course bleu électrique à rayures jaunes... Il se défend bien d'être un fashion addict. «C'est par esprit pratique, lâche-t-il. L'idée, c'est de n'avoir que quelques beaux morceaux à la mode. Le matin, tu prends n'importe quoi, et ça fitte.» À preuve, ce jour-là, son blouson en tweed brun bouffant à la taille et poignets côtelés qui complète un kit magnifiquement étudié. N'importe quoi, of course!

«Jean-Philippe a des airs de dandy d'une autre époque», lance en riant son ami et mentor Pierre- Louis Laberge. «Il était comme ça quand on était jeunes, renchérit son ami et collaborateur à La soirée est (encore) jeune, Olivier Niquet. On a voyagé en Europe, en sac à dos, et il fallait que je me batte avec lui parce qu'il voulait tout le temps aller magasiner! Et oui, il en passait, du temps, devant le miroir, à organiser ses cheveux... Là-dessus, il n'a pas changé!» Désormais, on voue un culte à sa coiffure, un attribut dont il semble prendre un soin qui frise le narcissisme. «Pas vrai, se défend-il. C'est la coupe qui fait ça... Ça se place tout seul...»

Il semble porter à son travail la même minutie qu'à son fameux toupet. Par exemple, à Deux hommes en or, il est toujours le premier arrivé, hyper préparé, et est capable d'interviewer un comédien aussi bien qu'un politicien. Quand il anime La soirée est (encore) jeune, il a en tête le canevas de l'émission, jusqu'à savoir clairement où sont les transitions. Mais même rodé à l'extrême, il demeure capable de laisser place à la spontanéité. Il plaide que son animation est facile grâce au talent de ses comparses, Fred Savard, Jean- Sébastien Girard et Olivier Niquet.

De fonctionnaire à vedette
Celui qui s'est emmerdé dans une job qui l'ennuyait pour mourir pendant une huitaine d'années - il était fonctionnaire au sein de Développement économique Canada - s'adonne à l'humour absurde à condition qu'il y ait un contenu politique ou une critique sociale. Pour les fans, c'est au réalisateur Jean Gagnon qu'on doit sa découverte, lui qui l'a invité à faire une chronique à l'émission de Franco Nuovo, Je l'ai vu à la radio. «Si je suis si maniaque au travail, c'est parce que je tripe fort; de nature, je suis un grand paresseux. Là, je veux toujours faire mieux. Je ne veux pas offrir au public mes premiers jets.»

Il est aussi comme ça dans la vie. Au gym, il s'est entraîné au point de participer à un demi-Ironman (un triathlon comprenant 1,9 km de natation, 90 km de vélo et 21,1 km de course à pied)... qu'il a terminé en se classant au top 10 de sa catégorie!

Cette performance lui a valu d'être invité aux championnats mondiaux. D'ailleurs, il n'a pas une once de gras sur le corps, mais devant son assiette de poisson, il m'avoue se sentir «comme un gros mou». Même avec un beau-frère chef - sa sœur Marie-Hélène est la maman du deuxième enfant de Danny St Pierre -, il comptabilise avec un esprit maniaque toute forme de matière grasse qui pourrait se glisser dans son assiette. Il bouffe santé - sauf pour le fromage orange de type Kraft qui confirme que chaque homme a droit à ses contradictions - et grignote à longueur de journée. «Quand tu t'entraînes, tu vis à un rythme différent, tu deviens égoïste, tu ne penses qu'à toi-même, à ton corps, à tes performances. J'ai eu peur d'être cet homme égocentrique. Mais la vie est bien faite, car mon petit garçon m'a prouvé que j'étais capable de m'oublier pour lui. Ça me rassure.» Puis il me tend son cellulaire. «Regarde! Il a des beaux yeux, han?»

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Politique, humour et charme
Durant sa jeunesse à La Baie, où il est né et a grandi, le Saguenéen de 35 ans ne rêvait ni de gloire ni de télé. Mais il en consommait beaucoup. Surtout des talk-shows américains, un genre qu'il affectionne particulièrement.

Élevé auprès d'une sœur cadette par un père directeur des communications de l'Université du Québec à Chicoutimi (où il a fait un certificat en administration des affaires) et par une mère enseignante aux adultes, Jean-Philippe a pris le chemin de Montréal pour étudier les arts à Concordia, puis les sciences politiques à l'UQAM. «Aussi bien dire que je ne savais pas quoi faire de ma peau!» rigole-t-il. Ce que confirme son ami d'enfance, Olivier Niquet. «Étudiant, Jean-Philippe se laissait porter par le vent. On a commencé à faire le Spornographe avec un micro cheap, dans un sous-sol, et à se mettre en ondes sur le web. Il n'était pas passionné, pas trop intéressé... C'est quand on a commencé pour vrai que Jean-Philippe est devenu aussi perfectionniste.»

«À l'époque, je louais un chalet et, le vendredi soir, en montant, j'adorais l'écouter, raconte son complice Patrick Lagacé. Jean-Philippe était baveux, juste comme je les aime! Plus tard, dans mon salon, quand on a planché sur le concept de Deux hommes en or, j'ai dit à Pierre-Louis Laberge, mon coproducteur: "Jean- Philippe est le seul que je verrais animer avec moi."» C'est gros, quand on pense au nombre d'animateurs talentueux. «Mais je le pense encore. Ce gars-là écoute tous les talk-shows. Il est politisé, suit l'actualité, est capable d'être irrévérencieux, voire baveux, tout en restant attachant. En prime, il peut animer un show de danse, même s'il ne sait pas danser! Il maîtrise les aspects information et entertainment. Ce genre de combinaison est rare. Il a métabolisé le rôle d'animateur en développant sa propre culture. Il n'a pas fini de nous surprendre.»

Capable de faire le pont entre le monde intellectuel et celui de la paillette, il possède en fait deux armes des plus redoutables: il est drôle, et c'est un charmeur de la pire espèce. «Il pourrait séduire une plante verte!» lance Pierre-Louis Laberge.

À la manière de Wauthier
Il a aussi dit en public qu'il aimerait bien avoir le siège de Guy A. «Mais je serais beaucoup plus drôle que lui», a-t-il affirmé plus d'une fois. L'animatrice Marie- France Bazzo a déjà dit qu'elle deviendrait plus populaire que Paul Arcand, et on l'avait (à mots couverts) traitée d'arrogante. Quand Wauthier dit qu'il serait plus drôle que l'actuel roi de Radio-Canada, ça passe. «Tout est dans la manière, répond Jean-Philippe. Mon père ne m'a pas montré grand-chose dans la vie, mais il m'a appris ça. Il écoutait Brassens, Brel et Ferré. Brel chantait: "il y a la manière", et j'ai intégré ce que ça signifiait. Pour le reste, l'amour, l'attache- ment, la famille, les valeurs nobles, je dois ça à ma mère. Et à mes grands- parents, qui lui ont prêté main-forte pour nous élever, ma sœur et moi.» Il parle aussi de l'autre set de grands-parents, et de l'oncle Louis, son parrain. Lorsqu'il voit que je suis mêlée entre Gaston, le grand-père électricien qui savait tout de l'Égypte et l'oncle Louis, il saisit mon crayon et se dessine comme un x flottant au milieu de cette smala. Un x qu'il prend soin de retracer trois fois.

Avant la venue de Delphine dans sa vie, ce charme dont tout le monde parle a fait des ravages auprès de la gent féminine. «Disons que j'ai été amoureux souvent», concède-t-il. Il a d'ailleurs été en couple pendant quelques mois avec la comédienne Anne Dorval, dans le passé. «Je suis devenu un homme vers 32 ans, note-t-il sagement. Ça prend du temps, devenir un homme, et ça prend des observateurs. Le premier, celui que jamais je n'aurais voulu décevoir, même s'il a mon âge, c'est Olivier (Niquet). J'ai toujours tenu à ce qu'il soit fier de moi. Pour les petites choses, comme apprendre à me raser, à lancer une balle, j'ai eu mes grands-pères. Mais pour les choses comme le sens des responsabilités, j'ai mis du temps. J'ai appris aussi de Pat Lagacé. Pat ne doute pas et il a un front de bœuf. C'est tout le contraire de moi.» Je lui fais remarquer que tout le monde doute, y compris Lagacé. Il corrige. «Pat doute, mais il prend des décisions. C'est ça que j'apprends à faire. Je suis hyper focussed sur mon couple, notre bébé, mon travail. Je suis capable de me faire confiance. J'aime Delphine et je veux bâtir un empire pour Clarence.» Ça prend du temps avant de devenir un homme, comme dit Jean-Philippe. Surtout celui qu'il a trois fois redessiné sur la nappe de papier.

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En rafale

  • Le trait principal de mon caractère: charmant
  • La vertu que je préfère chez un autre homme: la générosité
  • La vertu que je préfère chez une femme: l'honnêteté
  • Mon principal défaut: la paresse 
  • Ma principale qualité: ma capacité à m'approcher des gens 
  • Mon rêve de bonheur: ma vie actuelle, mais en plus ensoleillée. 
  • Le don que je n'ai pas: danser

  • Le moment préféré de ma journée: vers 6 h 30, quand mon petit garçon se réveille. Je le change, je le mets dans son porte-bébé, et on part à pied prendre un biberon pour lui et un café pour moi.
  • Ce que j'aime le plus chez mes amis: leur intelligence, leur générosité, leur humanité.
  • Un mauvais coup que j'aimerais faire si je pouvais me sauver des conséquences: voler tout l'argent d'une banque - on s'en torche, des banques - et faire construire un royaume pour y accueillir tous les gens que j'aime.
  • Si Dieu existe, qu'est-ce que j'aimerais l'entendre me dire après ma mort? Bienvenue au paradis!

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