Loisirs et culture

Rencontre avec Édith Cochrane

Rencontre avec Édith Cochrane

Monic Richard Photographe : Monic Richard Auteur : Coup de Pouce

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Rencontre avec Édith Cochrane

À La Sarre, où elle a passé une partie de son enfance, Édith Cochrane ne rêvait pas de faire de la télé. Elle ne prenait pas de micros pour imiter ses idoles ni ne donnait de spectacles dans son sous-sol. Quand est venu le temps de choisir une carrière, Édith a fait un DEC suivi d'un bac en éducation et en histoire. Rien de surprenant pour cette fille dont le père menait une carrière de psychoéducateur et la mère oeuvrait en éducation spécialisée. Tous deux avaient des métiers honorables, et les arts occupaient une place de choix dans les loisirs de ces grands amateurs de cinéma. Il en serait ainsi pour Édith, l'aînée des deux filles de la famille.

La piqûre de l'impro

Jamais il ne serait venu à l'esprit d'Édith d'Abitibi de se faire star. L'impro, c'était un loisir, une affaire de gang. Elle aurait pu être dans une ligue de bowling ou de curling. Sauf que la joueuse avait un imaginaire débridé. Un gène comique, à une époque où l'humour commençait à être valorisé. Tous ces personnages en elle, toutes ces répliques qui lui viennent constamment à l'esprit, il fallait bien les exulter!

Donc, Mme Cochrane, suppléante, faisait de l'impro dans ses temps libres. En Abitibi, d'abord, puis à Repentigny, quand la famille Cochrane s'est rapprochée de Montréal, puis à l'UQAM, où elle a étudié, puis à la Ligue d'impro de Montréal. Enfin, il y a eu ce coup de fil qui allait tout changer. La LNI fêtait ses 25 ans. C'était l'âge d'Édith. La comédienne et animatrice Mélanie Maynard venait de se désister. À deux semaines des festivités, les Orange étaient à la recherche d'une fille «drôle, avec du guts et de la répartie» pour remplacer Mélanie.

«Je n'ai pas sauté sur l'occasion, se rappelle Édith Cochrane. J'ai eu peur. J'étais capable d'improviser, mais il y avait des éléments de stress intense: Yvan Ponton, les punitions, les grosses vedettes, la foule en délire. Tout ça, c'était beaucoup. Heureusement, une fois sur la glace, je n'y pensais plus. L'impro prenait toute la place.» Puis, il y a eu cette fameuse improvisation de plus d'un quart d'heure, où son équipe a cru qu'elle allait s'écraser mais où la recrue a brillé. À la fin, elle se voyait remettre une étoile par nul autre qu'André Robitaille, l'actuel animateur des Enfants de la télé. L'année suivante, cette fée des étoiles finissait meilleur compteur!

Elle avait du succès, s'amusait et, entre deux soirées d'impro, elle continuait à faire de la suppléance auprès d'élèves en difficulté dans une commission scolaire montréalaise. Puis est venue cette audition, la fameuse. «C'était pour Le Sketch Show. Celle-là, admet-elle, je l'ai voulue. Quand je me suis retrouvée sur le plateau, tout était organique. Après mes premières journées de tournage, j'avais envie de pleurer de joie. Je venais de comprendre qu'une journée de travail, ça pouvait être doux. J'ai la nature pour faire ce métier. Je suis chanceuse. J'ai tiré le bon numéro!» C'est avec ce contrat qu'elle s'est décidée à avertir la Commission scolaire: «Bon, retirez-moi de la liste de suppléance pour cette année. Je vais essayer...» De cet «essai» se sont enchaînés les rôles de Sandra dans Les Invincibles, Claire dans Tranches de vie, la mère d'Aurélie Laflamme dans Le Journal d'Aurélie Laflamme, la psy dans Unité 9, Sylvie dans Les Parent, Judith dans Série noire et tout récemment Karine, dans Complexe G. C'est aussi sur ce plateau qu'elle allait rencontrer Emmanuel Bilodeau, déjà papa de Philomène, avec qui elle allait avoir deux fils, Siméon, 6 ans et demi, et Paul-Émile, 4 ans.

À lire: On rencontre Emmanuel Bilodeau

En toute humilité

Cette fille qui a des airs de «Jack in the Box», souvent échevelée, vélo oblige, toujours le doigt sur la gâchette, prête à faire rire, élève avec la plus grande rigueur deux petits garçons, navigue au sein d'une famille reconstituée, pédale pour saisir les meilleures occasions comme c'est souvent le cas dans la trentaine, et fait évoluer un couple qui compte une franche différence d'âge. «Ouin... C'est vrai que dit comme ça, ça fait pas mal d'enjeux en même temps, reconnaît-elle. Et le dernier point l'interpelle. «Notre différence d'âge est un plus dans notre couple. On n'est pas à la même place dans nos vies. Moi, je suis au carrefour et j'ai beaucoup d'opportunités à saisir. Emmanuel m'encourage, me pousse, m'aide. Il vient d'avoir 50 ans. Dans sa vie de famille, Emmanuel, c'est un roc. Je travaille beaucoup plus que lui, même s'il vient de se lancer avec son show d'humoriste. Alors, il va chercher les enfants à l'école et il m'encourage: "Enwoèye, Vas-y! Go!" Si on pédalait tous les deux dans la trentaine, ce serait sans doute différent. À 50 ans, il a développé une sagesse et un détachement dont je bénéficie dans ma vie quotidienne.»

Les exemples sont à l'appui, comme quand on l'a appelée pour remplacer l'animatrice Véronique Cloutier. Les journaux l'ont rapporté, elle a d'abord dit non. Non à cette audition aux portes de laquelle nombre d'animatrices et de comédiennes se bousculaient pour proposer leurs services. «Je trouvais ça beaucoup trop gros pour moi, remplacer Véro! C'est mon chum qui m'a brassée et m'a convaincue d'y aller. Stratégique, il ne m'a pas mis de pression. "Va au moins vérifier si tu aimes animer! Tu as la chance de t'essayer avec une véritable équipe." L'équipe de production n'en revenait pas! Ils m'ont dit: "Tu es la seule à être invitée, et tu refuses!?" Ce n'était pas de la prétention. C'était de la peur, et un petit manque de confiance, peut-être.»

Sur le sujet de la confiance, elle se reprend, préférant changer le mot pour humilité. «Je suis très contente d'avoir étudié en enseignement, lâche-t-elle avec aplomb. Dans mon métier de comédienne, il est facile de se prendre pour le centre du monde. Depuis que j'ai ce boulot, on prend ma photo, je passe deux entrevues par jour, on s'intéresse à ce que je pense sur toutes sortes de sujets. Entre tout ça, je vais en studio et on me maquille, on me coiffe, on m'habille, on me nourrit, on me demande si j'ai soif... Ce n'est pas le traitement que reçoivent la majorité des gens! C'est trop facile de penser qu'on est au-dessus de tout. La réalité, ce n'est pas ça du tout! Moi, je suis une fille très terre à terre et ben ordinaire.»

Quand Antoine Bertrand lui a glissé à l'oreille qu'il la voyait plutôt pour le remplacer, lui, le vertige s'est d'ailleurs calmé. «Pas que remplacer Antoine soit chose facile, insiste Édith, mais je me projetais mieux dans ce rôle-là.» Restait à régler la peur de se voir cantonnée dans un rôle de coanimatrice, ou de folle du roi. Est-ce que le nom d'Édith Cochrane allait devenir plus fort qu'elle, l'empêchant ensuite de camper toutes sortes de personnages? «Cette chaise a plutôt ouvert des portes à Antoine Bertrand. Non pas que ses talents de comédien se soient révélés par sa brillante coanimation, mais c'est une vitrine et, quand tu es visible, les gens du milieu pensent à toi plus facilement pour te proposer des projets.» Elle a alors questionné son baromètre: est-ce que je vais avoir du fun avec cette équipe-là? La réponse était positive. Elle a fini par écouter son conseiller de toujours: son instinct. «À date, il ne m'a jamais trompée.»

Les plaisirs d'Édith

1. Dessiner et peindre. Sur les conseils de mon amie la comédienne Isabelle Brouillette, on a acheté du vrai matériel d'artistes pour les enfants. Elle maintient que s'ils peignent ou dessinent avec des outils de qualité, ils risquent de ressentir un plus grand plaisir. Du coup, je dessine et je peins avec eux. On fait ça au chalet, surtout. Après une heure, ils quittent la table mais moi, je peux poursuivre pendant plusieurs heures. J'ai découvert ainsi que j'adore dessiner et peindre à l'aquarelle. Cet été, je me suis installée sur la plage pour dessiner. Mes amis sont venus mettre leur nez là-dedans. J'ai eu beaucoup de compliments. Mais pour l'instant, c'est dans mes cahiers... fermés!

2. Mon agenda. Dans mon agenda, qui est assez chargé, il y a des carrés où c'est écrit: rien, yoga ou tisane. Et je respecte mon agenda.

3. Mon vélo. Il me déplace sans trop de problèmes et il me fait du bien.

4. Lire. Cet été, j'ai lu le livre de Biz, Mort-Terrain. C'est brillant, il écrit bien, et son roman est riche et passionnant, mais dur, aussi. J'ai adoré. Aussi: la bande dessinée de Fanny Britt. Jane, le renard et moi. C'est une BD pour ados qui porte sur l'intimidation.

Échange de coups

  • Coup répété. La mise en scène du One Manu Show de mon chum. On a tendance à l'oublier, mais j'ai mis en scène le spectacle Les Duplicatas, en 2005, avec Michaël Rancourt et Claire Bienvenue, et j'ai gagné un Olivier pour la meilleure mise en scène.
  • Coup de théâtre. La première fois que Manu m'a demandé de faire sa mise en scène, notre petit dernier avait un an et demi. J'en avais trop sur les bras. J'ai dit non. Puis un soir, en soupant, notre petit dernier avait 3 ans, j'ai commencé à lui dire comment je découperais son show. Il m'a alors dit qu'il me faisait la grande demande. Je l'ai averti: «Si je le fais, je vais être là full pin. Je ne serai pas la blonde on the side. Je vais arriver avec des propositions. On va répéter. On va faire des réunions...» J'ai tout dit pour le décourager. Puis je me suis entourée de gens solides pour l'aider.
  • Coup d'oxygène. Ça fait 15 ans que je fais de l'impro avec Frédéric Barbusci, Antoine Vézina, Anaïs Favron et Guillaume Lemay. La troupe des cinq, ainsi nommée le CINPLASS, une troupe que j'aime profondément.
  • Coup d'équilibre. L'été dernier, on a passé trois semaines aux Îles-de-la-Madeleine. Les week-ends, on va au chalet. On garde le cap pour ne pas se laisser envahir par la carrière. On dit non à beaucoup de choses pour être en famille.
  • Coup de baguette magique. Je changerais le gouvernement du Canada et, principalement, ses politiques environnementales et sociales. Harper me gêne grandement.
  • Coup de foudre. Pour l'auteure Fanny Britt. Je suis abonnée à la revue Nouveau Projet, qui a publié un extrait de son livre, Les Tranchées. C'est un essai au sujet de la maternité et du féminisme. Elle y va de souvenirs, d'analyses, de conversations avec des mères - dont la sienne - et des non-mères. C'est tellement juste!
  • Coup de fourchette. À la maison, on a un Vitamix, un mélangeur ultra-performant pour faire des jus de fruits et légumes. Mon chum y ajoute des protéines, de la spiruline, etc. Il est dans un gros trip de saine alimentation. Il lit, il fouille sur Internet, et on en boit, des jus verts, à la maison!
  • Coup de gueule. Les réseaux sociaux. Je trouve que c'est le mal du siècle. Je suis sur Twitter et sur Facebook, mais j'ai environ 8 tweets! Ce sont de véritables rectangles fermés, et quand tu y as les pieds, tu rates ce qui se passe en direct, sous tes yeux, devant toi, live.
  • Coups de main. Des levées de fonds, j'en ai fait notamment pour la maison Vivre, à Longueuil, pour aider les personnes aux prises avec la dépression, et pour la maison Oxygène, à Hochelaga-Maisonneuve, pour aider les pères qui ont besoin d'un répit. C'est une belle façon de rendre ce que la vie me donne aussi généreusement.
  • Coup sur coup. Je retiens de ma mère, une fille de party, de gang. Elle n'est pas compliquée. La visite arrive à l'improviste? Servez-vous dans le frigo! Partir même si on n'est pas prêt? Why not! Faire de la route pour se voir? Certainement! Se coucher trop tard? Régulièrement. Mais être ensemble. Son leitmotiv, c'est: «C'est pas grave!» Et mon père, lui, est vraiment drôle, en plus d'être un grand-père parfait pour mes fils. J'ai hérité de son humour, je crois.
  • Coup de volant. Je n'ai jamais eu de voiture. Quand j'ai connu Emmanuel, je l'ai converti au vélo. Mais avec les enfants, je n'ai pas eu le choix. Je conduis donc présentement une espèce de grosse Dodge Caravan grise et laide. Très pratique, toujours pleine de stock, et elle permet d'aller au chalet en famille!

À lire: Rencontre avec Anne-Élisabeth Bossé

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