Loisirs et culture

On rencontre Vincent Vallières

On rencontre Vincent Vallières

Auteur : Coup de Pouce

Loisirs et culture

On rencontre Vincent Vallières

En première année, Vincent Vallières était un petit roux timide et ricaneur. Pour lui, la matière académique n'allait pas de soi. Sa mère passait au bas mot une heure par soir à tenter de lui faire comprendre tout ce qu'il avait mal assimilé au cours de la journée. Il préférait rêver.

Trois décennies plus tard, le rêve porte ses fruits. Le beau rouquin oscille entre l'auburn et le blond vénitien, rattache le folk-rock à des scènes du quotidien et en fait des chansons empreintes d'un sens de la poésie auquel chacun peut s'identifier. «Au fond, mes parents m'ont toujours dit que j'étais bon, que j'étais beau et que j'étais capable. Ma blonde et moi, on est d'avis qu'on ne dit jamais trop de ces choses-là à nos enfants. Sans cette base-là, est-ce que j'aurais suivi ma voie?»

Dans la cour des grands

Vincent Vallières vient d'un milieu où clairement, il a été encouragé et aimé. «Quand j'ai dit que je souhaitais avoir une guitare, à 14 ans, ma mère ne m'a pas répondu que ça coûtait trop cher ni que ça ferait trop de bruit. Elle ne m'a pas dit, non plus, qu'on avait déjà un piano et que c'est par ça que je devrais commencer! Elle a plutôt insisté pour que je suive des cours. Si je voulais une guitare, il me faudrait apprendre à en jouer.»

Évidemment, cette fameuse guitare allait faire des petits! Vincent allait avoir sa gang, faire du tapage bien avant des mélodies, partir pour le week-end dans une vieille van rafistolée, donner des spectacles quasi gratuits et se coucher à des heures impossibles! «Je suis persuadé que mes parents ne trippaient pas de me voir filer avec mon band. Ils ont dû s'inquiéter, mais ils ont gardé ça pour eux. Ils m'ont toujours encouragé. À un point tel que, je vais l'avouer, j'aurais aimé qu'ils s'énervent un peu plus. Au moins, j'aurais pu me trouver rock'n roll!»

Sa belle guitare toute neuve avait quatre ans quand Vincent a voulu jouer dans la cour des grands. C'était un samedi matin. Il était avec son ami de la maternelle, Martin Pruneau. Deux invincibles de 18 ans à peine. «Je l'appelle ou tu l'appelles?» C'est finalement Martin qui a saisi l'appareil. Au bout du fil, Bernard Caza, à l'époque gérant de Kevin Parent et propriétaire (depuis maintenant 32 ans) du Vieux Clocher de Magog. Trente Arpents, le band de Vincent, avait neuf chansons à lui proposer. Bernard Caza a trouvé que les jeunes étaient de bonne heure sur le piton pour un samedi matin. Néanmoins, son association avec Vincent Vallières aura duré 10 ans. «Cet homme a su me guider sans jamais m'étouffer. J'ai eu de la chance.»

À 35 ans, Vincent sourit en songeant qu'il a lancé ses deux premiers albums alors qu'il était encore étudiant. «Dans le temps, les journalistes me demandaient si je restais à l'université "au cas où". La vérité, c'est que, malgré mon bac en enseignement, je ne me suis jamais imaginé passer ma vie devant une classe.» L'auteur-compositeur- interprète aimait le français et l'histoire, et trippait sur sa vie d'étudiant. Apprendre, explorer, découvrir... et sans trop de conséquences, à l'occasion, sécher ses cours pour partir en tournée. La totale!

Sauf que le deuxième album n'a pas tellement bien marché. Le petit Sherbrookois a eu envie de se décourager. C'est alors que sa blonde, qui était de trois ans son aînée, lui a dit: «Vincent, il faut que tu te décides. Si tu veux faire ce métier, on déménage à Montréal, et tu t'installes au coeur des choses.» L'histoire ne dit pas si sa Julie avait l'index en l'air, mais apparemment, elle aurait ajouté: «Pis tu écris.»

À Montréal, Vincent a aimé sa vie d'urbain. «Tu n'as pas de terrain dans ta cour arrière, mais tu as un immense parc au coin de la rue. Tu as accès à des piscines l'été, à des patinoires l'hiver, et les aprèsmidi où il fait moche dehors, tu peux les passer au Biodôme ou au cinéma.» La ville l'a suffisamment inspiré pour y faire deux enfants, et deux autres albums. Le cinquième, Le monde tourne fort, et son méga-succès On va s'aimer encore ont été conçus lors de son retour aux sources, à Magog. Ainsi que Marie, la petite dernière de la famille.

Trois enfants, six albums dont un disque platine plus tard, Vincent Vallières reconnaît la chance extraordinaire qu'il a eue d'avoir une amoureuse aussi clairvoyante. «Avec le temps, j'ai découvert que les grands - Rivard, Séguin, Flynn et, d'une autre génération, Louis-Jean Cormier ou Martin Léon - sont tous des travailleurs acharnés. Ils se concentrent à leur table de travail et se rendent disponibles à leur succès. L'inspiration ne peut être l'unique moteur. Le succès, c'est vraiment fait de sueur, de travail, d'échecs et de recommencements.»

Le bonheur au quotidien

Quand Vincent parle de succès, il ne fait pas allusion qu'à sa carrière. Le couple aussi doit savoir se battre. «Ma blonde et moi, avec trois enfants, on n'est pas mieux que les autres! Il faut faire des efforts, et être en lutte contre la routine. On reste ouverts, on guette les possibilités, et il nous arrive de prendre un mardi pour un samedi. On ouvre une bonne bouteille, et on profite du temps présent. On sera un peu plus fatigués, demain. Est-ce que ça importe vraiment?»

La question de l'importance des choses fait largement partie de ses préoccupations du moment. Délimiter l'essentiel de la pacotille. Tasser les apparences. Saisir la vérité. Ne pas s'en faire avec ce qu'on aura déjà oublié demain. Mettre à l'ordre du jour ce qui compte vraiment, même si c'est - ou si ce n'est pas - au top de la liste des couvertures de magazines. «La mode est au zen, mais chez nous, on vit dans un certain chaos. Il y a de tout, partout! Ça joue, ça s'obstine, ça se chicane en gang pis ça se réconcilie doucement...»

Les principaux acteurs de ce bordel ambiant sont Lili-Rose, 8 ans, Théo, 6 ans, et Marie, 5 ans. «Nos décisions importantes sont teintées de notre priorité: la famille. Pour l'instant, on a choisi d'être là quand les enfants arrivent de l'école. Mais dans les faits, c'est ma blonde qui assume et qui empiète sur sa vie professionnelle. Je le reconnais, j'ai une chance inouïe de pouvoir être père et auteur-compositeur-interprète, sans avoir à choisir.»

Si on s'imagine que Vincent se retire en exigeant silence et solitude pour créer, qu'on se détrompe. «C'est souvent au coeur d'un décor apocalyptique que ça se produit. Les parents de deux ou trois kids savent très bien de quoi je parle. Cinq piles de lavage, une qui danse avec la musique au fond, un qui score des buts dans le salon et une qui vient de se cogner, la vaisselle à faire, ma blonde qui me répète qu'on va être en retard - et on est en retard... ça n'empêche pas les idées de circuler. Bien sûr, parfois, je rêve de mon ancienne tranquillité, mais ça ne dure pas plus d'une minute parce qu'au fond je sais très bien que, sans ma blonde et nos trois enfants, tout ça - mes albums, mes tournées, mon métier - n'aurait aucun sens. C'est quétaine, mais ils sont mon bonheur.»

Quand Vincent dit «quétaine», il veut dire: commun, pas trop original, amour gna-gna, bonheur tranquille. Celui qui puise souvent son inspiration dans l'ordinaire des choses a eu des idoles qui ont fait l'éloge de la liberté avec un grand L. Des artistes comme Jack Kerouac ou Bob Dylan. Vincent Vallières a peut-être nourri ses rêves d'images de troubadours évoquées par des icônes américaines qui n'en faisaient qu'à leur tête, il est pourtant en couple depuis près de 13 ans avec la même femme! Il est aussi devenu père trois fois avant d'avoir 30 ans. Il travaille encore avec Michel-Olivier Gasse, un bassiste qu'il a rencontré au secondaire, et Simon Blouin, un batteur qu'il a connu au cégep. Si ce ne sont pas là des signes d'attachements solides et profonds, qu'est-ce que c'est? «On pense à tort que dans la liberté, il n'y a pas d'engagement. À mon avis, c'est une grave erreur. L'engagement est à la base de mon bonheur. C'est en assumant mes choix que je me sens libre.»

Les plaisirs de Vincent

1. La course à pied. Pour mieux écrire. Pour recalibrer la machine. Pour pratiquer un sport qui se transporte partout. Pour rester aussi hot que mes parents, qui reviennent de Cuba, qu'ils ont visité à vélo. Pour garder mon instinct allumé. Pour mieux apprécier Pas, le livre de Yves Boisvert. Pour mieux respirer. Pour me prendre pour Forrest Gump.

2. La rencontre. Je suis aux Îles-de-la-Madeleine. Je rencontre ce Madelinois, Robert Bourassa. Il m'amène visiter des grottes dans la mer. En route, il me raconte les problèmes des pêcheurs, les écueils du marché, la vie, le reste de l'année, le quotidien des travailleurs saisonniers, les services manquants pour les jeunes en difficulté. Moi, j'apprends. Entre deux spectacles, je voyage.

3. Le lieu. Vivre entre le lac Memphrémagog et le mont Orford, un luxe dont on profite à plein.

4. La gang. Jouer avec les mêmes gars (ou presque) que quand on gagnait 50 piastres par soir.

5. Le changement. Je suis stable, mais la transition m'allume.

Échange de coups

Coup de blues Devant la maladie des autres, impuissant.

Bon coup Avoir fait mes enfants quand j'étais jeune.

Coup sûr Il faut combattre l'amertume. Sinon, ça finit par prendre toute la place et ça teinte notre personnalité.

Coup rare La droiture. À notre époque, on s'inquiète plus des apparences que des faits.

Coup de pied Je suis parent de trois enfants et donc, le soccer fait partie de nos vies. Je suis un parent de soccer, j'ai des amis parents de soccer, on a une vie de soccer.

Coup d'éclat C'est pas mon genre.

Coup de 12 Avoir fait Douze hommes rapaillés a changé beaucoup de choses pour moi. D'abord, j'ai travaillé avec des artistes que j'admirais depuis longtemps. J'y ai développé des amitiés. Je pense à Richard Séguin. On s'appelle. Il m'apporte beaucoup et je pense que j'ai fini par lui apporter quelque chose aussi.

Coup répété Mes parents, qui sont ensemble depuis plus de 35 ans, ont été capables de me diriger sans que je le sente. D'écouter qui j'étais, et de nourrir les désirs de cet enfant-là! J'espère pouvoir suivre leur exemple. Si mes enfants veulent faire quelque chose, j'espère que je vais les entendre et les aider à trouver leur route pour y arriver.

Coup de nostalgie Le Vieux Clocher. Bien avant d'en fouler la scène, j'y ai vu mes premiers shows, Richard Desjardins et plus tard, Daniel Bélanger.

Coup de ciseaux Je crois en l'importance de se mettre une limite, en création. Il y a un moment où il faut arrêter de peaufiner, lâcher prise, donner vie, faire confiance. Sinon, on risque de passer tout droit. Dans la matière brute, il y a beaucoup de poésie.

Coup fourré J'ai un maudit téléphone intelligent! Je ne suis vraiment pas fier de le dire, mais il me quitte rarement. Quand les enfants doivent dire «Papa!» trois fois avant que tu lèves les yeux, c'est pas fort... Quand je m'en rends compte, je ferme tout. Allez ouste! On s'en va jouer dehors, puis on prépare le souper ensemble. Ces p'tites choses-là, faut pas rien que les chanter...

Coup de coeur Pour le Fonds Brigitte-Perreault. Cette médecin gastroentérologue du CHUS est décédée d'un cancer à 30 ans. Sa fondation met de l'avant ce en quoi elle croyait le plus: le confort et la sérénité des patients, notamment par l'humanisation des soins. fondationchus.org/fonds-distincts/fonds-brigitte-perreault/

Coup de grâce En général, je n'aime pas les surprises. Mais récemment, j'ai été fêté et étonnamment, j'ai apprécié. C'est drôle, mais parmi la foule, j'ai tout de suite aperçu ma grand-mère et c'est venu me chercher. C'est comme si tout ce qu'elle m'avait donné, en amour, je pouvais le lui rendre, en fierté.

 

 

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