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Massacres à la tronçonneuse

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Massacres à la tronçonneuse

[caption id="attachment_9411" align="alignleft" width="300" caption="Kurt Cobain, de Nirvana"] [/caption] Les victimes: d'honnêtes chefs-d'œuvre musicaux. L'arme du crime: des cordes, celles, vocales, de chanteurs et chanteuses généralement bien intentionnés qui les ont repris à leur sauce, soit pour bonifier leur répertoire, soit par admiration tout simplement, avec les meilleures intentions du monde. Dans tous les cas, malheureusement, le même macabre résultat: homicide involontaire. Je parle évidemment de toutes ces reprises ratées que nous offrent de temps à autre des vedettes bien établies. Je me souviens, il y a bien longtemps, d'avoir entendu à CHOM-FM une version particulièrement pitoyable de Wild Horses, des Rolling Stones, par une chanteuse qui miaulait presque autant que la guitare slide de Mick Taylor sur cette superbe pièce. Lorsqu'il était revenu en ondes, l'animateur avait dit, littéralement: «Je m'excuse à tous les auditeurs d'avoir fait jouer ce massacre vocal. Je ne l'avais pas écouté avant.» Je croyais être le seul assez picosseux pour tenir rancune aux grands de ce monde de leurs sorties manquées, mais je constate que de nombreux sites y sont consacrés (tapez «reprises ratées» ou «worst song covers» dans Google). En voici un échantillon: Miley Cyrus, interprétant Smells Like Teen Spirit, de Nirvana [ ici]. En attendant, voici mon top 5 «pires reprises» personnel. (Vous me direz: De gustibus..., et je vous répondrai: Ben oui.) • Downtown Train, de Tom Waits [ ici], par Rod Stewart [ ici]. Ou comment noyer une chanson dans le sirop. • Songs From the Labyrinth, de Sting. J'aime bien Sting, au moins autant que je l'haïs pour avoir fait éclater The Police (j'en ai déjà parlé — bon sang que je suis rancunier!), mais j'adore John Dowland, le plus grand compositeur pour le luth (célébré par Shakespeare lui-même), et je pardonne difficilement au chanteur d'avoir délayé son œuvre, même si ses intentions étaient sûrement bonnes... • All Along the Watchtower, de Bob Dylan [ ici], repris par Jimi Hendrix [ ici], puis par U2 [ ici]. Bon, passe encore pour Hendrix: même si ce n'est pas sa meilleure performance, il a au moins le mérite d'avoir fait connaître cette très belle et poétique chanson à un vaste auditoire. (C'est du Dylan, les amis! Prenez deux minutes et écoutez l'original, sur John Wesley Harding. Et tant que vous y êtes, procurez-vous Blonde on Blonde, un véritable chef-d'œuvre.) Par contre, Bono aurait honnêtement pu garder ses excès vocaux pour ses propres tounes. • Suzanne, de Leonard Cohen, par Alain Bashung. Oui, je sais que cette reprise se trouve sur Bleu pétrole, son dernier album. Et oui, je me sens un peu cheap de le mettre sur ma liste, parce qu'on le pleure encore et que j'adore Bashung et sa poétique déjantée... Bon, disons que je n'ai pas écrit ce paragraphe. • Tears, de Django Reinhardt [ ici], par Chet Atkins et Mark Knopfler [ ici]. Deux grands guitaristes interprètent un classique d'un TRÈS grand guitariste. Normalement, ça devrait donner un joyeux feu de joie. Eh bien, non: platos, platos, platos. J'ai appelé au studio, et le technicien croit se rappeler que l'ingénieur du son avait échappé des Valiums dans leur café. Tout s'explique. Cela dit, je m'en voudrais de vous laisser sur toutes ces mauvaises notes. Alors, je terminerai en vous proposant mon top 3 des reprises à mon avis les plus réussies. • Aufray chante Dylan. C'est grâce à Hugues Aufray que j'ai connu Bob Dylan. Bien sûr, c'est de la traduction, mais ça ne sonne pas du tout quétaine, et l'esprit et la musique y sont. L'interprète de Céline et Hasta luego a vraiment fait du bon travail [ ici]. L'avis de Dylan sur ce disque: «Parfois, j'ai l'impression que mes chansons ont été écrites en français et que c'est moi qui les ai traduites.» • Dark Was the Night, de Blind Willie Johnson [ ici], repris par Ry Cooder sur la trame sonore du film Paris, Texas [ ici]. Impossible pour moi de dire laquelle des deux interprétations je préfère: celle, sombre, hallucinante, de Johnson, ou celle, lumineuse, chantante, de Cooder. Mais les deux sont géniales. • The Man Who Sold the World, de David Bowie, repris par Kurt Cobain. Un des fleurons de Nirvana: Unplugged in New York. Je vous laisse là-dessus [ ici].
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