Loisirs et culture

Catherine Trudeau, agent de police

Thinkstock Photographe : Thinkstock Auteur : Coup de Pouce

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Catherine Trudeau, agent de police

Déjà quelques mois que je m'épanche en ces pages à coups de révélations intimes sans grands bouleversements mais quand même, je sens que nous nous connaissons suffisamment pour que je frappe plus fort aujourd'hui. Merci de ne pas me juger trop durement.

Je vous l'avoue, j'ai raté ma carrière. Mais alors là, complètement. Agent de police, c'est ce que j'aurais dû faire. Je ne saisis d'ailleurs pas pourquoi je ne figure pas au générique de 19-2... et pas juste pour partager une patrouille avec Claude Legault (quoique...) mais bien parce que police, c'est ce dans quoi, bien humblement, j'excelle, dans mon quotidien. Police je suis et serai toujours.

Police du brossage de dents. Police de dire merci, s'il vous plaît et au revoir. Police des texteux au volant. Police des pas-capables- de-conduire-comme-du-monde qui m'attirent les hauts cris dans l'habitacle protégé de ma voiture.

Police des coulisses quand mes camarades s'en donnent à coeur joie et rivalisent hors scène avec le show qui se déroule sur les planches.

Je me ferais violence d'être autrement. J'ai déjà couru après une ado qui avait jeté son emballage de popsicle par terre au lieu de s'étirer le bras pour le jeter dans la poubelle débordante. Je lui ai poliment remis ledit emballage, lui suggérant avec insistance qu'elle l'avait sans doute échappé, m'attirant un «haaaan?» pour seule réponse. Police de la politesse.

Je suis celle qui jette des regards de feu haineux aux «jeteux par terre»: cendrier de char (oui, oui, ça existe encore) et emballages de toutes sortes. Je suis sur le bord de me faire imprimer des contraventions non pas de style, mais de mauvaise conduite civile et de les distribuer allègrement à tous vents.

 

Police des places de stationnement réservées aux jeunes familles et aux mamans bedonnantes. Le nombre de factures chiffonnées, griffonnées à l'endos d'une calligraphie polie mais sentie, laissées sous les essuie-glace, je ne les compte plus.

Police des petits pas-fins au parc qui lancent du sable aux camarades. Police des petites pas-fines au parc qui poussaillent dans les jeux.

Police des desserts de semaine. Une rangée de biscuits au dessert devrait être passible de sanction.

Police des pas-polis. Police de ceux qui n'essaient même pas de s'adresser à moi dans la langue de Molière.

Police de ceux qui sautent sur la caisse nouvellement ouverte à l'épicerie alors que tu attends depuis plus longtemps qu'eux.

Police des pas-d'allure qui pensent que la salle de cinéma est leur salon et qui me partagent leur avis sur la mise en plis de l'actrice à l'écran.

Pffffff. Parfois, je m'épuise moi-même d'être aussi perméable aux agirs de tout-croches des autres. J'aimerais tant être autrement, mais je pense qu'être police est une vocation.

Rassurez-vous. Je suis plus souvent qu'autrement une agente en civile, me gardant plus souvent qu'à mon tour une gêne immense. Pour ne pas m'immiscer dans les habitudes des gens, dans leur façon de vivre. Ça ne regarde qu'eux, après tout.

Mais je me demande souvent à quel point un avertissement, un appel à la considération d'autrui, une demande polie pourrait faire boule de neige ou simplement éveiller quelqu'un sur son comportement.

Altruiste? Rêveuse? Utopiste? Non. Police. Tasse-toi, Béroff.

Catherine Trudeau 

 

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