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Coup... double
Curieuse distorsion du temps causée par le métier que j'exerce (qui, avec ses mois d'avance sur la réalité, a de quoi rendre zinzin l'esprit le plus sain), je vous écris ce billet aux saveurs de Noël le jour de l'Action de grâce. L'acte d'écrire impliquant nécessairement une réflexion, me voici à réfléchir au sens de cette fête peu soulignée au Québec. Par ma fenêtre, les feuilles rougies des érables, le temps pluvieux et les citrouilles qui tiennent leur rang confirment la date inscrite au calendrier. Pas de doute possible, nous sommes à la mi-octobre. Pourtant, personne de ma connaissance ne se réunira ce soir pour partager un bon repas, symbole de cette célébration.

Pourquoi avoir délaissé ce rituel porteur de sens? En effet, cette fête du «merci» (Thanksgiving) est l'occasion de reconnaître et d'apprécier ce qui nous a été donné par la nature, de le souligner en partageant un repas avec ceux qui nous sont chers, bref, d'éprouver de la gratitude pour le beau et le bon qui nous entoure. Fête de la moisson, l'Action de grâce revêt un charme suranné en cette ère du prêt-à-consommer, prêt-à-jeter, prêt-à-oublier. Prendre le temps de s'arrêter pour dire merci, ça ne fait pas particulièrement 2008, non?

Pourtant, en y regardant de plus près, il est amusant de constater qu'on a attribué à la fête de Noël plusieurs qualités jadis associées à l'Action de grâce. Après l'avoir délesté de son bagage religieux, il a bien fallu redonner du sens à Noël. Dans bien des chaumières du Québec, ce n'est pas tant la naissance du Christ qu'on célébrera le 24 au soir que le plaisir d'être ensemble. Faites un petit sondage autour de vous, et vous verrez que les mots évoqués ressemblent drôlement à «prendre le temps de s'arrêter», «dire aux gens qu'on les aime», «se réunir pour le plaisir d'être ensemble», «choyer les êtres chers», «faire briller les yeux des enfants», et ainsi de suite. Ce chapelet de raisons explique pourquoi, bon an mal an, on accorde une si grande importance aux festivités de fin d'année. On a mis de côté une fête pour en investir une autre, soit. L'idéal serait de prendre le meilleur de chacune. Cette année, je propose qu'on combine les valeurs autrefois associées à la fameuse Thanksgiving à celles, traditionnelles, de Noël. Retenons de la première fête l'idée du remerciement, qui fait toujours du bien, et prenons la sage résolution de dire merci chaque fois que la pensée nous traversera l'esprit. Saupoudrons le tout d'un brin de magie, de quelques étincelles et de l'odeur de la cannelle. Déposons tout cela au pied du sapin et levons nos verres. Au final, on trouvera sans doute de quoi formuler quelques mercis bien sentis.

Merci pour les soins prodigués à mes petits pendant que je m'échine au boulot; pour ces connaissances transmises avec une énergie contagieuse; pour ce travail achevé avec soin en mon absence; pour l'oreille attentive alors que je traversais une période difficile. Merci pour l'amitié; merci pour l'amour qui traverse les tempêtes; merci pour le soutien. Merci d'être là, tout simplement. Et à vous toutes, merci. D'être si nombreuses, fidèles, allumées chaque mois. Je vous souhaite la force nécessaire pour remercier, avec humilité, chaque fois que vous en aurez envie. Un très joyeux Noël à vous, empreint de gratitude!


Mélanie Thivierge

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Photo:©Manon Boyer
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