Sans verser dans un excès de familiarité (on se connaît si peu, après tout), je peux vous dire que j’accompagne depuis plusieurs mois un proche en chimiothérapie. (Non, ne quittez pas la page, ce n’est pas un billet déprimant, promis!)
En chimiothérapie, les journées sont longues. Et contrairement à l’image que nous renvoient toutes les émissions d’hôpital, les médecins sont rarement séduisants, et le rythme n’est pas enlevant. La plupart du temps, on attend. On attend pour la prise de sang, on attend les résultats de la prise de sang, on attend que la pharmacie prépare la chimio, on attend qu’on nous appelle, on attend la pose de l’intraveineuse et après… on s’assoit et on attend que ça finisse.
Je dis «on», mais c’est un «on» inclusif, car ceux qui accompagnent la personne en chimiothérapie sont tout aussi présents. Faut nous voir tenter de trouver une position un tant soit peu confortable à côté de nos êtres chers pour lire, jaser, somnoler, boire un autre café ou essayer de se créer une bulle.
Dans mon cas, n’ayant pas le luxe de m’offrir chaque fois une journée de congé, je travaille. Je trafique les tables à roulettes qui font office de table de chevet pour en faire un bureau. Et je trouve au fil des corridors une bonne pile de couvertures à empiler sur une chaise pour être assise à peu près à la bonne hauteur. Je partage la connexion du cell pour avoir accès à mes courriels de travail. Et je m’attaque à la tâche de vous préparer les meilleurs reportages possible pour votre magazine préféré.
Je me surprends à rendre ces journées très efficaces. Chaque traitement pour chaque type de maladie est différent, mais le «nôtre» dure un bon huit heures du début à la fin, donc l’équivalent d’une journée «normale». Et ce mot «normal», c’est celui que je souhaite vous mettre en tête. Car, pour ne pas la nommer, cette maladie qui nous entraîne à cet étage de l’hôpital bouscule toute notre normalité. Notre sentiment d’éternité, notre assurance face à l’avenir, notre alimentation, nos journées, nos nuits, nos projets de voyage, tout y passe. Alors que travailler, ça nous force à garder le rythme, à rester dans les préoccupations quotidiennes et agréables. Confectionner un magazine, c’est de loin l’emploi qui m’a donné le plus de satisfaction. Alors, j’enfile mes écouteurs et je plonge chaque fois dans cette normalité.
Merci aux petits génies de Silicon Valley pour avoir inventé les technologies qui me permettent de travailler n’importe où, même ici. Et à tous ceux qui s’accrochent désespérément à la normalité durant cette épreuve (et dieu sait que nous sommes beaucoup trop nombreux!), je souhaite bonne route et bon courage. Que cette période de réjouissances vous soit particulièrement douce.






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22 décembre 2012 à 12 h 33 min
Andrée-Anne, ton billet est touchant. Nous pensons à vous pendant cette drôle de période..
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27 décembre 2012 à 22 h 41 min
Bonjour,
Je trouve votre témoignage émouvant et inspirant à la fois.
Ça nous montre qu’il est important de continuer une certaine routine, qui enlève le focus de la maladie et ses conséquences.
Bravo d’être une accompagnatrice, c’est sûrement très apprécié par le membre de votre famille (touché par la maladie).
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29 décembre 2012 à 20 h 21 min
Merci mesdames de votre gentil mot! Vos pensées me touchent. Et oui, Ginette, je sais que ma présence est bien appréciée durant cette épreuve! Vivement 2013 pour tourner la page vers une nouvelle année!
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5 janvier 2013 à 16 h 43 min
Quel beau témoignage que vous avez rendu léger malgré la lourdeur d’une telle épreuve. « s’accrocher désespérément à la normalité malgré l’épreuve », comme c’est bien dit! Merci et bravo pour ce beau billet.