Les jeunes hommes sont charmants. Du moins ceux qui ont des métiers à pourboire.
L’hiver dernier, le commis d’épicerie a emballé mes aliments en y allant de quelques compliments et commentaires sur les trucs santé de mon panier. Imaginez, à 18 ans, il m’a fait un clin d’œil et m’a avoué que lui aussi adorait le lait de soya nature! Trop mignon.
C’est en route vers ma voiture, ou plutôt ma fourgonnette huit places, qu’il a rompu le charme : «Dans quoi t’étudies? » Pour lui, la question n’avait rien de saugrenu. Il empilait des dizaines de sacs d’épicerie sur des sièges de bébés et croyait que j’allais être dupe de ses belles paroles.
J’ai éclaté de rire. Une hilarité aussi spontanée que bruyante. Ma réaction aurait pu le décourager, mais il a enchaîné avec un : «Quoi? T’as lâché tes études?»
Cette fois, il méritait une récompense. Pour l’effort. Mais avant, j’ai fait ma Columbo et me suis amusée à le confondre avec quelques petits détails : «Vous venez d’emballer une épicerie de 360$! Dix litres de lait, deux paquets de couches et six boîtes de barres tendres. Vous croyez vraiment que je suis venue faire une course pour ma mère?»
Démasqué, le jeune homme a baissé les yeux et m’a remerciée timidement. Je lui ai tendu un billet de cinq et l’ai laissé s’enfuir.
Même si ses compliments étaient intéressés, ce jeune homme a fait ma journée. La femme est ainsi faite.





