En cette période de chaleur intense, je ne peux m’empêcher de penser aux femmes enceintes, qui espèrent accoucher d’une journée à l’autre.
Que fait-on quand on attend? Des folies. On achète de l’inutile et on consomme de l’agréable pour profiter au maximum de la climatisation. On dépense pour s’occuper l’esprit, sans quoi on passerait nos journées à « googler » des mots et des expressions dans le genre : « perdre son bouchon muqueux », « huile de ricin » ou « trucs pour déclencher le travail ».
En attendant l’un des mes accouchements, ma sage-femme m’avait suggéré de faire mouler mon ventre et mon buste de grossesse. Entre 130 $ à 300 $ pour passer le temps et exprimer ma créativité de femme enceinte épanouie. L’idée était tentante.« Pourquoi ne pas profiter de l’attente pour rendre hommage à votre féminité? », pouvais-je lire dans une brochure. « Le moulage fixe l’un des plus beaux moments de notre vie pour en faire une oeuvre d’art.»
Une œuvre d’art!
C’est bien de s’étourdir en attendant, mais il ne faut pas oublier qu’il y a toujours un lendemain de veille. Un moment où, l’attente terminée, il faut dégriser et vivre avec les conséquences.
Si, lors de ma première grossesse, j’avais eu l’audace d’immortaliser cet instant magique où mon bébé et moi ne faisions qu’un, j’aurais quatre beaux moules de plâtre grandeur nature accrochés au fond de mon cabanon. Quatre bedaines gouachées de pensées inspirantes sur le sens de la vie. Quatre gros corps de gypse que je n’aurais jamais pu vendre, ni me débarrasser sans regret.
Des trésors fragiles et encombrants. Un vrai cauchemar.
Imaginez-moi, hystérique, en train de crier à l’une de mes filles qui auraient brisé sa coquille maternelle en se berçant dedans : «Tant pis, tu ne l’auras pas, toi, ton ventre à maman quand tu partiras de la maison!»
L’intensité dramatique monterait d’un cran si, la même enfant avait non pas brisé sa coquille, mais celle de sa sœur. Comment remédier à la situation? On recolle le tout? On brise toutes les coquilles par souci d’équité? On fait une thérapie familiale?
Pire, mon mari pourrait devenir veuf et nos filles ne voudraient pas de leurs « ventres à maman » chez elles. Il serait alors obligé de refaire sa vie avec mes quatre corps voluptueux dans son garage. Je l’entends déjà se justifier à sa nouvelle amoureuse : « Comprends-moi. Si je me débarrasse de ses bedaines moulées, ce serait comme la tuer une deuxième fois! »
Qui sait, peut-être qu’à mon enterrement, l’une de mes filles, adulte, aurait l’intelligence de m’inhumer avec mes bedaines?
Il existe un secret pour faire rouler l’économie de l’attente sans vivre de lendemain de veille. Il se nomme la gratitude. J’aurais pu gouacher un beau « merci » sur mon voluptueux corps moulé et l’offrir à ma sage-femme.
Je regrette encore de ne pas avoir osé.






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30 juillet 2012 à 7 h 51 min
Voilà bien le genre de truc qui ne m’a jamais tenté… lol À te lire, je m’en félicite…
lol
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11 août 2012 à 19 h 32 min
La lecture de ce texte m,à fait réfléchir.Je connais plusieurs personne qui l,on fait et il me semblais que c,était un geste à priori intéressant du point vue de la mère,mais la fin de votre récit m,à plu.Super bonne idee ……….