Je vous écrirais probablement un billet. Parce que j’aime mon métier de journaliste spécialisée dans l’art de vivre. Si vous me connaissez, vous savez que je ne suis pas une spécialiste, mais si j’avais 50 millions $, le plaisir de vivre ne suffirait plus. Je devrais en maîtriser l’art, alors aussi bien garder mon boulot et poursuivre mes apprentissages.
Dès que j’aurais appris à vivre selon les règles de l’art, je travaillerais un peu moins. Pour jardiner surtout. Parce que jardiner, c’est être Dieu. Surtout lors du désherbage —toi, l’aster des bois, tu es graciée, mais toi, le pourpier, tu meurs. Et quand on travaille trop, on n’a plus le temps d’être Dieu.
Côté logement, je m’acharnerais à vivre dans mon bungalow. Il ne me conviendrait plus, mais parce que j’y aurais été heureuse, je le surinvestirais : un étage supplémentaire, une piscine creusée, une allée pavée et une cuisine art-déco-techno-tendance. Une fois tous les travaux terminés, je tenterais de me convaincre de mon amour pour lui. Mais rien n’y ferait. Notre histoire serait terminée. Je le quitterais, en laissant une grande cicatrice dans mon quartier. Pareille à celle de mon voisin, l’héritier, qui nous a laissé un monstre avant d’aller vivre dans sa grosse cabane-sur-le-lac.
Puis mes nouvelles copines m’expliqueraient que jardiner, c’est difficile et très salissant. Que si être Dieu est un luxe, sous-traiter son travail l’est bien davantage. J’aurais donc un beau et jeune jardinier, qui me laisserait beaucoup de temps libre pour me regarder vieillir. La chirurgie esthétique deviendrait alors une option envisageable. En effet, pourquoi accepter les effets de l’âge à grands coups de livres psycho-pop et de spiritualité, quand on peut la combattre avec un bistouri?
Il va s’en dire qu’avec mes 50 millions $, j’aiderais des proches et des moins proches. Mais qui sait si, dans l’ultime réalité, je ne leur nuirais pas? Chose certaine, cette illusion d’altruisme me comblerait de bonheur!
Par contre, je ne pourrais plus dire : « si j’avais le temps, je retournerais aux études. Si j’avais les moyens, je ferais le tour du monde, je réaliserais un film ou j’écrirais un roman. » Désormais, je pourrais TOUT faire! Mes échecs seraient entièrement ma faute. Je deviendrais responsable de ma vie.
Mais je n’ai pas gagné les 50 millions $. Et à bien y penser, je peux très bien vivre sans.






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17 juillet 2012 à 16 h 33 min
La puissant de Dieu au bout de tes doigts, dans le jardin et au bout du stylo, sur ton carnet de chèques! J’ai hâte de te voir si puissante! hihi!
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19 juillet 2012 à 11 h 44 min
Je viens de lire votre article et c’est super intéressant. C’est drôle et sérieux à la fois. En plus c’est très bien écrit. Je vous félicite. je vois bien que vous êtes une pro en littérature.
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19 juillet 2012 à 14 h 58 min
Si j’avais gagné les 50 millions $ au Lotto Max, j’aurais été généreuse : j’aurais laissé mon travail à quelqu’un d’autre!
))
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19 juillet 2012 à 14 h 59 min
Sais-tu, je suis bien d’accord avec toi Danielle. Le gros lot a été gagné dans mon coin de pays et les langues sont bien pendues partout où tu vas et le sujet commence seulement à s’épuiser. Y’a les: As tu pensé? Elle va toute le gaspiller son argent pis dans 1 an elle n’en aura pu. Y’a les: C’est ben trop moi j’saurais pas quoi faire de tout ça.. etc.
Alors je me suis mise à réfléchir en file d’attente à l’épicerie alors que les gens qui me précédaient en parlaient. Et je me suis dit que dans le fond moi ce que j’aurais aimé, c’est un petit montant qui m’aurait permis de me libérer de mes dettes (maison, etc) et qu’il me reste un ptit quelque chose pour me gâter et gâter mes proches et c’est assez. J’me dis que au fond, j’ai une vie tranquille et je l’aime comme ça
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19 juillet 2012 à 15 h 59 min
c’est une question que je me pose parfois mais je ne fais pas l’effort d’y répondre car cela ne m’arrivera pas…
mais bon, soyons joueuse… je commencerai par régler mes dettes, j’investirai dans un appartement pour les vacances qui deviendrait disponible pour mes proches, je travaillerai à temps partiel pour passer du temps avec les miens, je partirai vraiment en vacances, je mettrai un portail électrique chez moi….
en fait, j’en ferai des choses avec cet argent… mais je ne l’ai pas… gardons les pieds sur terre