Blogue Coup De Pouce - Coups de coeur et élans spontanés

Samedi 30 juin 2012

Comment parler de la mort aux enfants?

Par Danielle Verville
Danielle Verville
Danielle ne se prend pas au sérieux, mais vit sérieusement les anecdotes de la vie quotidienne. Mère de quatre filles, elle a vite compris que penser en dehors de la boîte était nécessaire à sa propre survie. Ce qui l'inspire : la littérature jeunesse, la décroissance personnelle et le développement durable.

Cette question me fait toujours sourire. Comme si on savait parler de la mort entre adultes et qu’on se demandait comment trouver les mots justes pour en parler aux plus jeunes.

Mais on ne sait pas.

Si on en parle aux enfants, c’est parce qu’ils en parlent, eux.

Ma grand-mère est décédée au début du printemps. Mon conjoint et moi avons pris la décision d’amener les enfants au salon funéraire. La mort d’une arrière grand-mère que nos filles n’ont pas beaucoup connue me semblait parfaite pour leur faire vivre un premier contact avec la mort.

J’ai expliqué aux filles que mamie était maintenant au ciel, qu’elle ne souffrait plus et qu’elle était maintenant avec ceux qu’elle aime, son mari, ses sœurs, ses oncles, ses tantes et tous ses amis. Une explication innocente qui a suscité une avalanche de questions de la part de ma fille de 4 ans :

- Et nous? Elle nous aime. Elle va s’ennuyer de nous, hein?

- On ira la rejoindre, un jour.

- Est-ce qu’elle peut redevenir un bébé après avoir été au ciel?

- À ton avis?

- Moi, j’ai pas envie de redevenir un bébé. Je suis trop fatiguée pour recommencer à apprendre à parler et à marcher.

- Et bien, ce sera comme tu veux!

- Mais quand je vais aller au ciel, est-ce que je peux apporter ma DS et mes jouets?

- Il y a tout ce qu’il faut là-bas.

- Mais j’ai pas le goût de mourir. Je veux pas que tu meures et que papa meure.

- Mamie était très, très vieille et très malade.

- Je m’ennuie beaucoup, même si je la connaissais pas vraiment.

- Moi aussi, je m’ennuie. Je lui garde une petite place dans mon cœur.

Après avoir fait le tour du sujet, elle a réfléchi et ajouté :

- Mais t’as dit que mamie était dans la boîte! La boîte est partie au ciel en avion?

- Son corps était dans la boîte, mais mamie, elle, est montée au ciel.

- On va au ciel sans notre corps?

- Notre corps est comme un vêtement. Il reste ici et notre corps de lumière monte au ciel.

- Ça veut dire qu’on va au ciel tout nu? Tout le monde tout nu pour toujours? Mamie est nue? Ma tante est nue? Même le voisin quand il va mourir, il va être nu?

Elle s’est arrêtée de parler un instant, le temps d’imaginer une foule de gens nus comme des vers, pour conclure :

- Quand on meurt, c’est pour la vie.

Ma grande de dix ans m’a collée, elle aussi, pour me raconter sa peine. Elle aurait voulu avoir un objet ayant appartenu à son arrière grand-mère. Je lui ai répondu que les objets peuvent se perdre ou se briser, que ma façon de garder une personne dans mon cœur consiste à identifier une de ses qualités que je ne possède pas, de la développer et de la faire grandir en moi.

Satisfaite, elle a filé au lit. La revue des belles qualités de mamie a été remise au lendemain –elle en avait beaucoup trop pour un seul soir!

***

Quelques livres pour parler de la mort avec les enfants :

- Pion, Lynne. Est-ce que tout le monde meurt? Éditions Le trèfle à quatre feuilles. 2011. 14,95$. Perdre ses grands-parents, c’est difficile et cela occasionne beaucoup des questions. Des réponses concrètes aux petites et grandes questions. (Petit roman, 6 à 12 ans)

- Bottin, Isha. Brassard, Pierre. Papa est parti. La Courte échelle. 2010. 13,95$. Après la tristesse, la vie reprend. Mais, elle est différente. (Album, 2 à 7 ans)

- Saulnière, Delphine. Le petit livre de la mort et de la vie. Bayard Jeunesse. 2005. 13,95$. Qu’ils soient ou non eu deuil, les enfants s’interrogent sur les grandes étapes de la vie. (Album, 2 à 7 ans)

- De Saint-Mars, Dominique. Bloch, Serge. Lili a peur de la mort. Éditions Calligram. 2010. Après avoir vu un accident, Lili n’arrête pas de penser à la mort. (Bande dessinée, 5-9 ans)

- Dolto-Tolitch C. Si on parlait de la mort. Gallimard. 1999. 11,50$. Quand quelqu’un meurt, on a le droit d’être heureux à nouveau. (Album, 2 à 7 ans)

Ce billet est classé sous On jase, On lit

Il n'est plus possible de commenter.

Vidéos en vedette

Blogue Sur le pouce!

2013-06-19
Tapez-vous vos enfants?

Si j’ose poser LA question, c’est qu’une campagne de sensibilisation de la Fondation pour l’enfance en France a lancé mardi une vidéo...

+ de billets

Facebook

Participez à la conversation

Contribuer au magazine

Contribuer au magazine

Qu'avez-vous pensé de notre délicieuse tarte aux fraises et à la crème chantilly?

Attribuez-leur une cote et livrez-nous vos commentaires au bas de la recette. 

DESIGNER S'IL VOUS PLAÎT

Nos partenaires