Une vieille dame au pharmacien:
«Excusez-moi, monsieur, pourriez-vous m’indiquer où se trouvent les comprimés de sel d’acide acétylsalicylique?
— Vous voulez dire l’aspirine?
— Oui, oui, c’est ça. J’oublie toujours le nom.»
Cette blague sympathique (et presque aussi vieille que la dame en question) rappelle à quel point la langue est capricieuse et prend parfois des détours inattendus.
Tenez, prenons les formes abrégées des mots courants, tellement pratiques dans nos vies pressées. Cellulaire a donné lieu à cell. Restaurant, à resto. Congélateur, à congélo. Métropolitain, à métro. Téléviseur, à télé. Colocataire, à coloc. Gastro-entérite, à gastro. Professeur, à prof. Publicité, à pub.
Réfrigérateur, à réfri, euh… non, à frigo. Oups! En fait, frigo est la forme abrégée de frigidaire, marque de commerce devenue nom commun, mot auquel on préfère toutefois réfrigérateur. Caprice! Quant à bicyclette, ce mot a donné bécique… dans le langage familier. C’est en effet la forme logique. Malgré cela, l’usage a retenu vélo, qui lui, — re-oups! — dérive de vélocipède, vocable à toutes fins utiles disparu de l’usage courant, comme l’engin qu’il désignait. Un autre caprice!
Bon, on est quand même loin de l’anglais qui n’est pas foutu de prononcer pareillement le son correspondant aux lettres «gh»: ghetto, tough, though… Mais tout de même.
À propos de «gh»…
L’autre jour, mon fils et son copain parlaient d’une fille nommée Ghania.
«Ça s’écrit «gh», expliquait l’ami, mais ça se prononce comme un «r», parce que ça vient de l’arabe.
— Ouais… répondit mon fils, visiblement pas renversé par cette révélation.
Et moi d’intervenir:
— Moi, j’ai connu un gars qui s’appelait Jean-Christophe et dont le nom s’écrivait g-u-y.
Regard interloqué des deux lurons.
— Laisse faire, finit par dire mon fils, c’est juste mon père!»
Sur ce, fier de mon coup, je me suis pris une bière dans le réfri.





