Je ne sais pas comment titrer cette histoire. Peut-être parce que ce n’en est pas une. Tuer un poussin de Pâques serait une histoire savoureuse, mais ce n’était pas un vrai poussin. Et quand on tue quelque chose qui ne vit pas et bien, ça ne compte pas vraiment.
Ce qui aurait pu être une histoire triste n’est en fait qu’une anecdote du vendredi soir. Une anecdote qui fait sourire et réfléchir.
Je vous raconte.
Vendredi saint, ma fille revient de la garderie avec un œuf de Pâques acheté au magasin à un dollar. Les directives sur la boîte du coco sont claires: couvez l’œuf dans l’eau chaude et un vrai poussin de gélatine mignon comme tout en sortira. Quelque chose du genre.
L’option gardiennage de vrais canetons est aussi offerte aux parents désireux de vivre une expérience « canards » en famille pendant le long congé pascal. Mais l’idée de rapporter des cadavres de canetons aux amis le mardi suivant me terrifie. Je passe mon tour.
Je fais bien. La suite de l’anecdote le prouve.
C’est avec une fébrilité sans nom que mes filles attendent que la coquille de l’œuf cheap finisse par craquer. Elles le regardent, lui parlent et l’aiment pendant plus de douze heures. À leurs yeux, l’existence de ce poussin en devenir n’a pas de prix. Aux miens, elle vaut un dollar.
N’en pouvant plus de voir les enfants attendre, je brise discrètement la coquille de l’œuf et transfère le poussin de gélatine dans un bocal d’eau bien chaude. La croissance de la gélatine est longue et mystérieuse. Les enfants en profitent pour aller jouer dehors. Pendant qu’ils s’amusent, la vapeur sort du bol de verre et le petit poussin se désagrège tranquillement. Au final, on ne voit plus que deux yeux flotter parmi les morceaux épars du corps jaune et gluant.
Une relecture des instructions s’impose: le poussin devait grandir dans l’eau froide. Mon erreur.
Mais comment annoncer à notre petite fille la mort d’un faux animal? Comment vivra-t-elle le deuil d’un poussin made in China? Et surtout quels types de funérailles fait-on à de la gélatine mort-née?
Lâches, on décide de ne rien lui dire. Elle découvrira le cadavre sans préambule.
Au bout d’un trop long moment, elle arrive joyeusement dans la salle à manger et s’avance près du bol. Elle regarde son bébé poussin d’amour qui, en retour, la regarde avec ses deux yeux qui flottent autour des morceaux de son petit corps visqueux.
L’intensité dramatique est à son plus haut.
Elle finit par dire, interdite:
- Maman, apporte-moi une cuillère. Je vais brasser la soupe.
Savoir s’adapter, c’est ça. Complètement.






Vous aimez?
23 avril 2012 à 22 h 21 min
Je t’adore ! J’adore te lire ! Je suis MDR !
Vous aimez?
29 avril 2012 à 16 h 41 min
Je viens de relire ton texte avec mon fils aîné, qui aura 11 ans bientôt, il est crampé! Il a adoré et souhaite lire tes autres chroniques. Merci pour ton anecdote pascale Danielle! xxx
Vous aimez?
8 mai 2012 à 6 h 04 min
merci pour cette truculente anecdote
j’ai fait rire tout le bureau