Je ne lis pas tous les livres que j’achète. Pourquoi? Dur à dire.
Parfois, on dirait que le simple fait d’avoir le bouquin en question dans ma bibliothèque me suffit. Non, je ne suis pas superficiel au point de me laisser séduire par la seule couverture, mais tout de même assez, je l’avoue, pour me laisser tenter par un nom prestigieux (Kant? Mmm, ça a l’air le fun!) ou l’étiquette «chef-d’oeuvre» (zzzzzzz). Snob, moi? Disons… presque jamais!
Parfois aussi, on dirait que le projet de lire le fameux livre ne se concrétise simplement jamais. Pour diverses raisons: achat impulsif (j’entre à la librairie pour un livre et j’en ressors avec quatre ou cinq), manque de temps (ce n’est vraiment pas bon signe quand on a toujours mieux à faire que de lire le livre en question), désintérêt graduel pour la question (à cet égard, je suis assez volage: astronomie cette semaine, couture la semaine prochaine…), sans parler des bouquins que j’ai tellement bien rangés en rentrant qu’ils dorment encore sur leur étagère.
Parfois aussi, dans le cas de livres traduits, il arrive que je trouve le style laborieux. À qui la faute? À l’auteur ou au traducteur? Quand je le peux, je compare. Un exemple: L’Attrape-coeur, de J.D. Salinger, traduit en argot français, est quasi incompréhensible pour un lecteur québécois… et à des années-lumière du texte rafraîchissant et rigolo de l’original. Quand c’est impossible, j’accorde le bénéfice du doute à l’auteur et je me dis: traduttore traditore.
Parfois aussi, on dirait que le choc culturel est trop grand. Ça m’est arrivé plusieurs fois avec des romans japonais. Entre autres, ceux de Yukio Mishima. Je n’arrive pas à faire le lien d’une phrase à l’autre, à voir la causalité qui les unit. Prose nébuleuse? Mauvaise traduction? Façon de penser qui m’est étrangère? Je ne le saurai jamais. (Heureusement, Murakami m’a réconcilié avec les auteurs nippons.)
Parfois aussi, comme dans un blind date mal assorti, dès les premières lignes, ça ne clique pas. Un exemple: ma première conjointe avait trippé sur Bourlinguer, de Blaise Cendras. Et ce livre m’avait toujours paru rempli de promesses. Je l’ai trouvé récemment en librairie. Quelle déception! Style ampoulé, phrases trop longues, propos pas clair…
Parfois enfin, je ne comprends carrément pas. Exemple, dans ma période «philosophique» (cégep, à peu près), je me souviens d’avoir acheté avec empressement L’Éthique de Spinoza. Pour y lire que Dieu existe… parce qu’il existe. Je cite:
Si vous niez Dieu, concevez, s’il est possible, que Dieu n’existe pas. Son essence n’envelopperait donc pas l’existence (par l’Axiome 7). Mais cela est absurde (par la Propos. 7). Donc Dieu existe nécessairement. C.Q.F.D.
Pardon? Évidemment, il me manquait le contexte et, dans mon parcours éclectique non mentorisé, je n’avais jamais entendu parler de la preuve ontologique: Dieu étant parfait, il ne pouvait lui manquer cette qualité fondamentale qu’est l’existence. C’est sûr, c’est sûr, comme dirait l’autre.
C’était couru, ce rendez-vous entre un philosophe précartésien du XVIIe siècle et le jeune lecteur post-nietzschéen que j’étais ne pouvait qu’être poche. Au moins, le livre en était un aussi. Ça ne m’a pas coûté trop cher.
Et vous, qu’est-ce qui dort dans votre bibliothèque?







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25 avril 2012 à 14 h 14 min
À la recherche du temps perdu