En ce 8 mars, j’ai une pensée pour les femmes qui m’ont ouvert le chemin, mais aussi pour les hommes qui les ont aimées. À une époque où la domination masculine était un ordre établi, il en fallait des couilles pour aimer des femmes qui revendiquaient le droit à l’éducation et à l’autonomie, le droit de voter et de disposer de leurs corps.
Aujourd’hui, le féminisme prend différents visages. La bataille se joue plus dans les cuisines que les rues. Comme le disait Simone de Beauvoir, mettre fin à « l’esclavage ménager » demande beaucoup d’efforts et de détermination. Une bataille individuelle, que chacune doit mener chez elle.
Nous avons investi massivement les universités et le marché du travail. Nous contribuons maintenant au revenu familial, obligeant les hommes à partager le pouvoir économique et politique. Nous avons des professions, mais sommes encore trop nombreuses à assumer seules la lourdeur des tâches domestiques, des repas et de l’éducation des enfants.
Pourquoi?
Et si Simone s’était trompée? Si l’esclavage ménager était plutôt un pouvoir domestique? Un pouvoir que nous devons apprendre à partager, plutôt que déléguer des tâches ménagères. Choisir la couleur du salon, prendre un congé parental, assister à la rencontre de parents à l’école, accueillir les confidences d’un enfant et bercer bébé sont aussi des plaisirs à transmettre.
Être aux premières loges de ce que vivent les enfants et la famille, ce n’est pas rien. L’égalité, c’est aussi accepter d’être celle qui ne sait pas. C’est perdre le contrôle de l’information familiale et partager le côté givré du pouvoir intérieur.
Encore aujourd’hui, je crois qu’il faut être solide, intelligent et autonome pour aimer une femme qui s’affirme, qui sait ce qu’elle veut et qui prend sa place. Mon hommage va donc aux hommes qui aiment les femmes solides, sans se sentir menacés. Qui acceptent de se laisser influencer par les idées de leurs conjointes. Je pense, entre autres, à Michel Chartrand (Simonne Monet), à Jacques Parizeau (Alice Parizeau), René Lévesque (Judith Jasmin), Mario Dumont (Marie-Claude Barette) ou encore Hugo Latulippe (Laure Waridel).
Je pense aussi à mon propre conjoint et à ceux de plusieurs amies, qui visent un équilibre dans le partage des différents pouvoirs.
Être féministe, c’est refuser les lieux communs. C’est se remettre en question et lutter contre ses propres préjugés. Pour aimer une féministe, il faut savoir la basculer sur le sofa et changer la couche de bébé au milieu de la nuit.
Il faut savoir gérer les paradoxes et la complexité.
Et ça, ce n’est pas donné à tous.





