«Question cinéma. Dans Casino Royale, quelle est la première question que James Bond pose au Chiffre?»
C’est l’heure du souper. Nous sommes à table. Mon aîné me regarde, cherche dans sa mémoire, ne trouve rien, répond finalement:
— Je sais pas. Qu’est-ce qu’il lui demande?
— «Avez-vous des enfants?»
— Quoi! Jamais! Pourquoi il lui demanderait ça?
— Ben, il veut savoir s’il est père… ou impair.
— Niaiseux! me lance la famille d’une seule voix.
Eh oui, mes proches ont droit à ces déplorables jongleries verbales tous les soirs de la semaine. Et, je l’avoue, je serais du genre à demander à Atom Egoyan comment vont ses parents, Proton et Boson. Que voulez-vous, j’ai l’aire de Broca un peu tordue et je ne peux m’empêcher de me tourner la langue française sept fois avant de parler.
À cet égard, une des découvertes qui a le plus titillé mes neurones d’ado fut celle d’un petit livre de poche (hélas épuisé) intitulé L’Art du contrepet, par Luc Étienne. Comme un musicien de jazz découvrant l’accord de septième, je venais de dénicher une talle jouissive hallucinante. En fait, la première fois, j’ai tellement ri que j’ai presque depardieusé au beau milieu de la cuisine! Bon, tout le monde connaît les classiques: elle est folle de la messe (molle de la fesse), la berge du ravin… mais là, il y en avait des pages et des pages, dans tous les registres. (La plupart, un peu comme les limericks anglais, sont grivois et ma mère m’interdit formellement de les mentionner ici, mais vous pourrez en trouver plein d’exemples en tapant «contrepet» dans Google.)
Parfois, dans mes moments d’inquiétude, je me demande si je ne souffre pas d’une maladie de l’esprit répertoriée dans le DSM-IV. Acrobatite verbale aiguë ou Delirium verbens, genre. Mais je me dis alors que c’est quand même mieux que de mourir à petit feu de Platitudo fatalis…
Plus concrètement, le mauvais côté au quotidien, c’est que c’est assez difficile d’avoir une conversation COMPLÈTEMENT sérieuse avec moi. Le bon, aux dernières nouvelles, c’est que j’ai peu de chances, quand je serai vieux, de souffrir de… Comment ça s’appelle déjà?
Bon, je vous laisse avec ce proverbe à méditer en voiture, à l’heure de pointe, sur un pont de la Rive-Sud: Un train vaut mieux que deux Toyota.






