On connaît tous une mère qui s’exprime comme un livre à colorier. Vous savez cette langue faite de sourires, colorée, articulée et lente, aux traits exagérément grossis. Un parler sans accent, pas nécessairement international, mais exempt de tournures orales. Pas de contraction, ni de double « tu » à la québécoise. Même les propositions incises s’entendent trop.
Chaque fois qu’une mère s’exprime ainsi, j’ai l’impression d’être en présence d’une mauvaise actrice qui dit son texte et joue trop gros. En français, l’accent tonique doit être fixe sur la dernière syllabe, mais le parler « livre à colorier » frappe toujours au mauvais endroit. Plutôt que de dire « Ton dessin est incroyaBLe», la mère s’exclame « Ton dessin est INcroyable», exprimant ainsi un IN monstrueusement tonique.
Quand je vais chercher ma fille à la garderie, le parler « livre à colorier » est partout. Et même s’il n’est pas naturel et qu’il choque mon oreille, je me surprends souvent à le parler. Par imitation. Pour avoir l’air d’une bonne maman, comme les autres.
Les enfants perçoivent-ils ces écarts de langage qui existent entre les conversations d’adultes et celles d’adultes à enfants? Qu’en pensent-ils?
Pour ma part, je fuis les mères qui parlent ainsi. Surtout lorsqu’il n’y a pas d’enfants autour. Ce parler ne laisse aucune place à la spontanéité et à l’authenticité. Il me donne l’impression de jaser à une marionnette. Et comme ce n’est pas facile de donner la réplique à un pantin, je ne joue plus. Au fond, le plaisir du dialogue, au théâtre comme dans la vie, n’est-il pas celui du jeu des acteurs?
Apprendre à nos enfants à bien s’exprimer, c’est bien. Mais leur apprendre l’authenticité, c’est mieux.






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21 février 2012 à 13 h 51 min
Je n’ai jamais parlé à ma puce comme dans un livre à colorier mais je lui parle souvent en langage soutenu. Je me demande si cela fait de moi un livre classique!
Depuis qu’elle est bébé j’aime inclure en mon vocabulaire maternel des mots de langage plus soutenus car je crois que tout enfant est une éponge. Et l’important n’est pas tant qu’elle en comprenne le sens mais plutôt qu’elle en absorbe le son, pour que le mot fasse partie du paysage de sa langue maternelle dès le plus jeune âge…
En grandissant, j’adapte le principe. Elle a 6 ans et lorsque je vois le point d’interrogation dans ses yeux, je lui explique le mot, alors je deviens donc dictionnaire!
Et j’adore lorsqu’elle relève un mot dans une phrase pour en connaitre le sens. Dans ces moments là je suis un dictionnaire heureux!
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22 février 2012 à 9 h 21 min
@Etolane, je n’adapte pas beaucoup ma manière de parler à mes enfants. J’avoue faire attention aux gros mots, mais pour le reste je leur parle comme je le fais avec les adultes. J’ai la caractéristique de passer aisément d’un langage populaire à châtié, ce qui peut donner des phrases comme: « Arrête d’importuner ta soeur! Je t’ai vu écrapoutir son sandwich! »