Une image vaut mille mots, dit-on. Relativisons, si vous permettez. D’abord, c’est surtout vrai au pays des artistes visuels… Ensuite, cela ne veut pas dire qu’on doive en utiliser AUTANT chaque fois qu’on veut faire image, ou même dire quelque chose.
Je parle de redondance. Être redondant, c’est utiliser plus de mots qu’il n’en faut pour dire quelque chose. Ou, plus spécifiquement, dire plusieurs fois la même chose en des termes équivalents. En termes figurés, c’est comme mettre deux clous là où un seul suffit amplement. Ou comme porter une ceinture et des bretelles. On parle aussi de pléonasme.
Des exemples classiques: une petite maisonnette, monter en haut, descendre en bas (sauf s’ils sont nylon, évidemment), un petit nain, un grand géant…
Cas discutable: un nuage vaporeux. À première vue, c’est redondant. Mais si on oppose ce nuage vaporeux (un cirrus, disons) à un autre bas et lourd, ça ne l’est plus. Encore plus discutables, les cas où un jugement de valeur entre en jeu: un politicien menteur, un ado gourmand…
On rencontre aussi des redondances grammaticales. (Elles sont moins évidentes, celles-là.) Je pense à des formulations du genre pour pouvoir… afin d’être en mesure de... ou (la totale!) afin d’être capable de pouvoir être en mesure de (développer les habiletés nécessaires pour)… Que de mots inutiles!
En fait, les linguistes vous diront (en tout cas, moi, c’est un linguiste qui me l’a dit) que nos messages sont par nature même redondants. Par exemple, on dit: Nous sommes heureux. Mais à bien y penser, on pourrait se passer du nous. La forme sommes indique clairement que c’est un «nous» qui parle. C’était d’ailleurs comme ça en latin. Ou alors, on pourrait faire comme en russe: garder le pronom personnel et supprimer le verbe: nous — heureux.
En fait, le linguiste en question nous avait donné l’exemple d’un couple radin qui devait envoyer un télégramme à ses beaux-parents pour leur annoncer la naissance de son bébé et leur dire si c’était un garçon ou une fille. Ils avaient commencé par: NOUS SOMMES HEUREUX DE VOUS ANNONCER LA NAISSANCE D’UNE MIGNONNE PETITE FILLE. Trop cher! SOMMES HEUREUX ANNONCER NAISSANCE FILLE. Encore trop cher! HEUREUX NAISSANCE FILLE. On peut faire mieux, chérie! dit le mari. FILLE, dicta la femme, heureuse d’avoir le dernier mot. Mais le mari avait encore mieux. Écrivez simplement F, lança-t-il à l’employé en sortant son porte-monnaie. Ils vont comprendre. En effet.
C’est ce qui s’appelle peser ses mots.





