La céphalée de tension

Qui n'a jamais eu mal à la tête? Au cours de leur vie, jusqu'à 88 % des femmes et 69 % des hommes souffrent d'une céphalée dite de tension, selon l'ouvrage Maux de tête et migraines, de la Clinique Mayo, préfacé par le neurologue André Bellavance, directeur de la Clinique des maux de tte de la Rive-Sud de Montréal. Ce mal de tête se manifeste par une douleur sourde, une oppression ou une bande de pression sur le front, le cuir chevelu et la nuque.

D'intensité légère à modérée, il dure de 30 minutes à 7 jours. Il est le plus souvent épisodique, c'est-à-dire qu'il survient à l'occasion ou moins de 15 jours par mois. Toutefois, chez environ 1 % de la population, il est chronique (plus de 15 jours par mois pendant au moins trois mois).

On ne connaît pas les causes et les mécanismes de la céphalée dite de tension. Selon une théorie qui lui a donné son nom, elle serait causée par une tension chronique des muscles du cuir chevelu, du cou et de la mâchoire. "Les céphalées dites de tension sont souvent liées à des problèmes musculo-squelettiques, surtout au niveau du cou", explique le Dr Bellavance. En raison des voies de transmission de la douleur, un mal dans une structure cervicale peut irradier vers la tête, derrière les yeux ou au front. Cette hypothèse est toutefois loin de faire l'unanimité. Si les spécialistes observent qu'une tension est associée à ce mal de tête, elle n'en est pas nécessairement la cause.

L'affreuse migraine

Après la céphalée dite de tension, la migraine est le mal de tête le plus fréquent. "Elle affecte environ 16 % des femmes et 7 % des hommes", dit le Dr Bellavance. La migraine nuit au fonctionnement des gens qui en souffrent. C'est pour cette raison qu'elle a fait l'objet de nombreuses recherches, comparativement à la céphalée dite de tension, moins douloureuse. Elles nous ont permis de découvrir que les migraineux ont une prédisposition génétique et que leur cerveau est "hyperexcitable" vis-à-vis de stimulis comme la lumière, le son et le bruit. Mais on n'a toujours pas identifié les mécanismes biologiques derrière ce trouble. Une des hypothèses examinée actuellement est que la sérotonine, un neurotransmetteur dans le cerveau, serait impliquée dans le déclenchement des crises.

Les critères pour diagnostiquer la migraine sont bien établis. Les crises doivent durer entre 4 et 72 heures. Le mal de tête doit présenter au moins deux de ces caractéristiques: il est situé d'un seul côté de la tête; la douleur est pulsatile; son intensité est modérée ou sévère; il s'aggrave lors d'activités physiques routinières. Il doit aussi être accompagné de nausées ou vomissements, ou d'une intolérance à la lumière et au bruit. Enfin, aucune autre maladie ne doit être en cause. Dans certains cas, la migraine s'accompagne d'une aura, un ensemble de sensations comprenant notamment une vision brouillée (des taches ou des éblouissements dans le champ de vision), des engourdissements ou un picotement de la peau.

Distinguer migraine et céphalée de tension n'est pas toujours simple parce qu'on ne sait pas grand-chose sur leurs causes. Les facteurs déclencheurs peuvent être similaires, de même que les symptômes. Lorsqu'on consulte un médecin, celui-ci vérifie d'abord si on répond aux critères de la migraine ou d'autres maux de tête. "Si le patient ne répond pas à ces critères, on conclut qu'il souffre d'une céphalée dite de tension", dit Sylvie Gosselin, neurologue au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke. Reste alors à cibler les facteurs déclencheurs.