Le Dr Messier constate que certaines personnalités sont plus disposées que d'autres à avoir du mal à décrocher: «Ce sont celles qui accordent beaucoup d'importance à la performance et aux résultats, et qui veulent toujours bien paraître devant le patron.» «Les travailleurs qui n'arrivent pas à décrocher se croient indispensables, ajoute Diane Arseneau, coach et consultante en gestion de carrière. Ils pensent que l'entreprise ne peut pas rouler sans eux.» Refuser de décrocher du boulot peut aussi prendre son origine dans certains malaises plus profonds, poursuit Marie-Claude Lamarche, psychologue spécialisée en santé et psychologie au travail. «Ainsi, une femme qui vient de perdre son enfant dans un accident tragique pourrait se lancer dans le travail afin d'éviter de penser à son drame. Des problèmes conjugaux peuvent aussi inciter une personne à faire de même. À court terme, ça va. Il est parfois nécessaire de fuir la réalité quand elle est trop tragique. Mais, à un moment donné, il faut faire face à la musique.»
Martine Lemonde a vécu ce genre d'expérience. «Mon conjoint est mort d'un cancer et, durant l'année et demie qui a précédé son décès, je n'ai presque pas pris de vacances. Au bureau, je me sentais bien, j'avais l'esprit occupé. Travailler me permettait de me sortir un peu de ma vie, qui était difficile. Un mois après le décès de mon conjoint, par contre, je suis partie trois semaines en vacances pour me ressourcer.»
Ça arrive à tout le monde
Les spécialistes interrogés s'entendent pour dire que la situation touche tous les types de travailleurs. La difficulté réside moins dans la nature du travail que dans la relation qu'on entretient avec notre boulot. «Il y a des gens avec énormément de responsabilités professionnelles qui décrochent très facilement, remarque Marie-Claude Lamarche. D'autres ont moins de responsabilités, mais n'arrivent pas à se détacher.» Elle reconnaît cependant que le stress inhérent à certains emplois peut ajouter à l'incapacité de lâcher prise durant les vacances.
Marie-Claude, qui est policière en patrouille en Montérégie, peut en témoigner. Elle travaille sur des quarts de neuf heures alternativement de jour, de soir et de nuit. Son conjoint est aussi policier au même poste qu'elle. Pas facile de décrocher! «Quand je suis en congé, bien souvent, mon chum travaille. Et, quand il revient, il me parle du boulot et ça me ramène au bureau. Quand vient le temps de prendre nos vacances, il faut qu'on parte à l'extérieur. En restant en ville, on rencontre inévitablement des citoyens qui nous reconnaissent ou des collègues de travail. Et, pendant notre congé, on évite de parler du travail. C'est la seule façon de décrocher qui fonctionne vraiment pour nous.»
Santé en péril
Quand on ne s'arrête jamais et qu'on roule à vive allure même durant nos vacances, on se dirige tout droit vers l'épuisement, prévient le Dr Messier. «La dépression, les troubles d'anxiété, l'irritabilité sont autant d'effets néfastes de ce rythme infernal.» Marie-Claude Lamarche ajoute que l'être humain est programmé pour vivre une réaction de stress par jour. «On estime que les travailleurs en vivent en moyenne 50. À ce rythme, le corps n'a jamais le temps de récupérer. On est toujours sur l'adrénaline. Ironiquement, c'est souvent quand on s'arrête enfin pour les vacances que les symptômes du stress apparaissent, qu'il s'agisse de maux de tête, d'insomnie, de tensions musculaires, de problèmes digestifs ou d'étourdissements.»
Il faut être à l'écoute de ces signes pour ralentir la cadence. «À la maison, quand un fusible saute, on le remplace et on débranche certains appareils. On reconnaît qu'on a surchargé le système électrique, illustre la psychologue. Le corps est aussi un système qu'il ne faut pas surcharger.» Jocelyne se souvient de périodes intensives où elle devait occuper presque tous les postes dans sa pharmacie. «Quand j'ai perdu mon gérant, j'ai dû prendre en charge le plancher tout en étant la pharmacienne du laboratoire.» Elle travaillait alors presque tous les week-ends et se tapait des semaines de 50 à 60 heures. Mais son corps a commencé à lui lancer des messages. «Durant mes journées de congé, je ressentais une fatigue chronique, des douleurs musculaires diffuses et je souffrais régulièrement de migraines.»
L'entourage immédiat peut aussi souffrir de la situation, comme en témoigne Caroline. «Mon incapacité à décrocher crée des tensions avec mon conjoint. Il me reproche de ne jamais vraiment être en congé avec lui. Il arrive que des chicanes de ménage ponctuent nos vacances. Et quand je reviens au boulot, je suis souvent plus fatiguée qu'avant mon départ!»













