Pour Esther, une infirmière de 52 ans, il n'y a jamais assez d'heures dans une journée. «Le travail, mon amoureux, mes amies, les courses, le ménage, les réunions du conseil d'administration de ma copropriété, ma mère de 86 ans que je visite toutes les fins de semaine... Quand je me couche, tout ce que j'ai à faire me trotte dans la tête. Et souvent, je suis frustrée parce que je trouve que j'aurais pu en faire davantage.»

Ce sentiment d'être débordée, de perdre le contrôle de notre emploi du temps, on est plusieurs à le ressentir. Marcia Pilote, qui a animé en 2006 à Canal Vie la série documentaire Superwoman... Ras-le-bol!, l'attribue à la pression sociale. «Les femmes en ont beaucoup sur les épaules. Traditionnellement, elles ont toujours été au service des autres: leur mari, leurs enfants, leurs parents vieillissants. C'est un conditionnement très fort. De nos jours, elles doivent en plus se réaliser sur le plan professionnel.» Sans compter la tyrannie des gadgets technos, qui nous incitent à être de plus en plus productives, mais qui nous submergent en même temps sous un flot incessant de tâches!

Il faut dire qu'être très occupée est généralement bien vu. «Cela sous-entend qu'on est populaire, en demande, efficace et qu'on travaille fort», observe Nicolas Chevrier, psychologue. C'est le cas de Mélanye, 33 ans, qui apprécie la valorisation qu'elle retire de ses multiples engagements. Cette maman de trois jeunes enfants, responsable d'un service de garde en milieu familial, fait du bénévolat auprès d'organismes sportifs et d'une maison de la famille, écrit un livre, suit des cours du soir et fait du spinning. Elle est aussi membre du conseil d'établissement de l'école de son fils et d'un conseil d'administration. «Même si je cours continuellement, je persiste à accepter les propositions qui suscitent mon intérêt», reconnaît-elle. Comme cuisiner et décorer 75 cupcakes en forme de ballon de soccer pour la fête de fin de saison de l'équipe de sa fille. On s'en doute, elle a eu un succès fou tant auprès des enfants que des parents. «Certains projets me font veiller tard, mais cela en vaut la peine, car ils me procurent une grande satisfaction personnelle.»

Le travail n'est donc pas le seul responsable de cette surcharge si répandue. D'autres facteurs entrent en jeu. «On a de la difficulté à poser nos limites, à dire non, et on a aussi un grand besoin d'être appréciée, remarque Mélanie Paquet, une psychothérapeute et conseillère d'orientation qui s'intéresse à l'épuisement professionnel. C'est pourquoi le sentiment de débordement peut toucher tout le monde, pas seulement les mamans de jeunes enfants sur le marché du travail.»

Yolaine, 20 ans, en est la preuve. Ses études universitaires, son emploi à temps partiel et son petit ami l'occupent déjà passablement. Mais si on lui propose une sortie ou une activité, il est rare qu'elle refuse. «C'est comme si je m'arrangeais pour avoir plein d'affaires à faire en même temps. Je ne veux rien manquer. En fait, j'ai de la difficulté à faire des choix.» Pour tout concilier, elle coupe ses heures de sommeil. «Dormir, c'est une perte de temps», tranche-t-elle.