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- Guide à l'intention des patronnes
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Patronne ou patron? Certaines ont des préférences, d'autres pas. Mais est-ce vraiment plus difficile de travailler pour une femme?
«Une patronne, c'est un véritable cauchemar, lance Lucie, 55 ans. J'ai eu environ 25 patrons, et beaucoup plus de femmes que d'hommes.» Elle a eu la dictatrice très exigeante et difficile d'approche. Il y a aussi eu la jalouse qui refusait de partager l'information essentielle. Finalement, cette adjointe administrative en milieu scolaire a connu la patronne mesquine qui lui reprochait des erreurs qu'elle-même avait commises. «J'ai versé beaucoup de larmes à cause du dénigrement de mes patronnes. On comprendra que je trouve plus facile de travailler pour un homme.»
À l'inverse, Muriel, la trentaine, manque de qualificatifs pour vanter sa patronne actuelle. «C'est la gestionnaire parfaite qui ne se concentre pas seulement sur le bobo spécifique, mais sur l'ensemble. Elle respecte le fait qu'on ait parfois des problèmes personnels et préfère qu'on reste à la maison dans ces cas. Elle préfère gérer notre bonheur plutôt que de nous voir au travail si on n'est pas en forme. Elle a pris la liberté de nous offrir la possibilité de faire du télétravail sans attendre qu'on le lui demande. C'est une visionnaire.»
François, 33 ans, approuve. Il préfère nettement travailler pour des femmes, dont il aime l'approche plus humaine et sensible aux besoins des employés. «Je peux m'asseoir avec elles. Elles m'écoutent et tiennent compte de mon avis.»
Plus dures, les patronnes?
Selon une enquête d'un professeur de l'Université de Toronto, Scott Schieman, les femmes qui travaillent pour une femme se sentiraient plus stressées que si elles étaient sous la gouverne d'un homme. Selon cette étude, pour laquelle on a interrogé 1 800 travailleurs américains des deux sexes, ce stress pourrait être causé, entre autres, par le fait que les femmes patronnes n'apprécient pas d'être entourées de «compétitrices» du même sexe, rendant ainsi l'ambiance de travail lourde, voire désagréable.
Certains témoignages évoquent la jalousie et la mesquinerie, qui seraient l'apanage de femmes dirigées par une femme. «J'ai travaillé dans une compagnie de télécommunication, et mes collègues féminines détestaient travailler pour une femme. Je les sentais en compétition, il y avait beaucoup de médisance et de dénigrement. Beaucoup étaient hypocrites et parlaient dans le dos de leurs patronnes, alors que mes collègues masculins et moi n'avions aucun problème avec ces mêmes patronnes», explique Christian, 42 ans, qui a oeuvré dans plusieurs milieux. Geneviève, 34 ans, émet des réserves sur la jalousie féminine. Dans une sphère très féminine comme le domaine communautaire, elle dit ne pas avoir ressenti la jalousie et la compétition qu'on associe aux environnements typiquement féminins. «Je crois que ce sont les milieux très hiérarchisés qui engendrent les jalousies, pas les femmes.»
En fait, pour tous les témoignages négatifs, il s'en trouve d'autres qui vantent les qualités «féminines» des patronnes. Muriel croit qu'elles se préoccupent davantage de la vie de leurs employés et de leurs besoins: «Elles ont une vision plus holistique. Elles sont concernées par le travail, mais aussi par tout ce qui va autour, tandis que les hommes veulent savoir si le travail est fait, c'est tout», soutient-elle.
Pierre Lainey, consultant et formateur, chargé de formation à la direction des programmes de certificat à HEC Montréal, où il enseigne le leadership organisationnel, a connu les deux mondes. Il a déjà eu une patronne intransigeante, inflexible qui ne démontrait aucune empathie. «J'ai aussi une excellente patronne, empathique, collaboratrice, très démocratique. Ces deux femmes m'ont montré ce qu'il fallait faire et ne pas faire en matière de gestion.» Son expérience, sa pratique et ses nombreuses années d'enseignement lui ont appris que les femmes ne sont pas plus dures comme patronnes. «Il existe certains stéréotypes, mais je ne pourrais jamais dire qu'il est plus difficile de travailler pour une femme.»
«Il ne faut surtout pas généraliser, lance Caroline Starecky, vice-présidente dans la firme de recrutement de cadres La Tête chercheuse. Ce n'est pas une question de sexe, mais de personnalité. Le reste, ce sont des légendes urbaines.» Michel Pauzé, propriétaire de l'agence de recrutement qui porte son nom, est du même avis: «Il n'y a pas tant de différences entre patrons et patronnes. Je n'ai pas à me soucier de ça quand je recrute. Cela dépend tellement du savoir-être de chaque personne.» «Le coefficient de "monstruosité" patronale est très équitablement réparti entre les sexes. La gentillesse et la compétence aussi», résume Ginette, une travailleuse autonome dans la quarantaine.

















