Sauriez-vous rebondir après un coup dur?

Par
Isabelle Bergeron
Publié:
2 avril 2007
Mise à jour:
2 avril 2009

On affronte toutes, dans notre vie, une épreuve importante. Certaines la surmonteront et d'autres, auront du mal à s'en remettre. Pourquoi? La résilience.

En 1942, à Bordeaux, Boris Cyrulnik est tragiquement séparé de ses parents quand ceux-ci, des juifs russo-polonais, sont arrêtés et déportés vers un camp d'extermination. Le petit garçon, âgé d'à peine 5 ans, est sauvé par son institutrice, qui le garde chez elle pendant un an et demi avant d'être dénoncée. Boris est emmené par les soldats allemands, mais il réussit à s'échapper, évitant de justesse le même sort que ses parents. Par la suite, il sera ballotté d'institutions en familles d'accueil. «Ma seule aventure humaine était l'observation des fourmis», dira-t-il, des années plus tard, à propos de cette période de sa vie.


Boris Cyrulnik aurait pu ne jamais se remettre d'avoir connu tant de malheurs à un si jeune âge. Il y est pourtant arrivé, et de brillante façon: devenu psychiatre et neuropsychologue, il est présentement directeur d'enseignement à l'Université de Toulon, en France, en plus d'être père de deux enfants. Mais surtout, il est devenu un auteur reconnu et le premier en France à se pencher sur un concept dont il est lui-même un exemple frappant: la résilience, ou la capacité de rebondir après un coup dur.

Il faut toutefois préciser ce qu'on entend par coup dur. Cyrulnik explique qu'on ne peut parler de résilience qu'en cas de traumatisme, «c'est-à-dire quand un ou des événements nous plongent dans un état d'agonie psychique». À l'évidence, c'est le cas des enfants de la guerre ou des victimes de viol, par exemple. Mais, pour certains, des événements en apparence beaucoup moins graves, comme la perte d'un emploi ou une rupture, peuvent avoir le même impact dévastateur. Bref, l'événement en soi est moins important que l'effet qu'il a sur la personne concernée.

Dans le cas de Nathalie, 34 ans, c'est toute une série d'événements qui l'ont ébranlée. «À 27 ans, j'ai vécu ma première peine d'amour, raconte-t-elle. Durant la même période, ma meilleure amie est partie vivre à l'étranger, et ma mère est tombée malade.» Pendant plusieurs mois, la jeune femme s'est sentie «brisée de l'intérieur» et très seule. «J'avais l'impression de n'être plus tout à fait vivante», se rappelle-t-elle. Malgré cela, elle s'en est sortie. Plus vivante que jamais.

Une chaîne de plusieurs maillons
Si Nathalie a réussi à rebondir, c'est parce qu'elle a su puiser dans ses ressources intérieures. «Ma mère m'a élevée en me répétant qu'on n'est pas victime de sa vie, qu'on peut toujours faire des choix.» Avec ces paroles en mémoire et en se disant que rien n'arrive pour rien et que tout reste à espérer, Nathalie s'est relevée peu à peu et a repris sa vie en main. De plus, elle a été capable, avec le temps, de voir le côté positif de tout ce qui lui arrivait. «La maladie de ma mère m'a rapprochée d'elle, et ma rupture m'a permis de rencontrer mon nouveau conjoint!»

Force de caractère? «C'est sûr qu'il y a dans la résilience des facteurs qui relèvent du tempérament, en partie inscrit dans nos gènes, explique la psychologue Sophie Lorgeau, chargée de cours à l'Université Laval en psychologie du développement de l'enfant et des méthodes d'intervention-prévention. Il est prouvé que certains bébés naissent plus vulnérables au stress, par exemple, mais le facteur génétique, ou inné, est très loin d'expliquer seul la résilience.» De fait, les facteurs génétiques peuvent facilement être réduits à néant si un manque d'amour et d'attention ont fait entrave à notre estime de soi et à notre confiance en la vie. De même, on ne peut réduire la résilience à une seule question de volonté. «On a beau vouloir s'en sortir, si on n'a pas appris comment surmonter les épreuves, si on n'a aucun réseau de soutien, on n'y arrivera pas», signale Sophie Bond, psychologue au Centre d'étude sur le trauma de l'hôpital Louis-H. Lafontaine.

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Êtes-vous résiliente?
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Un travail parfois lent
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