Sophie, 36 ans
Doctorat en histoire à l'UQAM

Maman de deux filles de 6 et 3 ans
«Passionnée d'histoire et de journalisme, j'ai fait un baccalauréat tout de suite après le cégep. Une rencontre heureuse avec la journaliste et romancière Micheline Lachance, qui m'a donné une chance dans le magazine où elle travaillait, a lancé ma carrière de journaliste. Parallèlement, j'ai continué mes études à la maîtrise en histoire à temps partiel, conciliant ainsi mes deux passions. Quand la question du doctorat s'est posée, après avoir hésité, j'ai choisi de poursuivre dans la voie du journalisme.

«Avec mon conjoint, qui travaillait dans le même domaine que moi, nous sommes partis un an en Chine, d'où nous écrivions tous deux des articles pour le Québec. Au retour, mon rythme a ralenti: très minutieuse, je n'écris pas vite, et mon salaire s'en ressentait. En 2006, j'ai donné naissance à ma fille Charlotte. Parallèlement, mon insatisfaction grandissait face à ma carrière qui stagnait et ne semblait m'offrir aucune possibilité d'avancement. Je devenais amère, me demandant si j'avais vraiment fait le bon choix. Et écrire était de plus en plus difficile.

«Pendant mon deuxième congé de maternité, Micheline Lachance est intervenue une fois de plus dans ma vie, me proposant cette fois une piste incroyable pour un doctorat. Et là, après avoir trouvé une prof prête à diriger ma thèse, j'ai décidé de m'inscrire. Ce choix s'est avéré difficile, notamment pour mon conjoint, qui trouvait difficile de voir nos amis s'acheter des maisons et avancer financièrement dans la vie, alors que moi, je choisissais de retourner aux études. Le doctorat, c'est quatre longues années, mais ma passion pour l'histoire et pour ce beau projet me portait. Je m'accrochais comme à une bouée à la promesse d'une carrière académique qui m'apporterait beaucoup sur le plan personnel et professionnel.

«Puis, grâce à cela, j'ai obtenu un emploi de chargée de cours. Si je n'avais pas pris le risque d'essayer cette avenue qui m'attirait mais qui me faisait peur, je me serais privée de cette expérience, qui m'a permis d'obtenir un poste dans un cégep. J'ai adoré! Les deux premières années, sans bourses et incapable de vivre sans salaire, j'enseignais à temps partiel. Ça n'avait rien de facile: je travaillais sans relâche, dès que les petites étaient à la garderie et à l'école le matin, et, après la routine du soir, je reprenais du service au milieu de mes livres, jusqu'à tomber de fatigue vers les 2 h, 3 h du matin. Heureusement, j'ai obtenu depuis une bourse d'études pour les trois prochaines années, ce qui me permet de consacrer tous mes efforts à mes études et à mes filles.

«Je voudrais dire à celles qui songent à faire le saut d'écouter leur petite voix intérieure et de s'accrocher à leurs désirs. Il est tout à fait possible d'étudier sans négliger sa famille. Et on ne soupçonne pas tout ce que cette vie nouvelle peut nous apporter. Pour moi, ce sont de nouvelles amies très chères, un nouveau milieu de vie, une grande satisfaction personnelle et intellectuelle et l'espoir d'un avenir enrichissant sur tous les plans, même s'il n'y a pas de certitudes! Et puis, je crois pouvoir servir de modèle de persévérance pour mes enfants. Enfin, je le souhaite!»