La peur de la solitude: dure pour le couple!

Vivre avec une personne envahie par les peurs existentielles peut nous faire douter de nos propres convictions. «Je me suis mariée à 28 ans, amoureuse, raconte Marianik. Je dirais qu'on a été heureux les deux premières années. Avec le temps, mon chum a commencé à vouloir qu'on fasse tout ensemble. Au début, je trouvais ça mignon, et je m'en vantais même auprès de mes copines, qui avaient, elles, de la misère à amener leur chum magasiner ou voir le moindre film qui ne soit pas d'action. Il voulait qu'on ait les mêmes activités, les mêmes amis, les mêmes sorties. Moi, j'avais besoin de magasiner entre filles, de prendre un verre avec ma gang. Pour se donner bonne conscience, il proposait de faire des courses pendant que je voyais mes copines... mais il finissait souvent par nous rejoindre.

«Après deux années de disputes, nous nous sommes retrouvés en thérapie de couple, pour nous rendre compte que mon chum vivait des peurs dont je ne soupçonnais ni l'ampleur ni même l'existence. En résumé, il avait peur de la solitude. On parle d'ici du sentiment psychologique d'être seul avec ses idées, seul avec ses projets, seul dans sa vie et seul avec ses décisions. Au début, j'ai tenté de le soutenir, mais éventuellement, j'ai senti que mon propre équilibre psychologique était en péril. J'étais devenue stressée et je remettais en question mes propres désirs et attitudes. J'ai dû prendre une distance. Nous sommes séparés depuis un an, et j'ai l'impression de respirer à nouveau.»

Ce qu'en disent nos experts

Triste constat s'il en est un: on naît seul et on meurt seul. Et, même si on est près des gens qu'on aime, il y aura toujours un fossé infranchissable entre nous et les autres, estime Marc-Simon Drouin. «La relation qu'on entretient avec nos pairs, nos amis, notre famille, nos enfants ou même notre conjoint a des limites», ajoute-t-il. Mais certaines personnes ne tolèrent pas cette distance, même minime. Avoir peur d'être seul peut nous empêcher, par exemple, de nous affranchir du jugement des autres. Avoir peur de la solitude, c'est aussi avoir peur d'être abandonné par les autres, à cause de nos choix, de nos échecs, et même de notre succès.

En couple, la peur de la solitude peut avoir des effets toxiques. «Chaque couple fonctionne avec ses règles, lesquelles reflètent les limites et les difficultés qui existent en chacun de nous, observe Martine Cinq-Mars. En fait, même si la fusion vient agréablement - et temporairement - combler nos propres manques, le besoin individuel d'exister soi-même refait périodiquement surface. Ainsi, la juste distance - ou le juste rapprochement - entre les membres du couple devient un enjeu à renégocier souvent. Il est souhaitable que ces enjeux soient ouverts et discutés.»

Si on vit avec un être pétrifié par cette peur existentielle, on peut lui expliquer qu'on a aussi certaines peurs, et qu'il n'est pas seul devant l'incontournable. Par ailleurs, attention à la colère! Lorsqu'on réagit avec agressivité aux peurs de l'autre, c'est peut-être parce qu'on ne veut pas faire face à nos propres peurs. Si on sent que notre partenaire se cramponne à ses peurs existentielles, que cela teinte ses décisions et ses relations avec les autres, on l'encourage à consulter. Il en va souvent de la santé du couple.

 

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