Perdre confiance en sa vie

Pour Chantal, 42 ans, c'est au tournant de la trentaine que tout a basculé. «J'ai connu une grande peine d'amour, après une union qui a duré dix ans. Après, je suis tombée amoureuse d'un homme qui ne voulait pas de moi. Notre relation, cahoteuse, a tout de même duré quatre ans. Ensuite, j'ai perdu mon emploi. J'ai compensé en mangeant, et pris 18 kilos. Je n'arrivais pas à retrouver un emploi de même valeur ni à accepter un emploi moins glamour. J'étais en colère contre tout le monde. Les grosses jobs, les bébés des autres, les condos, les amours... Les bonnes nouvelles des autres me donnaient la rage au coeur! J'avais peur de ne plus vivre rien de bien dans ma propre vie. C'est rapidement devenu un cercle vicieux. J'ai commencé à perdre confiance en moi, à perdre la ligne bonheur dans mon champ de vision.

Et puis, j'ai lu un livre qui m'a aidée à voir clair. Ça s'appelle Les Renoncements nécessaires (par Judith Viorst, Pocket, 2003, 507 p., 14,95$). L'auteure y fait état de tout ce qu'il faut abandonner en route pour devenir un adulte responsable malgré les incongruités de la vie. Ce fut un déclencheur. Depuis deux ans, j'ai embauché un entraîneur, j'ai fait des lectures qui m'ont nourri l'âme, j'ai renoué avec mes amis, j'ai déménagé, je me suis impliquée dans mon emploi actuel et j'ai obtenu une promotion. J'ai décidé de m'engager à fond dans ma vie même si elle peut parfois s'avérer absurde. Je suis désormais convaincue que, malgré ce qui m'est arrivé dans le passé, ma vie vaut la peine d'être vécue pleinement.»

Ce qu'en disent nos experts

On entend souvent l'expression: la vie n'a pas de sens! Ce caractère imprévisible peut faire peur. Des gens sportifs et en santé reçoivent des diagnostics de cancer, des familles entières périssent par le feu, bien endormies dans leur chaumière, des enfants meurent, des civils sont attaqués ou des innocents sont accusés. Devant autant d'absurdité, on aimerait que quelqu'un nous dise quoi faire pour se protéger de tout ça. Hélas! Il n'y a pas de recette pour se protéger de la fatalité.

«Certaines personnes semblent nées sous le sceau de l'optimisme et apparemment sont peu confrontées à questionner le sens de la vie», admet Martine Cinq-Mars. Pour d'autres, c'est l'impasse. Quoi qu'il arrive, ces personnes voient plus souvent qu'autrement la moitié vide du verre («De toute façon, c'est certain que demain, une autre tuile me tombera sur la tête.»). Il est plutôt difficile d'évoluer en ayant constamment à l'esprit ces incertitudes existentielles. «Cependant, conclut la psychologue, apprivoiser cette peur peut permettre d'expérimenter au moins autant de plaisir que d'absurdité dans nos vies!»