«J'ai marié un beau grand bonhomme, charmeur, dynamique, entrepreneur et plein de vie. C'était il y a 18 ans. Dernièrement, j'ai compris que notre fille de 17 ans avait honte d'amener son premier amoureux à la maison. "Papa est toujours évaché sur le divan et il a l'air d'un vieux zombie, m'a-t-elle lancé. Il ne se lave même plus!" Dans ma tête, je l'ai giflée! Pourtant, elle avait raison. «Depuis un an, l'homme que j'aime a disparu pour faire place à quelqu'un qui ne pense plus, ne me touche plus, ne participe plus à la vie familiale, parle à peine et se néglige à fond. Et je commence à trouver difficile de continuer à l'aimer. Après trois mois de dépression, j'ai réussi à le traîner chez le médecin, qui lui a prescrit des antidépresseurs. Il refuse de les prendre et refuse le suivi médical. Je crois qu'il nie en bloc ce qui lui arrive. Travailleur autonome, il ne met plus les pieds dans son bureau. Depuis plusieurs mois, c'est moi seule qui supporte tous les besoins de la maisonnée. Cet hiver, sentant que j'allais craquer, j'ai consulté. La psy m'a expliqué qu'il fallait que j'arrive à lui communiquer ma détresse, sinon j'allais sombrer avec lui.

Elle m'a expliqué qu'il ne faut pas materner la personne dépressive ni l'implorer de faire les choses par amour pour soi, ce qui lui mettrait une pression indue sur les épaules. Elle m'a aidée à trouver les mots: "J'observe que tu n'es plus la même personne. Je ressens beaucoup de difficulté à vivre avec toi. J'ai besoin de savoir si tu t'en rends compte." Il fallait le faire participer, au minimum, au plan de match pour s'en sortir. À ma grande surprise, il a embarqué. On y est allés pas à pas. Je garde en tête que je ne suis ni sa thérapeute ni sa mère. Je sais que l'homme que j'aime est emprisonné dans un esprit malade. La clé importante, c'est l'espoir.» Jasmine, 46 ans

 

«Notre fils de 15 ans s'est suicidé l'été dernier. Ce jour-là, mon mari, Claude, est un peu mort avec lui. Il est retraité et vit à notre maison de campagne. Je travaille et passe plusieurs jours par semaine en ville. Quand j'arrivais à la campagne, les toiles étaient baissées, la maison était à l'envers. Parfois, John n'était pas sorti depuis des jours. Il fixait le vide, ne parlait que très peu, avait perdu le goût de l'effort. Lorsque je lui ai demandé s'il voyait une lumière au bout du tunnel, il m'a répondu avec ironie que la seule lumière qu'il voyait, c'était celle du train qui fonçait sur lui à vive allure. Il refusait de consulter. Même ma menace de le quitter ne le faisait pas réagir. C'est là, justement, que j'ai saisi l'ampleur de la maladie. Claude avait perdu son jugement et sa capacité de prendre une décision juste et éclairée. J'ai usé de patience pour le convaincre de voir notre médecin. Les antidépresseurs qu'il prend aujourd'hui l'aident à se rattacher à une certaine hygiène de vie. Il vient de joindre un groupe de discussion pour les parents ayant vécu le suicide de leur enfant. Il pose des gestes concrets, et chaque jour, il fait des efforts. Ouvrir les toiles pour laisser entrer la lumière, ou lire une seule page d'un livre, sont de grands efforts pour la personne dépressive.

Je m'efforce de poursuivre ma vie, de me rattacher à ceux que j'aime et de garder la tête hors de l'eau pendant qu'il est submergé. Je me sens assez forte pour le faire. J'essaie de tirer des enseignements de vie du destin tragique de notre fils. Mon mari, lui, a sombré dans la culpabilité et il doit dénouer ses sentiments et faire la paix avec le destin. Je l'aime, mais sa maladie n'est pas la mienne. Il est présent physiquement, mais son âme est en voyage. Une fois sa dépression guérie, je garde espoir de le retrouver pour des jours heureux.» Manon, 45 ans