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- La dépression: un expert répond...
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- Comment en parler aux enfants
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- Chercher de l'aide
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- Témoignages
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- Témoignages (suite)
Le voile noir de la dépression assombrit la vie de la personne qui en souffre, mais il tombe aussi sur son entourage, le conjoint en premier. Que faire quand le mal de l'âme anéantit celui qu'on aime? Témoignages, questions et solutions.
«"Si le juge ne te permet pas de me voir, je vais me suicider." Pendant des semaines, mon fils de 12 ans a gardé dans son coeur ce secret traumatisant que son père lui avait confié. Louis, son papa, souffrait de dépression psychotique depuis trois ans et refusait de se faire soigner. Son rapport à la réalité était distordu. Il était agressif, se réfugiait dans son monde et communiquait de plus en plus mal avec sa famille et son entourage. Il s'était disputé avec ses deux meilleurs amis et les avait mis à la porte. «Je voulais croire que Louis allait bien, même s'il se levait la nuit pour discuter avec les voix dans sa tête pendant que je faisais semblant de dormir. J'avais honte. Je ne me disais pas qu'il allait guérir, je refusais plutôt de voir qu'il était malade. C'est la soeur de Louis qui a sonné l'alarme. Elle a remarqué que notre garçon était taciturne. Son entrée au secondaire était un désastre, il était devenu renfermé et ne voulait plus aller à ses pratiques de hockey. J'étais tellement prise par la situation que je ne voyais pas mon fils piquer du nez. J'ai alors compris que si moi, j'étais prête à souffrir, il était hors de question que je laisse mon fils dépérir. J'ai expliqué à mon conjoint avec beaucoup de douceur que je devais le quitter. Il m'a répondu que j'étais dangereuse pour notre enfant et qu'il devait le protéger... J'ai eu peur. J'ai fait intervenir les policiers. J'ai vu les voisins aux fenêtres. Je ne l'oublierai jamais. Ils l'ont amené à l'hôpital cette nuit-là. J'ai eu recours à la loi pour protéger mon fils de son père. Je suis séparée depuis 6 mois, Louis est en cure, et ses contacts avec notre fils sont supervisés.
«Le plus difficile dans la dépression de l'autre, c'est accepter nos propres limites à l'aider. Je lui en ai voulu de briser notre couple et notre famille. Je consulte une psy et j'apprends la compassion, car la dépression est une maladie, et non un élan de méchanceté. Mon fils est suivi en psychologie pour qu'il puisse parler librement de sa propre colère. Chacun doit ventiler sa peine. La dépression est un deuil du bonheur, c'est un naufrage pour la famille. Mais surtout, c'est une maladie qui doit être diagnostiquée et soignée.» Louise, 44 ans
«Charles, mon conjoint, a souffert de dépression majeure à l'âge de tous les possibles. Nous venions d'acheter notre première maison, après trois ans de vie commune. J'étais enceinte de notre premier enfant. Il venait d'avoir une promotion et moi, mon premier emploi dans mon domaine. La vie s'annonçait parfaite. Et je lui en ai gravement voulu d'être malade. Pendant trois mois, des gestes aussi banals que manger ou se raser lui apparaissaient comme une montagne. J'étais toujours en colère contre lui, mais il ne réagissait même pas. Le diagnostic est tombé à 31 ans: dépression majeure. Si mon chum avait eu un cancer, j'aurais été beaucoup plus compatissante, mais j'associais sa maladie à une forme de paresse. Je n'avais qu'une envie: lui mettre mon pied au derrière pour qu'il avance! «Je sais aujourd'hui que la dépression est un cancer de l'âme. Il a mis deux ans à s'en sortir et j'ai dû accepter de ne pas être en parfait contrôle de ma vie pendant cette période. J'ai eu recours à une aide psychologique, notamment pour lui pardonner de m'avoir laissée accoucher seule. J'ai fait un grand travail d'introspection pour revoir mes propres valeurs. Une amie m'a dit un jour: "Sylvie, ce n'est pas toi qui es malade, c'est lui!" Pourtant, je sais maintenant que, s'il pleut sur ton conjoint, il ne peut pas vraiment faire soleil sur toi. Mais j'ai aussi utilisé cette période pour apprendre d'autres notions de plaisir en sa compagnie: l'écoute véritable, la compassion, la patience. J'ai fait un voyage au coeur de mon amour pour lui. Maintenant, je peux dire que les gens qui traversent une dépression peuvent devenir de meilleures personnes. Je suis plus sensible à la détresse, plus empathique, plus ouverte à ce que vivent mes semblables, et mon chum aussi. Notre couple est plus fort: nous avons démoli le piédestal imaginaire sur lequel nous avions érigé un combo belle maison-belle carrière-enfants parfaits.
«Nous attendons maintenant un deuxième enfant et, à 36 ans, nous savons que nous sommes des êtres vulnérables. Le savoir nous a rendus plus forts. La dépression est un passage dans un long tunnel gris. Mon chum et moi, on ne s'est jamais lâché la main, et la vie a tellement plus de goût maintenant. Mon chum m'a dit, dernièrement, qu'il ne souhaitait la dépression à personne, mais qu'il savait que cette expérience l'avait rendu meilleur. Je l'ai embrassé langoureusement. Et je recommence chaque jour, comme si c'était notre ultime baiser!» Sylvie, 36 ans


















