L'odeur du spray-net Elnett, de L'Oréal (vous savez, la bouteille dorée?), me ramène illico à ces années, où les sandwichs coupés en triangle, l'aspic et les petits cornichons sucrés faisaient figure de délices gastronomiques dans les réceptions. Bien calée entre mes parents, sur la banquette avant de ce gigantesque Mercury Cougar d'un jaune douteux, j'ai appris par coeur ce qui allait devenir les classiques de Joe Dassin, de Tina Turner et d'Offenbach. Sur mes rôties du matin, j'étendais une généreuse couche de tartinade à la guimauve, et quand j'avais été sage, on m'offrait un grand verre de cream soda que le «livreur de liqueur» était venu déposer à notre porte, dans une caisse qui contenait aussi de l'orangeade et de la root beer. Et en visite chez grand-maman Claire, on mangeait des toasts à la graisse de rôti sur du pain blanc tranché... Ouf!

Peu importe notre âge, peu importe d'où l'on vient, peu importe notre histoire familiale, on prend toutes un malin plaisir à remonter le fil du temps pour faire apparaître sur notre écran mental des souvenirs aux couleurs surannées. Une saveur, une odeur, un élément de décor peuvent réveiller une anecdote profondément enfouie dans notre mémoire. Et la mémoire, on le sait, est une fonction formidable... et complètement sélective. On garde ce qui fait notre affaire, on oublie le reste, et c'est très bien ainsi.