Et puis un jour, en m'imaginant 30 ans plus tard, vieille et sans le sou, je me suis exclamée: «Cash et damnation! Il va bien falloir que je me mette à économiser.» Ainsi naquit Miss Cheap, gestionnaire de ma PME. Ne riez pas. Certes, Miss Cheap est toujours à deux cennes du bonheur et, comme à Séraphin, l'idée seule de dépenser lui donne des frissons. Mais grâce à elle, je suis devenue une chasseuse d'aubaines futée. À force de me faire taper sur les doigts, j'ai pris l'habitude de réfléchir deux fois avant de consommer. Tss-tss! On attend que les bottes convoitées soient soldées avant de les acheter. Et on remet illico sur le présentoir cette écharpe trop chère qui ne va avec rien. Oui, madame!

Même si Miss Cheap me fait parfois l'effet d'un éteignoir (parce qu'il faut en plus surveiller sa consommation d'électricité!), je lui dois une fière chandelle. Pendant qu'elle se réjouit de toutes ces belles économies en se frottant les mains, pour ma part, je savoure le fruit de mes sacrifices répétés. Au bout du compte, je constate que les 70 $ que j'ai épargnés sur les fameuses bottes ont aidé à financer un condo dans Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, ensuite, plus tard, une maison à Saint-Bruno et, encore plus important, un billet d'avion pour aller chercher fiston au Mali. Petites économies vont loin.