Certains événements familiaux peuvent souder les liens entre soeurs. «Dans un milieu dysfonctionnel, par exemple, elles peuvent devenir très solidaires et faire front commun pour s'autoéduquer», souligne Florence Marcil Denault. L'écart d'âge et le rang dans la famille influencent également la nature de nos relations. Carole, 44 ans, la dernière d'une famille de neuf enfants dont sept filles, trouve que son statut de benjamine nuit à ses relations avec ses soeurs.

«Elles sont incapables de me voir autrement que comme le bébé de la famille, voire comme une étudiante. C'est réducteur et décevant.» De son côté, l'aînée peut avoir du mal à cesser de materner ses jeunes soeurs. Quant à celle du milieu, dont le rôle est moins bien défini, elle doit être inventive pour attirer l'attention. «C'est souvent le clown de la famille», illustre Vikki Stark.

Même si on aura toujours le même rang, on ne doit pas conclure pour autant que les rôles sont immuables. «Les positions peuvent changer. La famille n'est que le point de départ vers la socialisation. Dans notre travail, dans nos amours, on peut prendre d'autres rôles», explique Maryse Vaillant, psychologue clinicienne et coauteure du livre Entre soeurs, une question de féminité. Si, à Noël, la plus jeune joue avec les enfants pendant que la grande prépare le souper, les rôles ne changeront pas. Il faut agir en conséquence. La cadette pourrait donc organiser la fête familiale au lieu de laisser l'aînée s'en charger. On peut aussi aborder le sujet ouvertement, expliquer comment on aimerait être considérée. «Mais il faut se donner du temps, met en garde Vikki Stark. Cela peut prendre plusieurs années avant que les attitudes changent.»

Carole a décidé de laisser le temps arranger les choses. «Je ne prends plus le rôle de petite que mes soeurs veulent me donner. Mais je constate que ce n'est pas facile pour elles: me chouchouter, c'est ancré dans leurs gènes!»