Ce que je veux vraiment pour Noël? Oh! la belle question! Dans notre magnifique dossier à la page 38, quelque 84 personnes y ont répondu.
Touchantes, originales, sincères, surprenantes, leurs envies concernent, pour la plupart, le désir d'être ensemble et de prendre le temps. Ou carrément de l'arrêter, ce temps qui nous manque toute l'année durant. Si c'est votre cas, c'est tout le bonheur que je vous souhaite: accomplir ce qui vous tient à coeur à un rythme qui sera le vôtre, et pas celui de la voisine.
Pour ma part, mes souhaits de Noël tournent autour des souvenirs que je m'applique à édifier. Ces traditions que je voudrais développer pour qu'une fois devenus adultes mes enfants se souviennent du temps des fêtes comme d'une période de grande douceur. Pour qu'une odeur évoque en eux un moment précis. Pour qu'une mélodie vienne réveiller une émotion endormie. Pour qu'une saveur ravive une sensation oubliée. Dans le but de construire ces souvenirs, j'ai entrepris, il y plusieurs années, de collectionner les boules de Noël. Année après année, me disais-je, j'allais installer dans mon immense sapin ces boules qui, chaque fois, allaient ramener à ma mémoire un instant volé. Achetées en voyage ou offertes par des amis chers, elles représentaient des moments forts de ma vie, et, un jour, j'allais les offrir, tel des bijoux précieux, à mes enfants pour qu'ils reprennent le collier. Mais voilà, les choses ne se déroulent pas toujours comme on les prévoit.
L'an dernier, quelque part autour du 20 décembre, alors que nous avions passé l'après-midi à décorer le roi des forêts qui trônait au coeur de la maison, un immense vacarme est venu me tirer de mon sommeil. Un voleur? Non, pas assez subtil. Un enfant tombé du lit? Non, beaucoup trop fort. Sur la pointe des pieds, je suis sortie de ma chambre pour me rendre compte que mon sapin, mon beau sapin aux mille ornements, venait de s'effondrer sur le plancher de la salle à manger! Catastrophe! J'ai eu envie de pleurer comme une fillette. Un an plus tard, je cherche mes mots pour vous dire la peine que j'ai ressentie à cet instant précis. Cette image de mon sapin gisant au sol, avec, autour de lui, des éclats de verre de toutes les couleurs, me revient encore par moments. Et puis, il a bien fallu le ramasser. Et me ramasser. J'ai découvert avec joie que certaines boules, plus fortes, avaient survécu à l'impact, alors que d'autres, toutes fragiles, étaient devenues méconnaissables tant elles étaient émiettées. J'ai découvert aussi que les souvenirs ne résident pas dans les objets, mais qu'ils vivent entre nos deux oreilles. Que les joies associées à chacune de ces boules ne s'étaient pas volatilisées au moment où le sapin s'est écroulé. Et surtout, que, malgré l'intensité de ma peine au moment de l'incident, rien ne m'empêchait de poursuivre ma collection et de lui donner un second souffle. Certes, la boule en forme de chat que j'ai achetée à la naissance de Simone ne sera plus jamais là, mais, cette année, j'offrirai à ma grande le privilège de s'en choisir une elle-même parmi toutes celles qui lui feront envie.
Dans quelques semaines, ce sera mon premier Noël sans ma collection si bien garnie. Mon sapin sera fort différent. Plus épuré, sans doute. Mais peut-être aussi un peu plus vrai. Moins tape-à-l'oeil. Et il sera témoin de nombreux souvenirs en construction, avec ou sans ses mille boules colorées! À tous et toutes, je vous souhaite un temps des fêtes rempli de douceur dont vous vous souviendrez longtemps.















