Vivre avec un corps nouveau
Si on va de l'avant avec la chirurgie, il faut y consacrer du temps. La convalescence peut être longue avant qu'on puisse reprendre une vie normale. Outre l'enflure et les ecchymoses, il faudra quelques semaines voire des mois avant de pouvoir réellement apprécier une chirurgie. Mais surtout, il faut du temps pour s'adapter à son nouveau soi et à sa nouvelle image. Certaines vivent le début d'un temps nouveau dès les points de suture disparus. D'autres sont émotives, sinon ébranlées après l'opération. «Certaines personnes se remettent plus difficilement. S'il le faut, on les verra chaque semaine. Généralement, l'émotivité diminue avec le temps. Mais si vraiment ça ne va pas, on va suggérer une aide psychologique», dit le Dr Charbonneau.

Certaines interventions sont discrètes, d'autres sont plus évidentes. Elles susciteront des commentaires, des questions et probablement... des potins. On doit être prête à faire face à la musique en réfléchissant aux changements possibles dans nos relations et dans le regard des autres. La chirurgie comporte encore son lot de tabous; les réactions pourront être bien différentes selon les milieux et les individus. Cela pourrait éveiller l'envie chez certaines, un regard désapprobateur chez d'autres. On doit s'y préparer. Bref, il faut questionner dès le début les vraies raisons qui nous mènent vers la chirurgie, cultiver des attentes réalistes par rapport aux résultats et ne pas y prêter une importance démesurée. Car la chirurgie doit être ni plus ni moins qu'un moyen de continuer à s'aimer - et non pas un moyen de s'aimer ou de se faire aimer.

Une expérience plus ou moins satisfaisante
Isabelle, 33 ans: augmentation mammaire il y a 3 ans et demi

«Mes seins avaient toujours été un peu tombants, mais, après deux grossesses, ils étaient non seulement plus tombants mais vides sur le dessus. C'est devenu un véritable problème après ma séparation, à l'âge de 28 ans. J'étais très complexée à l'idée de rencontrer quelqu'un de nouveau; un homme qui n'était pas le père des enfants, qui n'avait pas vu mon corps évoluer. «L'homme qui est devenu mon nouveau conjoint a cinq ans de moins que moi. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser qu'il était habitué à sortir avec des filles plus jeunes qui n'avaient pas eu d'enfants. Je me sentais mal à l'aise avec tout cela, même s'il ne m'avait jamais fait sentir qu'il ne trouvait pas cela beau. D'ailleurs, au début, il n'était pas très emballé par l'idée d'une chirurgie. L'élément déclencheur a été un gros montant d'argent inattendu. Je ne me serais jamais endettée pour des nouveaux seins. «À 30 ans, j'ai plongé. C'est le médecin qui m'a conseillé une augmentation mammaire pour remonter ma poitrine plutôt qu'un redrapage, un choix dont je ne suis pas complètement satisfaite. Mes seins sont plus beaux, mais je m'attendais à mieux. Ils sont toujours tombants, sauf qu'ils sont plus gros. De plus, après la chirurgie, j'étais portée à m'examiner, à remarquer les défauts davantage, même s'ils étaient là auparavant.

«La première année a été difficile. Je n'étais vraiment pas sûre d'aimer le résultat. Si c'était à refaire, j'opterais pour des prothèses plus petites: je suis passée d'un B à un gros D! De plus, un an après ma chirurgie, j'ai eu un autre enfant, et ma poitrine a encore augmenté. Ce n'est pas toujours évident à assumer, une grosse poitrine. Ça change le regard des autres. Je crois que ma chirurgie m'a aidée à être plus à l'aise dans les moments d'intimité, mais ça n'a rien changé dans ma vie de tous les jours. Je ne suis pas plus ou moins heureuse qu'avant ma chirurgie. C'est pareil. Je ne crois pas que j'aurai une autre chirurgie.»