En 2003, lors d'un sondage téléphonique, Elsa s'est fait poser la question suivante: «Si vous deviez mourir demain, est-ce que vous auriez l'impression d'avoir accompli tout ce que vous aviez à accomplir?» Elsa, qui n'a alors que 35 ans, répond aussitôt par la négative. Après avoir raccroché, elle se demande bien pourquoi. C'est là que les réponses fusent à la vitesse grand V.

Pour commencer, elle veut des enfants. Ensuite, elle aimerait se réconcilier avec son frère, terminer et publier le roman qu'elle écrit entre deux contrats, passer à Tout le monde en parle, aider plus de gens autour d'elle en faisant du bénévolat, habiter au bord de la mer, visiter le Japon, voir Prague et Amsterdam, devenir ceinture noire de judo, prendre soin de ses parents lorsqu'ils seront vieux et, enfin, être présente pour ses futurs enfants tant et aussi longtemps qu'ils auront besoin d'elle.

Sans se douter qu'elle a ainsi spontanément établi sa liste de vie, Elsa se sent depuis beaucoup plus sereine. «Ça m'a permis d'identifier clairement mes principaux objectifs pour les années à venir et, par ricochet, de diriger mes efforts de façon mieux ciblée, confie cette traductrice de 41 ans. Car le jour où j'aurai rayé tous les éléments de cette liste, je serai certaine d'avoir réussi ma vie. En tout cas, je n'aurai pas de regrets.»

Vive les listes de vie!
Pour nous faire bouger, dresser notre liste de vie est un exercice nettement plus efficace que les résolutions du Nouvel An. Aux États-Unis, à en juger par le nombre impressionnant d'adhérents à des sites comme My Life List, 43 Things ou Super Viva, il est peut-être même plus populaire que les redressements assis ou les pompes. Surprenant? Pas tant que ça. Car, grâce à cette liste, qui ressemble finalement beaucoup à une liste d'épicerie, on peut aller jusqu'à gravir l'Everest.

Pour celles qui n'ont encore jamais entendu parler de ce genre de liste, le principe est on ne peut plus simple: au lieu de noter tout ce qui manque dans le frigo, on note tout ce qu'on tient réellement à accomplir au cours de notre existence. «La liste de vie exige bien sûr un peu plus de réflexion, puisqu'on doit sérieusement se demander ce qu'on souhaite faire avant de mourir pour ne pas avoir le sentiment de passer à côté de quelque chose d'important, explique Mélissa Lemieux, coach de vie professionnelle et auteure des agendas Une année pour moi! Quelqu'un qui ne prend pas le temps d'effectuer ce travail d'introspection aura plus de difficulté à donner un sens à sa vie.»

La psychologue Marie Claude Lamarche le confirme: «Le geste de rêver est essentiel parce qu'on se projette dans le bonheur. Les "je vise l'achat de ma maison d'ici deux ans" nous fixent des buts à moyen et à long terme dont la réalisation est à la fois jouissive et gratifiante. Sans eux, on n'a ni guide ni dessein, et le vide qu'ils laissent peut permettre à la dépression de s'immiscer plus facilement dans notre quotidien. La liste de vie est un outil à la portée de toutes pour ne pas avoir à se dire un jour "j'aurais donc dû" ou se retrouver à prendre des pilules.»