L'ordinateur, un moyen de faire mal?

Par
Nathalie Vallerand
Publié:
7 avril 2008
Mise à jour:
19 mars 2009

Internet et les cellulaires, bien que pratiques, ont cependant un effet pervers: même la maison n'est plus un refuge contre l'intimidation.

Les professeurs sont bien placés pour constater l'ampleur du phénomène. Élaine, une enseignante de 6e année qui préfère taire son nom, rapporte que des cas sont survenus dans sa classe au cours des deux dernières années. «La dernière fois, une élève de 11 ans qui venait d'arriver dans l'école a été un peu maladroite dans ses tentatives d'intégration. Elle a été prise en grippe par un groupe de garçons qui se sont mis à la bombarder de messages d'insultes à caractère sexuel.» La jeune fille s'est confiée à Élaine, qui est intervenue auprès des garçons pour qu'ils cessent leur manège.

Chantal Gendron, qui enseigne en 5e et 6e année dans une école montréalaise, juge dorénavant nécessaire d'aborder le sujet lors de sa première rencontre avec les parents en début d'année scolaire. «La plupart n'ont aucune idée de ce que leurs enfants font sur Internet. À plus forte raison lorsque ceux-ci ont un ordinateur dans leur chambre! C'est d'ailleurs le pire endroit pour le placer, car l'utilisation d'Internet doit être encadrée.» L'enseignante sait de quoi elle parle. L'an dernier, six élèves de sa classe clavardaient entre eux le soir. Malheureusement, leurs échanges se résumaient à des insultes. «Le matin, certains élèves entraient en classe en pleurant. Je devais régler les disputes de la veille! Cela rongeait du temps de classe en plus de miner le climat du groupe.» Chantal Gendron a dû également venir en aide à une fillette, terrifiée par des messages menaçants envoyés par un ado qu'elle ne connaissait pas. «Il lui promettait de venir dans la cour d'école lui casser les deux jambes.»

Se cacher derrière l'écran
«On dit des choses par le biais d'Internet qu'on n'oserait jamais se dire en personne», a réalisé France après la mésaventure de son fils. Cela découle sans doute de l'absence de contact direct, principale différence entre la cyberintimidation et l'intimidation classique. «L'intimidateur ne voit pas la peine qu'il cause, dit Bernard Desrochers, directeur des services cliniques de Jeunesse, j'écoute, à Montréal. Cela lui paraît irréel. Il a moins l'impression de blesser.» L'intimidateur peut même rester anonyme ou prétendre être quelqu'un d'autre. Cette distance fait en sorte qu'il peut frapper sa cible sans éprouver aucune empathie. Elle rend aussi le harcèlement plus accessible: des jeunes, qui n'intimideraient pas en personne, n'ont aucun scrupule à le faire via un clavier d'ordinateur.

Une autre particularité de la cyberintimidation, son potentiel multiplicateur, la rend particulièrement dévastatrice. L'intimidation, en effet, n'est plus limitée dans le temps et dans l'espace. En un rien de temps, les images compromettantes ou les mots haineux peuvent être vus par des milliers de personnes. Résultat? Les victimes peuvent se sentir encore plus accablées et impuissantes. On se rappellera peut-être une affaire qui a fait grand bruit en 2003. Un adolescent québécois de 15 ans s'était filmé en train d'imiter un chevalier Jedi. Des camarades de classe ont mis la main sur le clip, l'ont numérisé et mis en ligne. Cette performance a fait le tour du monde et a été vue par des millions d'Internautes. Le jeune homme, surnommé le Star Wars Kid, est devenu la risée de tous et a dû quitter l'école. Dépressif, il a eu besoin de soins psychiatriques.

Plus récemment, des ados de 13 ans de Gatineau, en Outaouais, ont été suspendus de leur école pour avoir diffusé sur le site YouTube une vidéo d'un enseignant engueulant vertement sa classe. Il semble que le coup avait été planifié. Les élèves avaient fait exprès de pousser le professeur à bout et l'avaient filmé avec un cellulaire. La cyberintimidation envers les enseignants serait d'ailleurs en progression au Québec.

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