Se cacher derrière l'écran
«On dit des choses par le biais d'Internet qu'on n'oserait jamais se dire en personne», a réalisé France après la mésaventure de son fils. Cela découle sans doute de l'absence de contact direct, principale différence entre la cyberintimidation et l'intimidation classique. «L'intimidateur ne voit pas la peine qu'il cause, dit Bernard Desrochers, directeur des services cliniques de Jeunesse, j'écoute, à Montréal. Cela lui paraît irréel. Il a moins l'impression de blesser.» L'intimidateur peut même rester anonyme ou prétendre être quelqu'un d'autre. Cette distance fait en sorte qu'il peut frapper sa cible sans éprouver aucune empathie. Elle rend aussi le harcèlement plus accessible: des jeunes, qui n'intimideraient pas en personne, n'ont aucun scrupule à le faire via un clavier d'ordinateur.
Une autre particularité de la cyberintimidation, son potentiel multiplicateur, la rend particulièrement dévastatrice. L'intimidation, en effet, n'est plus limitée dans le temps et dans l'espace. En un rien de temps, les images compromettantes ou les mots haineux peuvent être vus par des milliers de personnes. Résultat? Les victimes peuvent se sentir encore plus accablées et impuissantes. On se rappellera peut-être une affaire qui a fait grand bruit en 2003. Un adolescent québécois de 15 ans s'était filmé en train d'imiter un chevalier Jedi. Des camarades de classe ont mis la main sur le clip, l'ont numérisé et mis en ligne. Cette performance a fait le tour du monde et a été vue par des millions d'Internautes. Le jeune homme, surnommé le Star Wars Kid, est devenu la risée de tous et a dû quitter l'école. Dépressif, il a eu besoin de soins psychiatriques.
Plus récemment, des ados de 13 ans de Gatineau, en Outaouais, ont été suspendus de leur école pour avoir diffusé sur le site YouTube une vidéo d'un enseignant engueulant vertement sa classe. Il semble que le coup avait été planifié. Les élèves avaient fait exprès de pousser le professeur à bout et l'avaient filmé avec un cellulaire. La cyberintimidation envers les enseignants serait d'ailleurs en progression au Québec.


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