L'ordinateur, un moyen de faire mal?

Par
Nathalie Vallerand
Publié:
7 avril 2008
Mise à jour:
19 mars 2009

Internet et les cellulaires, bien que pratiques, ont cependant un effet pervers: même la maison n'est plus un refuge contre l'intimidation.

France en est encore toute bouleversée. Un soir de septembre dernier, son fils de 12 ans la rejoint au salon, en larmes. Il vient de recevoir un courriel d'un ami avec lequel il est en froid. Un courriel très particulier. «J'ai été abasourdie par ce que j'ai lu à l'écran. C'était un message d'insultes avec des mots très durs. Et le garçon terminait en disant: "À ta place, je me suiciderais" c'est plus difficile puisqu'il y a eu un suicide dans ma famille. Mon fils, dont l'estime de soi est déjà faible, était démoli.»

Catherine, 13 ans, a elle aussi vécu une mauvaise expérience avec son moyen de communication favori. «Je "chattais" sur MSN avec ma meilleure amie et nous échangions des trucs très personnels sur les garçons, nos rêves, etc. Je ne sais pas pourquoi, mais elle a fait suivre mes réponses à plein d'autres jeunes de l'école. Après, tout le monde connaissait mes secrets. J'ai fait rire de moi dans la cour d'école, j'ai reçu des messages MSN insultants. Ça a duré deux mois. Je n'en pouvais plus.»

Il n'y a pas si longtemps, l'intimidation survenait à l'école ou au parc. Elle sévit maintenant dans le cyberespace, d'où le terme «cyberintimidation». Cette forme moderne d'intimidation implique l'utilisation de technologies comme le courriel, les messages textuels envoyés par cellulaire, la messagerie instantanée et les sites Internet, pour injurier, menacer, humilier quelqu'un ou répandre des rumeurs sur lui ou elle. La plupart du temps, elle est initiée par des «amis» ou des connaissances de la victime plutôt que par des étrangers.

Plus de 70 % des jeunes ayant répondu à un sondage en ligne mené en décembre 2006 et janvier 2007 par Jeunesse, j'écoute ont dit l'avoir subie (une statistique qui peut toutefois être gonflée par la tendance probable des victimes à répondre en plus grand nombre que les intimidateurs). Une enquête du Réseau Éducation-Médias réalisée en 2005 auprès d'élèves canadiens arrivait quant à elle à un résultat de 27 %, ce qui est vraisemblablement plus près de la réalité.

Difficile, cependant, de brosser un portrait de la victime type. Mais les filles font davantage l'objet d'humiliations en ligne que les garçons, selon une autre enquête, américaine cette fois. Et, contrairement à ce qu'on pourrait croire, les enfants du primaire sont davantage touchés par la cyberintimidation que ceux du secondaire. Le pic se situerait entre 11 et 13 ans. «À cet âge, ils ont peu de règles, ils expérimentent, note Emmanuelle Erny-Newton, conseillère au Réseau Éducation-Médias. Ils sont donc plus vulnérables.» Fait à noter, ils sont non seulement victimes, mais aussi agresseurs.

La messagerie instantanée (ex.: MSN), qui permet de communiquer simultanément et en temps réel, arrive au premier rang des moyens qu'ils utilisent. «Les méthodes qui demandent plus de connaissances, comme la création d'un site haineux, sont le fait des plus vieux», précise la spécialiste.

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