J'ai complété ma famille
L'adoption de Laurie était un projet de couple; celle de Marion, un projet de famille. Laurie est venue en Chine avec nous pour chercher sa petite soeur. Stéphane et moi tenions à ce qu'elle vive ces événements. Tout était très positif pour elle jusqu'à ce que Marion devienne une réalité. Le lendemain de l'adoption, en route vers le bureau du notaire, Laurie m'a dit qu'elle se sentait seule. J'avais le coeur gros, mais les bras pleins. Je lui ai juré que Maman avait fait la même chose pour elle, soit la rassurer, la cajoler, la protéger et lui donner le temps de nous adopter, nous aussi. Pour une petite Chinoise, un humain à la peau claire et aux yeux bleus peut paraître effrayant. Notre odeur, notre timbre de voix... tout est si étranger. Alors que Laurie avait mis cinq minutes à nous sourire, Marion a mis deux jours à nous accepter! «Une fois à la maison, quand Laurie a compris que sa soeur était un bébé de 11 mois qui pleure, qui prend ses jouets et qui dérange sa vie d'enfant de 4 ans, elle m'a dit: "Maman, j'aimerais qu'on retourne Marion en Chine." Je lui ai expliqué que nous étions sa famille, que nous nous aimions et que nous n'allions jamais nous séparer. Je lui ai demandé si elle aimerait être renvoyée en Chine. Elle avait les yeux ronds devant une telle improbabilité, mais l'idée lui a permis de comprendre que notre famille s'était transformée, que j'aimais Marion comme je l'aimais, elle, et que cela n'allait jamais changer. À partir de ce moment, Laurie a accepté de devenir la grande soeur de Marion, de la protéger, de l'aimer.
Je vois parfois dans le regard de certaines personnes qu'elles ne comprennent pas notre amour. En adoption, dès qu'on reçoit la photo de l'enfant qui nous est destiné, on enregistre sa binette dans notre coeur. On est déjà sa mère, mais on est prise à l'autre bout du monde. Viennent alors les angoisses et les questions. Est-elle bien traitée? en santé? Vais-je l'aimer? Combien de temps à attendre? Va-t-elle vouloir de moi? Quand j'ai tenu pour la première fois mes enfants dans mes bras, je n'ai plus douté. Je ne douterai jamais plus. «Mes filles ne sont pas de mon sang, mais elles sont ma vie. Quand elles me font un gros câlin en me donnant de petites tapes dans le dos et en me disant "maman", je me répète, la gorge serrée, que la maternité est la plus belle chose qui me soit arrivée. On me dit parfois qu'elles sont chanceuses d'être "tombées" chez nous. Moi, je sais que je suis privilégiée d'avoir été choisie par la vie pour devenir la mère de ces filles-là. À Noël, cette année, nos plus beaux cadeaux passeront la nuit du réveillon en pyjama.»












