Christine Locas, 35 ans
J'ai tout quitté pour faire ce que j'aime
«À la fin de mes études en communication, j'ai été embauchée aux affaires corporatives chez Hydro-Québec. En 10 ans, j'ai travaillé avec les gros noms de l'entreprise. J'ai vite rempli des mandats internationaux. J'ai été nourrie et valorisée par ce que les autres pensaient de moi. Je répondais à la demande, je "performais". Puis, sont venues les premières sensations d'étouffement, le stress continuel, l'insomnie, les larmes. Je me suis retrouvée au bord de l'épuisement professionnel. J'ai pris une première pause de deux mois, et j'ai entrepris une psychothérapie. Par intérêt, j'ai aussi commencé une formation en massothérapie shiatsu, une technique inspirée de la médecine chinoise traditionnelle.

De retour au bureau, il m'a fallu un an et demi pour constater que j'avais besoin d'une plus longue réflexion. J'ai alors pris un congé sans solde de 9 mois et je suis partie pour 40 jours de marche à Compostelle avec mon père de 75 ans. Sur cette route, j'ai compris bien des choses. Notamment, que je voulais des enfants et que je menais une vie qui ne laissait aucun espace à ce projet. Que je devais participer activement à la réalisation de mon destin. Pendant cette introspection, j'ai nourri le rêve d'une vie différente. Quand je suis retournée au travail, un mardi de juillet, j'avais changé. Je voulais réinventer ma vie. Après quatre jours au bureau, j'ai demandé à Martin, mon conjoint, de sortir le fichier Excel. "Je veux connaître notre situation financière si je lâche ma job!" Il m'a assuré qu'on allait se débrouiller. Ce changement s'imposait. Il venait de l'intérieur. Hydro avait beau être un bon employeur, m'offrir de prolonger mon congé, de me soutenir, je savais que la réponse à mon bonheur était ailleurs. Dans ma tête, j'étais déjà partie. Il me fallait agir. Je devais démissionner. À l'annonce de mon départ, j'ai reçu des encouragements, et non des jugements. Les gens me félicitaient. Certains m'enviaient. Je ne voulais pas échanger mon bonheur contre un fonds de pension béton. J'avais décidé que le shiatsu serait mon nouveau métier. Pour faire le saut, j'ai dû accepter l'idée de prendre des risques et, donc, de me tromper, moi qui ne m'étais jamais accordé cette permission. C'est le soutien total de mon conjoint, allié à l'apprentissage, à l'intégration et à l'application de l'approche shiatsu (qui favorise le contact avec soi-même), qui m'a amenée à faire des choix qui me convenaient. Le shiatsu implique un processus de transformation pour le thérapeute. L'écoute du corps est à la base de cette technique. J'ai souffert de stress. Il m'importe maintenant de tendre la main à ceux qui en souffrent.

Je veux mener une vie à la mesure de mes désirs, et non un tracé imposé. Je n'ai pas assassiné la professionnelle en moi: je fais autre chose, autrement. Je mets mes qualités, mes atouts et mon expérience au service d'un autre dessein. Surtout, je vis en accord avec mes valeurs profondes. C'est le cadeau d'une vie.»