C'est le bouquet!

Véronique Raymond, 37 ans, sans enfants, est une ex-fonctionnaire devenue femme de théâtre. Stéphanie Breton, 30 ans, sans enfants, est comédienne et patineuse professionnelle. Gaële Cluzel-Gouriou, 27 ans, est artiste, entrepreneure et nouvelle maman. Véronique Bessette, 27 ans, sans enfants, est coiffeuse et perruquière. Unies par le théâtre, ces quatre artistes à l'esprit libre expriment sur scène leur besoin de défier les limites, d'avoir un impact sur le public, de brasser la cage. Elles affirment qu'ensemble elles ont l'impression d'être invincibles!

Autour de la table se déploie un groupe atypique. Bien qu'elles soient toutes les quatre fonceuses, indépendantes et dotées d'un sens de l'humour manifeste, chacune a son style, ses goûts, ses aptitudes. Ensemble, elles dégagent un intéressant mélange d'énergies: exubérance, douceur, rigolades complices et réflexions métaphysiques. Gaëlle résume joliment: «Je crois qu'on nous perçoit comme un bouquet de charme: nous avons toutes une couleur et une odeur différente, mais elles s'harmonisent parfaitement. Il y en a pour tous les goûts!» Elles se sont rencontrées dans différents contextes: certaines dans les cours de théâtre à l'école secondaire, d'autres au théâtre professionnel. Gaëlle et Véronique Raymond ont même déjà été colocataires. Les quatre sont devenues très proches en raison des nombreux projets artistiques auxquels elles ont collaboré sous le nom de Pretium Doloris. Stéphanie raconte: «Le climat en répétition est propice aux rapprochements. Et pendant les représentations, on vit en grande promiscuité.» Véronique Bessette dit trouver rassurant de faire équipe avec ces trois amies. «Ces expériences ont été magiques et déterminantes. Quand je monte un show, c'est avec elles que je veux travailler», ajoute Véronique Raymond. Assises sur des bûches ayant servi pour une production précédente, elles s'installent parfois dans le local de répétition pour concevoir leur prochain projet. Pendant qu'une tape à l'ordi, les autres sont au téléphone, histoire de dénicher des collaborateurs. «C'est toujours un plaisir de nous retrouver ainsi avec nos textes, nos portables et nos téléphones à la main, parfois aussi avec un verre de vin!»

Elles ne se voient pas nécessairement souvent, mais lorsqu'elles se lancent dans un projet, elles ne se quittent plus pendant des semaines.: «C'est le théâtre qui nous réunit physiquement, à des moments spécifiques, dit Véronique Raymond. Mais le reste du temps, il y a toujours une circulation d'information entre nous, via courriels, Facebook, Twitter, Skype. On se parle presque tous les jours, et pas forcément pour discuter théâtre.» Leur amitié va donc bien au-delà de cette passion commune. «Il n'y a pas si longtemps, j'étais dans le bain tandis que Véro Raymond me tenait la main en comptant mes contractions...» raconte Gaëlle. Elle ajoute que leur solidarité est remarquable, malgré les divergences d'opinions ou de valeurs. «Si l'une de nous vit un moment important, on vit toutes un moment important. On embarque à pieds joints dans l'aventure de chacune, on s'implique, on vit toutes les émotions par ricochet, et on se tient au courant», dit-elle.

Un moment qui a marqué leur amitié, c'est lorsqu'elles ont dû partager un secret pendant un certain temps: les premières semaines de la grossesse de Gaëlle. «Quel plaisir d'être de connivence autour d'un secret tissé de joie!» se souvient Stéphanie. Gaëlle révèle: «On était en production et ce n'était pas le bon moment pour l'annoncer. Ça m'a fait du bien de me sentir soutenue et protégée par ma gang de filles. Ma grossesse a d'ailleurs ouvert une autre facette de mon amitié avec elles.» Véronique Bessette poursuit: «J'ai senti moi-même beaucoup de soutien et de compassion lorsque j'ai été hospitalisée pendant quelques semaines, même si mes amies respectaient le fait que je préférais ne pas recevoir trop de visiteurs. Je recevais régulièrement leurs messages par Internet. Et il m'est arrivé de me réveiller et de trouver un petit cadeau sur ma table de chevet...» Elle souligne d'ailleurs que c'est un nouveau projet de théâtre qui lui a donné la force de se remettre sur pied. «Ça m'a motivée à guérir. J'avais besoin de quelque chose sur quoi centrer mon intérêt. Quand les filles m'ont dit que j'avais encore ma place dans le spectacle, j'ai été très touchée, et ça m'a donné le courage de continuer.»

Elles ont aussi été séparées à quelques occasions, notamment lorsque Gaëlle est partie pendant neuf mois suivre une formation en jeu à New York. «En plus, je traversais une rupture amoureuse. J'avais besoin d'elles. Heureusement qu'on communiquait régulièrement par courriel! Cela dit, je me suis très bien adaptée là-bas et j'ai vécu de très beaux moments. Mais lorsque je suis revenue à Montréal, j'ai réalisé à quel point il était important pour moi d'avoir mes amies à proximité. Et pour cette raison, même si j'aime l'aventure et les voyages, je ne crois pas que je pourrais à nouveau m'installer à l'étranger. Mes amies me sont essentielles.»