Héréditaire, le divorce?
La question se pose particulièrement pour les enfants qui ont vécu la séparation de leurs parents. Ceux qui étaient enfants au milieu des années 1970, lorsque le nombre de divorces au Québec a grimpé en flèche, sont maintenant en âge de divorcer à leur tour. Imitent-ils leurs parents?
Oui, constate Céline LeBourdais, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en Statistiques sociales et changement familial: «Les différentes recherches menées dans le monde montrent que les enfants de parents séparés divorcent davantage que ceux de parents unis. Ils ont aussi tendance à se mettre en union plus tôt dans leur vie et à préférer l'union libre au mariage.» Elle souligne toutefois qu'on manque de données pour assigner une cause unique à ce phénomène. Ces jeunes adultes divorcent-ils parce que leur famille a connu des difficultés financières à la suite du divorce, ce qui a nui à leurs chances de compléter leurs études, de trouver un bon boulot, de bien se lancer dans la vie? Est-ce parce qu'ils se mettent en couple trop rapidement (les unions précoces sont plus fragiles) ou parce qu'ils jugent le divorce plus acceptable puisque leurs parents y ont eu recours? «On pense que la réponse est un mélange d'influences, mais on arrive mal à discerner laquelle est la plus importante.»
Il ne faudrait toutefois pas en conclure que tous les enfants de parents divorcés vont fatalement se séparer à leur tour. Ils sont peut-être plus à risque, mais la façon dont la relation de leurs parents s'est terminée y est aussi pour beaucoup. «Quand ça se passe bien, que les parents se séparent dans une relative harmonie, l'enfant risque beaucoup moins d'en être affecté, atteste Michel Lemieux. Ça peut même l'amener à reconnaître ce qui ne marche pas dans un couple et à éviter de répéter les mêmes erreurs.»
C'est le cas de Joëlle. Le divorce de ses parents, qui s'est assez bien déroulé, n'a pas ébranlé son désir d'une union stable et durable. La jeune femme de 34 ans croit même que le divorce de ses parents contribue à la réussite de son couple, qui dure maintenant depuis sept ans. «La principale raison pour laquelle mes parents ont divorcé, c'est qu'ils travaillaient énormément tous les deux et qu'ils n'allouaient pas assez de temps à leur vie de couple, explique-t-elle. Aujourd'hui, je sais l'importance que ça a.»
Plus on prend conscience tôt des lacunes du modèle parental, moins on risque de les reproduire. Plus encore: «les enfants qui ont eu la chance de grandir dans des familles qui ont divorcé sereinement s'aperçoivent que les individus doivent parfois effectuer des changements très difficiles dans leur vie, mais que ceux-ci peuvent apporter des résultats positifs», écrivent les auteurs de Les Enfants-adultes du divorce.










