Quand la panne est temporaire
La plupart des couples connaissent, à un moment ou un autre, un passage à vide dans leur vie sexuelle. Il peut être dû à un événement difficile (maladie, dépression, emploi perdu) ou à des circonstances qui laissent peu de place à la vie amoureuse (arrivée des enfants, surcharge de travail, soucis qui ne lâchent pas prise). Dans tous les cas, le résultat est souvent le même: le couple s'oublie et le désir vient à manquer dans la chambre à coucher. Une fois passée la lune de miel des débuts, quand il devient moins impératif de se dévorer tout rond à la moindre occasion, c'est la vie, tout bêtement, qui reprend. Et le quotidien, avec son lot de responsabilités, peut prendre toute la place, laissant la sexualité en plan. «Quand on est trop prise par le quotidien, il y a en effet de fortes chances qu'on s'investisse moins dans son couple, explique Manon Chrétien, sexologue clinicienne et psychothérapeute. Et en n'accordant pas d'importance au couple, en ne s'accordant pas de moments d'intimité - du bon temps à deux pour aller au resto, par exemple -, on perd l'occasion de se rapprocher et de nourrir notre désir sexuel.»

Nicole, 40 ans, ne peut s'empêcher d'évoquer avec nostalgie la belle époque, celle d'avant les enfants. «Je me rappelle comme si c'était hier qu'on s'était demandé, mon chum et moi, ce qui pourrait bien nous empêcher de faire l'amour chaque jour. La perspective de sauter ne serait-ce qu'un soir nous paraissait tellement improbable que le seul motif valable qu'on avait trouvé était bêtement l'après-accouchement. Pourtant, il faut voir à quoi nous en sommes réduits aujourd'hui: une fois par mois, et encore. Est-ce qu'on s'aime moins pour autant? Vraiment pas. On n'arrête pas de se répéter que c'est temporaire et que nos trois enfants vont finir par grandir.»

Des pannes de désir temporaires, ça arrive, et il ne faut pas en conclure que notre couple est en péril pour autant. «Quand un couple a moins de relations sexuelles, ça ne veut pas forcément dire qu'il n'est plus en amour, dit Laurie Betito, psychologue et sexologue. Il est tout à fait normal de voir sa libido fluctuer: on ne peut pas toujours éprouver le désir des premières années, ce n'est pas réaliste. Avec le temps, l'amour se solidifie, devient plus profond. Alors, si ça ne tenait qu'au sexe, le taux de divorce serait de 95 % au lieu de 50 %! C'est l'intimité qui fait durer un couple, pas la sexualité. Il est rare qu'un couple soit toujours sur le même beat au lit, sauf au début de la relation.»

La sexualité: bien plus que le coït!
Attention, toutefois, à ce que la situation ne devienne pas problématique en perdurant. «Le risque si on s'enlise trop longtemps dans ce genre de situation, c'est que ça nous mène à éviter les rapprochements, de peur d'attiser le désir de notre partenaire chaque fois qu'il y a des moments de tendresse, des enlacements ou des baisers», dit Manon Chrétien. Non pas que le sexe ne nous tente plus, mais l'éloignement se traduit par une gêne de se retrouver: on devient gauche, mal à l'aise dans les moments d'intimité et on les repousse de peur de ne plus être à la hauteur ou même de ne plus trop savoir comment s'y prendre! Pour éviter ce piège, il est bon de se rappeler que la sexualité, c'est bien plus que le coït, comme le précise Laurie Betito. «Ça comprend aussi l'affection, la tendresse, les caresses. Donc, un couple qui ne fait pas l'amour n'est pas nécessairement malheureux ou insatisfait, parce qu'il y a plusieurs façons de se montrer qu'on s'aime. Il faut regarder l'ensemble des comportements et l'affection qui naît de l'intimité, car elle est plus importante que le sexe. D'ailleurs, si ça passait juste par le coït, on aurait toutes des problèmes, car on traverse toutes un jour ou l'autre des périodes de sécheresse!»