Très active dans sa communauté, Raymonde, 70 ans, suscitait l'admiration par son dynamisme. Lorsqu'une maladie l'a subitement terrassée, la laissant plusieurs semaines entre la vie et la mort, l'incrédulité a été générale. «Jamais je n'aurais pensé que cela pouvait arriver à ma mère, raconte Elysabeth. J'étais sous le choc.» Pendant des mois, la jeune femme, qui était alors en congé de maternité, a fait deux heures de route plusieurs fois par semaine pour passer la journée à l'hôpital. «Ma vie a été paralysée. Tout tournait autour de cela. J'ai dû sevrer ma fille prématurément et retarder mon retour au travail. Je n'arrivais plus à tenir la maison, et ma vie de couple est devenue presque inexistante.»

Micheline, de son côté, a vu la santé de sa mère se détériorer graduellement, jusqu'à l'invalidité quasi-totale et son décès. «Pendant des années, je lui ai tenu compagnie le soir pendant que mon père allait travailler.»

Fille unique, elle a aussi fait toutes les démarches pour obtenir de l'aide à domicile, l'adaptation du logement de ses parents et le placement de sa mère, dix ans après le début de ses problèmes de santé. Elle reconnaît que le soutien de son conjoint et le fait de ne pas avoir eu d'enfants à l'époque lui ont facilité la tâche. «Même si j'ai consacré beaucoup de temps à ma mère, je n'ai pas vécu cela comme un fardeau. Il faut dire que, comme son état s'est dégradé lentement, j'ai pu intégrer peu à peu ces nouvelles responsabilités.» Aujourd'hui, Micheline ne regrette rien. Mais elle s'inquiète. «Si mon père tombait malade, je ne pourrais pas être aussi présente, car j'ai maintenant un enfant.»

Quant à Monique, elle a eu la chance que sa mère garde la forme jusqu'à un âge avancé. Armandine vivait depuis 20 ans dans une résidence pour personnes âgées autonomes quand, à 93 ans, les premiers signes de sénilité sont apparus (perte de mémoire, confusion entre le passé et le présent). Après, tout s'est précipité: bris d'une hanche, hospitalisation, incapacité de marcher, puis placement dans un Centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD).

Sur le plan pratique, il n'y a pas eu d'écueils, car Armandine avait rempli depuis longtemps un mandat d'inaptitude et une procuration notariée pour permettre à sa fille d'administrer ses biens. Heureusement, car, sur le plan des émotions, ce n'était pas facile. «Avec maman, j'échangeais beaucoup. Je partageais avec elle mes réussites et mes échecs. C'est très difficile de faire le deuil de ces belles années», confie Monique.