Il arrive cependant qu'on veuille passer un message plus clair, soit parce que l'autre n'a pas saisi les signaux qu'on lui faisait en ne retournant jamais ses appels, soit parce que cette personne était importante pour nous et qu'on veut lui faire le moins de peine possible. «Le mieux, c'est de parler à l'autre avec honnêteté, sincérité et diplomatie», pense Brigitte Hénault. Pour éviter les impairs, on gagne à faire d'abord le ménage en soi, à méditer sur les raisons qui nous poussent à mettre un terme à cette relation. Après, on est davantage en mesure de les exprimer à la personne concernée sans être envahie d'une colère stérile, fait valoir la psychologue Julie Madelein. «Ça peut être une bonne idée d'aller d'abord "ventiler" auprès d'une tierce personne, souligne-t-elle. Et lorsqu'on se décide à vider notre sac devant l'amie qu'on laisse derrière, il est préférable d'employer le "je". On s'approprie ainsi ce qu'on vit, on parle de nos propres émotions sans accuser l'autre. C'est moins menaçant.»
Il reste que, même avec les meilleures intentions du monde, on peut faire des dégâts. Notre annonce risque de heurter l'autre; et ça, on n'y peut rien. «Ceux dont l'estime de soi est fragile ou qui ont des difficultés d'attachement peuvent se dire qu'ils ne valent rien, que tout le monde les laisse tomber», explique Steve Audet, travailleur social. D'autres prendront la rupture de façon très personnelle, comme une attaque. «La personne laissée peut passer à travers toutes les émotions du deuil. Elle ressent ça plus ou moins intensément. Tout dépend de ce qu'elle a vécu auparavant et de l'importance qu'elle accordait à notre amitié», mentionne Jalène Allard, qui suggère de se montrer empathique si on éprouve sincèrement ce sentiment. «Il faut rester authentique. On ne gagne rien à simuler des émotions.»
Et les autres?
Une fois la page tournée, restent les relations qu'on veut conserver. Si, sans mettre le lien d'amitié en danger, elles comportent certains irritants, mieux vaut en parler franchement pour éviter que ça ne dégénère. «Un problème dont on ne parle pas finit par créer plus de difficultés à cause du malaise qui, inévitablement, s'installe», croit Steve Audet. Et si on n'a que de bons mots à l'endroit des amis qu'on conserve, on saisit l'occasion pour leur manifester notre appréciation. «Je crois qu'il faut dire aux gens qu'on aime qu'on les aime et qu'on voudrait les voir plus souvent, dit Georges-Henri Arenstein. Parfois, on tient pour acquis qu'ils le savent. C'est peut-être le cas, mais c'est tellement agréable de l'entendre!»


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