Quand l'éloignement ne se fait pas de lui-même, il faut décider si on met fin ou non à une amitié qui ne nous convient plus. À moins d'un conflit insoluble, la décision est rarement facile à prendre. Comment savoir qu'on ne se trompe pas? L'impression que la relation tourne en rond, le sentiment d'étouffer, le goût de se défiler chaque fois qu'on est supposée voir une amie, voilà des indices qui devraient nous mettre la puce à l'oreille. «On n'a qu'à se mettre à l'écoute des émotions qui viennent lorsqu'on pense à une copine, suggère Jalène Allard. Si on ressent un malaise, ça signifie quelque chose. On peut aussi se demander si on a envie de cette relation. L'amitié est tissée de respect, de partage, d'échange. Lorsqu'on se met à compter les fois où on appelle ou qu'on a le sentiment d'être obligée de faire des activités avec quelqu'un, il y a un problème.»
Si on décide de tirer un trait sur une relation, on a le choix de l'exprimer clairement - par écrit ou verbalement - ou de se montrer indisponible jusqu'à ce que l'autre saisisse le message. «Je vois fréquemment des gens qui décident de laisser les choses aller, dit Brigitte Hénault. Ils laissent mourir la relation, sans dire à l'autre qu'ils ne souhaitent plus son amitié. Souvent, par peur de blesser ou de susciter de la colère; parfois par crainte des conséquences de cette coupure ou du jugement d'autrui.» Le psychologue Georges-Henri Arenstein illustre la situation en parlant d'un jardin dans lequel on trouve des fruits, des légumes... et des mauvaises herbes. En désherbant un peu, on permet au reste du jardin de mieux s'épanouir. «Souvent, les gens ont déjà fait le ménage dans leur tête, mais ils n'osent pas l'avouer aux personnes concernées, explique-t-il. Ils pensent que ça ne se fait pas. Je suis de ceux qui croient que cette démarche est nécessaire, même si elle est très difficile.»
Tout réside dans la façon de faire les choses. Certaines manières de dire sont délicates, d'autres ont l'effet d'une gifle. «J'ai une amie qui, au bout de 10 ans, m'a rayée de sa liste sans ménagement, raconte Simone. Je n'ai rien vu venir, et mon amie n'a pas mis de gants blancs. Elle m'a dit des choses comme: "Tu sais, même tes cadeaux, c'était une corvée de les acheter." C'est très blessant d'entendre ça. C'est comme si elle avait renié toutes ces années pendant lesquelles nous avons été amies. J'ai eu beaucoup de peine et je n'ai jamais su pourquoi elle avait pris cette décision.» Depuis, 12 ans ont passé. Simone s'en est remise. Elle-même se permet d'être plus sélective. «Je suis très fidèle en amitié. Mais lorsque des personnes de mon entourage se montrent trop envahissantes, je donne moins de nouvelles, je prends mes distances. Pour moi, ça fonctionne bien.»


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